ÉPILOGUE
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 Le cri

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MessageSujet: Le cri   Jeu 26 Fév - 0:19


   
   

   
   
“ Le cri ”

   
ambal sajor & sorajaï chemsa

   



   
il y a de ces mots, que je voudrais tant croire
il y a de ces cris, qui résonnent dans le noir
il y a de ces âmes, où vibre encore l'espoir
je voudrais tant guérir cette femme dans mon miroir
   

   
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MessageSujet: Re: Le cri   Jeu 26 Fév - 0:56

Tout est calme. Le silence est immuable. Là-haut, la brise joue dans les frondaisons, et le pollen joue dans les rais de lumière, traçant d'éphémères volutes sur mon passage. Ici, je suis au nombril du monde, dans le berceau des sourires – au cœur d'Oblivion, et j'entends la jungle respirer autour de moi.

Aujourd'hui, c'est jour de chasse – les arcs et les flèches ont été brandis dès l'aurore, et j'ai vu les chasseurs quitter le Petit Matin à l'aube. Leur course à la poursuite du gibier a dû les entraîner loin – et j'ai le Berceau pour moi seule. La place d'une guerrière n'est pas à nourrir le campement ; mais la guerrière que je suis n'a guère d'utilité ces jours-ci. Alors c'est la danseuse en moi qui s'est levée ce matin, caressée par les premiers rayons du soleil. J'ai laissé au campement mes armes et mon courroux ; je n'ai pris avec moi qu'un cimeterre affûté, en cas de mauvaise rencontre, et le voile écarlate qui était le mien au temple de Chierà'h.  Je ne le sors pas souvent, seulement lorsque la conseil du Petit Matin se réunit et que les prêtresses de Chiere sont appelées à se réunir ; et aussi lorsque je souhaite rendre hommage à notre Mère, dans le complice isolement de la jungle.

C'est un de ces jours. Chacune des prêtresses communie avec notre Mère à sa manière ; moi, je danse.
Je danse ; je danse, dans le secret des frondaisons, de branche en branche, passant de l'ombre à la lumière, je danse la douceur de la vie et la mort solennelle, je danse le premier rire d'un enfant et le dernier soupir d'une âme sage.
Je danse ; je danse, dans une folle sarabande, perpétuellement lancée en avant, étreignant un souffle d'air, effleurant du bout des doigts le monde qui m'entoure.
Je danse ; je danse, pour ne pas oublier le cadeau précieux de la vie que notre Mère m'a donné, pour ne pas craindre l'instant d'après.
Je danse ; je danse, loin de tout, perdue dans l'énergie du Berceau, lorsqu'une présence à la limite de ma perception attire soudain mon attention, fissurant la bulle de sérénité que je me suis tissée.

Rajustant le voile sur mon épaule, je relève quelques mèches éparses qui masquent mes yeux, et je porte le regard vers l'orée de la clairière, les pieds dans l'étang. Une silhouette s'y dessine, menue à contre-jour, et je reconnais le balancement des fines épaules alors que la chasseresse abaisse son arc et s'avance. Je la pensais à l'autre bout de la jungle avec les autres chasseurs, mais c'est bel et bien Ambal Sajor qui me rejoint sans faire bruisser une seule feuille sur son chemin. C'est une adroite pisteuse, et elle possède la discrétion d'une panthère – ainsi que la sombre détermination des grands prédateurs, et en cela, elle et moi, nous nous ressemblons. Je ne peux m'empêcher de remarquer toutefois l'absence de proie – et cela ne lui ressemble pas. De la main, sur un sourire, j'esquisse le salut d'une amie à une autre, et m'agenouillant pour boire à l'étang, je lève les yeux vers elle pour lui poser la question.

« Te voilà les mains vides, chasseresse ? Tes flèches n'ont-elles pas trouvé leur proie ? »
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MessageSujet: Re: Le cri   Ven 27 Fév - 1:16

Le vent fouette mon visage à mesure que mes jambes avancent à vive allure, mes pieds frôlent le sol sans bruit. Je cours sans m'arrêter à la poursuite d'un puma, ma proie. Une branche blesse mon visage. Je ne l'ai pas vu. Non loin du puma qui vient de s'arrêter, je me camoufle dans la verdure. Cherchant du regard les autres chasseurs, je commence à prendre une flèche. Je ne vois personne. La direction opposée m'avait appelée lorsque j'avais vu Safir partir lui-aussi pour chasser. La chasse... je l'ai repris depuis peu. Ôter la vie à un animal pendant longtemps je n'ai pas pu. Le souvenir, les sensations, mon cœur qui se brise tout est là. Je sens encore le corps sans vie de mon enfant entre mes mains, les paroles d'Ayla, mes cris, mes larmes, mes instants de solitude. J'ai tout refoulé au plus profond de moi mais, tout est là. Tellement d'émotions, un trop plein de douleurs m'envahissait, la jungle était un excellent terrain de jeu pour évacuer, penser à autre chose même l'espace de quelques secondes. J'étais prête à réintégrer le camp Petit Matin - je ne l'avais jamais quitté physiquement mais, mentalement mes pensées avaient voyagé bien loin au fin fond de la jungle, au-delà de l'océan... Une ombre qui erre sans vie.

Dans ma course, mes cheveux noués, s'étaient détachés. Je les rattache derrière ma nuque dans un mouvement rapide. Concentrée, j'arme mon arc, je vise et je tire. Les branchages grisent sous la fuite de l'animal. Raté. Je pestais contre moi-même, continuant à suivre des yeux la bête - prête à le pourchasser à travers la jungle infinie. Â peine le temps de cligner des yeux que l'animal était à terre, j'allais me précipiter pour voir qui avait bien pu me voler, de cette manière, ma proie. Safir. Je m'arrête immédiatement. Je lui fais un léger signe de tête pour lui faire comprendre que je lui laisse. Je me détourne de la scène et me hâte de filer. Je me remets à courir à travers les arbres sous mes pieds je sens le sol d'Oblivion. Cette terre vivante qui m'appelle depuis toujours, qui chuchote à ton oreille lorsque tu l'écoutes attentivement. Une clairière, le berceau des Sourires m'ouvre les bras, un havre de paix où j'aime errer. Je me retourne et me rends compte que je suis bien loin de mon point de départ. Je soupire. Au loin, les pieds dans l'eau j'aperçois Sorajaï. Je n'ai aucun doute là-dessus, sa carrure de guerrière, sa beauté marginale, sa force naturelle.

« Et toi, démunie de toute arme ? Tu n'es point guerrière, aujourd'hui ? »

Je regarde le voile qu'elle porte sur les épaules. Sorah - elle ignorait probablement l'immense affection que j'avais à son égard. Elle avait été là quand tout le monde me tournait le dos et ne se rendait compte de mon malaise. La seule à me comprendre. Depuis, je lui en suis très reconnaissante. J'arrive à son niveau, trempant à mon tour les pieds dans l'étang, la saluant.

« Mauvaise chasse... J'ai raté ma cible. »

J’hésite à développer plus… je ne sais même pas expliquer moi-même ce qu’il s’est passé, ce qui m’est passé par la tête, le pourquoi du comment. Je baissais la tête, désolée pour cela. Il était rare que je revienne les mains vides. Il y a des jours avec et des jours sans, aujourd’hui est sans nul doute un jour sans. Je reporte mon attention sur Sorajaï, je la regarde attentivement je ne l’ai encore jamais vu aller mal.

« Comment te portes-tu, mon amie ? »

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MessageSujet: Re: Le cri   Dim 1 Mar - 18:27

Les pas d'Ambal sont légers sur le tapis de mousse qui recouvre le sol du Berceau. C'est l'une des qualités que je chéris le plus chez elle – sa discrétion. Elle se déplace dans la jungle comme si elle lui appartenait, comme si elle ne faisait qu'un seul corps et qu'une seule âme avec Chiere, et en cela, nous nous ressemblons. J'aime les miens, bien sûr, tous les habitants du Petit Matin, ceux de l'Étoile de Glace, ceux des autres tribus, mais... Tous n'ont pas le même degré de sensibilité que nous deux. Parfois – souvent – le souvenir de mon séjour en tant que Vierge Prêtresse du Temple me fait ressentir une bien vive nostalgie. Ma vie était différente, alors. Plus simple. Et paradoxalement, plus intense. Animée. Pleine de discussions, d'enseignements, d'apprentissages et de découvertes ; entourée de femmes qui partageaient ma foi et ma vénération de Chiere, notre Mère à Tous. Des femmes issues de tous les horizons, de tous les campements ; et d'elle, j'ai appris à aimer tous les foyers de Chiere. Je leur ai parlé de ma maison, de cette Étoile de Glace perchée si haut dans les sommets, des griffons harfang que je côtoyais depuis que je savais marcher, de la sensation incroyable de voler lorsque l'un d'eux propose de vous emporter. Raconter pour elles me faisait revivre tout cela ; et mon arrivée au Petit Matin a sonné le glas de cette vie d'avant que je regrette encore parfois, à présent.

Ambal n'aurait pas pu être Vierge Prêtresse, j'en suis convaincue. Mon arrivée à son campement m'a vue désigner Isil pour me succéder, comme le voulait la tradition la concernant, et comme les autres Prêtresses en avaient décidé ; mais son refus m'avait forcée à improviser et à choisir une autre candidate. Je n'ai jamais envisagé Ambal. Elle était... trop gaie, trop souriante, trop radieuse, pour pouvoir apprendre à discerner le rayonnement de Chiere au-delà de l'aura rayonnante qu'elle-même pouvait dégager. J'en ai choisi une autre, et je n'ai pas regretté mon choix – et j'ai observé Ambal grandir. J'ai observé Safir et Srij orbiter autour d'elle, j'ai vu ses sentiments répondre à ceux de Safir, j'ai vu leur bonheur, le foyer qu'ils s'apprêtaient à allumer – et j'ai vu son ventre s'arrondir, promesse de vie qui ne faisait résonner que plus cruellement le vide stérile du mien. Et j'ai vu l'insoutenable, j'ai vu le combat, les coups, la chute – et j'ai vu son malheur. J'étais là quand Ayla a aidé une fille condamnée à voir le jour, j'étais là quand Srij a compris l'étendue du mal qu'il avait causé, j'étais là quand Safir a compris qu'il avait perdu la femme de sa vie, j'étais là quand Ambal est revenue de la jungle les mains vides. J'étais là, et j'ai vu ces vies brisées. Je ne sais pas si je dois pleurer de n'avoir pas encore donné la vie ; ou me réjouir de ne jamais avoir à vivre ce qu'Ambal a dû traverser. Je vois bien dans sa posture, j'entends dans le son de voix, tout ce qu'elle ressent et qu'elle ne dit pas. Je l'entends, ô Mère, je l'entends dans le silence – ce cri, déchirant, d'une âme vouée à la souffrance. Guérira-t-elle un jour ? Le remède à son mal, je le connais : elle devrait aller servir Chiere comme Prêtresse, j'en suis convaincue, car elle a suffisamment changé à présent pour que notre Mère à Tous trouve place en son cœur. Je ne sais pas si elle entend l'appel résonner autour d'elle, je ne sais pas si elle en a conscience. Mais je sais, avec la clarté de ceux qui souffrent sans parler, que sa douleur peut être transcendée. Un jour, peut-être...

Je m'assois sur un rocher, les pieds dans l'eau, et j'observe un instant les petits poissons peuplant les berges frôler la peau nue de mes orteils. J'aime le calme de cet endroit – et j'aime m'y fondre sans déranger. Ambal s'est installée à mes côtés, et je laisse un instant le silence se prolonger. Je sais qu'elle savoure le calme tout autant que moi, et que le regard des autres la dérange ; ah, enfant si gaie, si rayonnante, petit animal sociable et aimant, comment te trouves-tu aujourd'hui mariée à la solitude, éprise de l'isolement ? Moi, je me tiens à l'écart car la vie du campement contraste trop avec celle du Temple à mon goût, elle, c'est parce que la sollicitude et la pitié qu'elle voit autour d'elle la révulsent. Et l'une comme l'autre, je le sais, nous avons de plus en plus de mal à supporter de voir les mères et leurs bébés. Nous sommes bien, ici, dans la tranquillité de la jungle où personne ne viendra nous troubler – nos deux solitudes ensemble peuvent co-exister.

« Non, aujourd'hui, Sorah est danseuse, mon amie. »

C'est bien trop rare en soi, et cela mérite effectivement d'être signalé. Il est des jours fastes, et des jours creux. De son propre aveu, cette journée ne lui apportera rien de notable, mais je sens que quelque chose trouble sa sérénité. Ce n'est pas simplement la frustration d'une cible manquée, ou la déception d'une chasse infructueuse – non, je le pressens, elle a vu dans la jungle quelque chose qui a fait voler en éclats la paix de ce jour. Égrenant machinalement sous mes doigts les franges de mon voile de danse, je réponds à sa question par un sourire.

« Ce jour m'est agréable, mon amie. » Et c'est vrai, en dépit de mes tristes pensées, en dépit de mes songes solitaires : je suis tout de même heureuse, au campement du Petit Matin. Mes avis sont écoutés et respectés, ma position est sûre, l'on admire mon talent de guerrière, et certains recherchent ma compagnie et les plaisirs de mon lit. Je ne suis pas malheureuse – nostalgique, sûrement, et déçue de ne pas avoir d'enfant à bercer, mais pas malheureuse, non. Pas comme elle. « Tu m'as surprise. Je ne m'attendais pas à te voir arriver par ici pendant ma danse, je te pensais bien loin d'ici, emportée par la chasse... Ambal, je te sens troublée, dis-moi – que puis-je faire pour t'aider ? Que viens-tu faire par ici ? » Est-ce qu'elle me cherchait ? L'inquiétude aiguillonne mes sens. Je ne la forcerai pas à parler si elle ne le désire pas, mais j'ai pour elle l'affection immodérée d'une sœur envers sa cadette plus jeune, et je n'aime pas la savoir perturbée. Je ne la juge pas – dans mon regard, nulle pitié. Je ne la traite pas comme une petite chose facile à préserver, je ne cherche pas à la tenir à l'écart de la vie de la tribu ; mais j'essaie de lui apporter un soutien pour affronter les démons du quotidien. Alors, là, maintenant, tandis qu'elle reste assise à côté de moi sur ce rocher couvert de mousse... de quoi a-t-elle vraiment besoin... ?
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MessageSujet: Re: Le cri   Dim 22 Mar - 2:35

Sorajaï, la guerrière. Sorajaï, la danseuse. Sorajaï, la prêtresse. Trois fonctions. Trois façons différentes de la percevoir. Trois manières différentes de lui parler. Ambal, la chasseresse. Ambal, la mère brisée. Ambal, la voix restée figer. Je n’avais jamais réellement souhaité devenir prêtresse, côtoyant Isil, connaissant sa famille, je savais qu’elle serait choisie. C’était à elle d’aller rejoindre les Vierges Prêtresses au Temple de Chiere, comme tous j’ai été surprise de son refus. L’honneur d’être choisi comment refuser un tel don qui nous était fait ? Je n’avais jamais réellement compris la décision d’Isil. Elle était à part, d’un côté c’était ce que j’aimais chez elle. Elle était différente. Comme Sorah d’une certaine manière.  Sorah, c’est la guerrière qui ne recule devant rien. Sorah, c’est la danseuse à la silhouette de chat. Sorah, c’est la prêtresse au voile sur les épaules.  Un lien invisible m’unissait à Sorah. J’étais la mère qui avait dû tuer son enfant. Elle était la guerrière qui n’avait pas encore connu les joies de l’enfantement. On n’évoquait – jamais- ce sujet-là, c’était mieux ainsi probablement. Un malaise pouvait se lire dans son regard. Un vide immense dans son ventre. Un manque à combler dans sa vie. De l’amour à donner dans son cœur. Ressentir la joie d’avoir un enfant. Le voir courir. Entendre ses rires. Le ramasser quand il tombe. Tous ces détails que j’avais failli connaitre. Toutes ces émotions qu’elle n’avait jamais connues.

La joie de vivre m’avait quittée. Le rayonnement s’en était allé. J’avais enterré mon sourire en même temps que ma petite fille. Peut-être étais-je trop heureuse pour notre Mère ? Trop flamboyante ? Trop gaie ? Fallait-il être mélancolique pour être choisie ? J’aimais Chiere comme tous les enfants d’Oblivion. Je la respectais et l’écoutais. Je lui en voulais aussi de m’avoir enlevée les êtres que j’aimais. J’écoutais le silence. Les battements d’ailes des oiseaux qui venaient nicher dans les arbres. Les cris au loin des animaux. Le bruit de l’eau lorsqu’un poisson touchait le bord. Srij vivait à l’écart du camp lui aussi, Safir préférait la compagnie des Orphelins à celui de son peuple. Les Orphelins étaient des personnes tellement enrichissantes.  Plusieurs fois nous nous étions croisés, comme si de rien n’était dans le Village Suspendu. Cela ne m’avait pas étonnée de le trouver au milieu des Orphelins, nous avions opté pour la même solution tous les deux. Complémentaires en tous points. Toujours, même éloignés l’un de l’autre. Sorah était pareille, elle restait éloigner du camp. Etions-nous à part au milieu des chieresques ? Un malaise se faisait ressentir, le poids de la culpabilité pesait lourd sur mes épaules. La vie en communauté était-elle trop dure pour Sorajaï ?

Sorah, la danseuse. Ambal, la chanteuse. Dans nos différences, nous nous ressemblions. Dans le silence, nous nous comprenions. « C’est rare de te voir ainsi… en danseuse… » Quel ironie de se retrouver en ce lieu… le Berceau des Sourires pour deux âmes torturées. J’écoutais les paroles de mon amie, que faisait-elle ici ?  Un lieu idyllique pour quelques danses, elle avait raison, c’était tellement paisible. J’attendais le jour où je pourrais rendre à Sorajaï toute l’affection et la compassion dont elle avait fait preuve à mon égard. A aucun moment, je n’avais vu dans ses yeux de la pitié. Elle avait comprit mon mal-être quand personne, autour de moi, ne le comprenait. « Emportée par la chasse… » Je répétais à voix-basse ses mots. « Tu as déjà fais tellement pour m’aider, Sorajaï Chemsa. A commencer par ce regard que tu me portes, sans jugement, sans pitié, sans incompréhension. Ce silence que tu respectes. Ce serait plutôt à moi de te demander, si je peux faire quelque chose pour toi, mon amie ? » Fuyait-elle ses plus sombres cauchemars ? En avait-elle seulement ? «  Cela me réchauffe le cœur de t’avoir trouvée sur mon chemin, dans cette course folle à travers la jungle. »

Je la voyais s’accomplir en tant que femme et guerrière. J’avais conscience, moi plus que personne, qu’il manquait des morceaux à sa vie pour rayonner de bonheur. Un compagnon, par exemple. Telle une enfant, je me penchais pour toucher l’eau. Les voiles de ma robe trainaient dans l’eau. Je pris un caillou qui avait attiré mon regard.  Je laissais retomber la pierre dans l’eau, elle était plus belle avec les reflets des vagues. « Cette chasse était vouée à l’échec dés le début. Il était là. J’ai perdu mes moyens. J’ai préféré m’éloigner. » Je savais qu’un jour, je ne pourrais plus fuir. Je savais qu’un jour, je devrais affronter Safir. Je savais qu’un jour, je devrais lui reparler. C’était inévitable. Je les voyais ces jeunes femmes tournaient autour de lui. J’entendais ma raison me dictait d’agir pour les stopper. Je sentais ce sentiment de jalousie me traversait. Puis, une certaine fierté lorsque je le voyais les repousser.  La tristesse revenait, enfin, constatant ce que je savais déjà - il était une épave échouée sur la plage. Mes sentiments étaient troublés, je me confortais dans l’idée que lui non plus n’avait pas tourné la page. D’un côté, cela me faisait encore plus de mal. Et puis, d’un autre cela me prouvait qu’il tenait toujours à moi.

Je secouais la tête, osant lui poser la question… «  Et toi, Sorah… un homme te fait-il perdre tes moyens ? Certes, le sens de mes mots n’était pas le même. Je ne l’avais jamais vu avoir un compagnon. Cela m’avait toujours étonnée, un esprit aussi avisé que le sien. Danseuse. Prêtresse. Guerrière. Elle avait tout pour plaire, Sorah. Trop marginale pour certains, atout de séduction pour d’autres. Sans la regarder, calmement, d’une voix douce, les yeux rivaient dans l’eau, je lui parlais. Je ne voulais pas être le centre de son attention sous prétexte que j’étais plus malheureuse qu’elle. Je ne resterais pas longtemps, je ne voulais pas la déranger dans cet instant de communion avec Chiere. Je faisais une halte, il faisait bon dans le Berceau des Sourires, j’étais toujours ravis de la croiser sur ma route. Ses paroles pleines de sagesses m’avaient toujours été bénéfiques. Même si, je taisais mes souffrances. Parfois, mettre des mots sur ses maux permettait d’aller mieux après. Se confier et savoir écouter.


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MessageSujet: Re: Le cri   Dim 26 Avr - 0:04

Le silence est paisible dans le Berceau des Sourires. L'on y ressent toute la paix et la sérénité que Chiere insuffle à sa création, et mes tourments y trouvent régulièrement leur apaisement. Assise sur ce rocher, els pieds dans l'eau et une amie à mes côtés, je me sens un peu mieux. La danse a calmé mon cœur et je savoure, quelques instants, la douceur de ce moment. La question d'Ambal vient toutefois rompre cette petite bulle protectrice, et je sens ma carapace de calme se fissurer, prise au dépourvu. Je n'attendais pas cette question-là. Je ne l'attendais pas, non, et la morsure sur mon cœur intervient avant que je n'aie le temps de m'en prémunir. Chère, chère Ambal à l'âme en cendres ; si tu savais la réelle ampleur de ma détresse, cela ne ferait qu'ajouter un poids de plus à ton fardeau. J'aime être celle qui réconforte, l'épaule solide sur laquelle on peut poser la tête pour laisser couler les larmes, le roc dans la tempête. La faiblesse me fait peur. Les miens ont besoin de Prêtresses fortes et fières, et c'est pour cela qu'Ayla et moi ne laissons pas transparaître notre peine, notre faille, le défaut dans notre cuirasse. Un instant, j'envisage d'éluder sa demande, comme d'habitude, d'un sourire et d'un haussement d'épaules. Elle ne serait pas surprise. Toute la tribu sait que je papillonne ici et là, sans réelle préférence, honorant Chiere dans la communion des corps ; sans que la Mère ne me permette de porter la vie. Ce n'est pas un secret. Elle ne serait pas étonnée si je confessais simplement avoir le cœur sec, déserté par l'amour – Chiere seule y tient une telle place, après tout, cela serait crédible...

Mais c'est mon amie. C'est d'Ambal qu'il s'agit ; pas de n'importe quelle jeunette écervelée portée aux ragots et aux commérages. Plus jeune que moi, c'est vrai, mais tout aussi meurtrie. Je sais tout de sa vie : elle m'en a raconté les lambeaux déchirés, se confiant d'abord à la Prêtresse en moi, puis à la femme. Alors, sur un soupir, je me laisse aller, dévidant à mi-voix l'écheveau de ma souffrance.

« Je ne perds plus mes moyens depuis longtemps, tu sais, Ambal. Mais il y a bien un homme, oui. Je ne te dirai pas son nom ; sache simplement qu'il est Lige, et vois ce que cela implique... »

Les Prêtresses, qu'elles soient revenues à la vie civile, ou en cours de service au Temple, ne peuvent avoir aucune relation avec les Liges, c'est connu. Une femme normale aurait pu devenir sa compagne, porter ses enfants – mais une Prêtresse doit abjurer Chiere si elle veut devenir Lige. Or, je ne puis me résoudre à renier ma foi ; je ne peux pas renoncer à Chiere. Prêtresse, c'est ma vie. Abjurer est hors de ma portée ; je ne m'appelle pas Penthésilée. Ma parole a une valeur que je me refuse à saccager.

« Je l'ai rencontré au Temple, un jour de livraison. J'y suis restée quelques semaines, pour la formation de danseuse de la Gardienne des Traditions, Silaë Achal. Je m'y suis entraînée au combat avec lui. Nous nous sommes revus au Petit Matin, lorsqu'il a escorté une Mère. J'ai pris l'habitude d'accompagner toutes les livraisons ensuite. Et puis, un jour... Il m'a dit qu'il ne voulait plus me voir. Qu'il ne voulait pas quitter les Liges et renier ses engagements, et qu'il savait que je serais toujours Prêtresse. Ça fait dix ans, tu vois, et ses paroles résonnent encore dans ma tête, la nuit, pendant mes cauchemars, je... » Et les mots me manquent. Je soupire, d'un souffle ténu qui n'ose pas avouer l'ampleur de sa détresse, et je murmure, tout bas, comme une promesse. « Nous ne pourrons jamais nous unir, nous ne pourrons pas avoir de feu-foyer. Je le sais bien, il le sait aussi – et aux fêtes de Chiere, quand l'ivresse et la folie nous emportent, le matin nous trouve peau contre peau et j'oublie, Ambal, j'oublie, pendant un instant, que nous n'aurons jamais rien de plus que ces quelques moments. J'oublie, dans la vague de bonheur, là dans ses bras, j'oublie qu'il est Lige et que je suis Prêtresse, j'oublie que son serment le lie et que le mien me torture. Ambal, je ne peux pas être à la fois à Chiere et à lui, je n'ai que des miettes, des étreintes volées, et je suis fatiguée, si tu savais à quel point, fatiguée d'être seule, d'être loin. Je veux arrêter de l'aimer, tu sais ? Mais j'en ai tellement besoin, Ambal... »

Ma voix achoppe, se brise, et une larme silencieuse s'échappe au coin de mes cils. La vérité, la vérité vraie, c'est que je suis à Chiere de toute mon âme, mais que mon Lige possède mon cœur tout entier. Pourrai-je un jour apprendre à me dédoubler ? Ah, Ambal mon amie, ma sœur si fragile, pardon de t'imposer ma douleur...
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MessageSujet: Re: Le cri   Jeu 13 Aoû - 22:50

Il y a des personnes qui ne cessent jamais de s'aimer. Simplement parce que ce qui les lie est plus fort que ce qui les divise.

Le regard de mon amie s'obscurcit de contrariété. J'avais touché un point délicat, je m'en doutais. J'en étais même désolée. Navrée des paroles que j'avais prononcées. La carapace de Sorajaï n'était pas facilement pénétrable. Il fallait creuser. S'arrêter. Revenir. Recommencer. Tout doucement. Sans la blessée. Je faisais un pas. J'essayais. Sorajaï faisait partie de ces personnes qui me préservaient. Je lui en étais reconnaissante mais, moi aussi je voulais être l'épaule sur laquelle elle pouvait raconter ses malheurs, ses rêves, ses craintes enfouies au plus profond d'elle-même.  La surprise m'envahit dès les premiers mots dits par Sorajaï. Les mots devinrent des phrases. Des phrases un paragraphe jusqu'à donner naissance à une tirade. Un lige... je n'attendais pas de Sorajaï une situation facile. Dix années que son coeur était tourmenté. Un amour impossible prisonnier de leurs engagements respectifs. Je l'écoute attentivement, silencieuse. Abasourdie par autant de révélations. Impuissante face à cette situation qui me semble bien désespérée.  

Je croyais en l'amour. L'amour plus fort que tout.

Je croyais en Chiere. Notre mère à tous qui veillait sur nous. Elle ne pouvait pas séparer deux êtres qui s'aiment aussi profondément. Dix années qu'ils étaient tiraillés entre l'amour et la foi. En dix ans, aucun d'entre eux n'avait failli. Comment pourrais-je dire à mon amie que Chiere finirait par les réunir. Elle n'attend pas de solutions, je le sais ; j'aurais tant aimé lui en donner une. Alors, je me contente d'être l'amie, la confidente, la soeur. « Tu as gardé cela pour toi pendant toutes ces années... ? » Elle n'aurait pas dû. Elle voulait une chose impossible, arrêter de l'aimer... elle continuerait de l'aimer même s'il faisait un acte impardonnable. Safir était toujours dans mon coeur comme au premier jour. La flamme ne s'était jamais éteinte.

« Chéris les moments que tu as avec lui, même s'ils sont rares, même si ce ne sont que des miettes. Chiere t'accordera le bonheur, il pourrait en être autrement.  » Je me persuadais moi-même avec mes propres paroles. Etions-nous destiner à être malheureuses ? Les moments entre eux étaient rares, se sentir aimer même l'espace d'un instant était un sentiment unique de sérénité, d'apaisement. Un autre devait voler son coeur même ça, cela me paraissait inaccessible. L'oublier ? Elle ne pourrait jamais. S'en éloigner ? Ne ferait qu'accroître le manque, la douleur. J'avais bien une solution mais, ils refuseraient... Faire le sacrifice à deux. Plus de lige. Plus de prêtresse. Juste lui et elle unit par un amour éternel. Au bout de dix années, ils n'étaient pas encore prêts.

Je re-songeais aux paroles qui avaient brisé Sorajaï au point d'en faire des cauchemars. Il avait voulu se protéger de ses sentiments, de leurs sentiments. La situation semblait bloquer et pourtant, je ne pouvais y croire. Ils étaient si près à toucher leur bonheur du bout des doigts. Il était là à portée de main, il suffisait de l'attraper et de le conserver. Je savais mieux que personne que ce n'était pas une tâche aisée. L'une des plus grandes douleurs étaient d'aimer une personne qu'on ne pouvait avoir... « Deux âmes qui s'aiment, seront, toujours, réunies.  » Je lui prenais la main, la serrant délicatement. Elle ne se confiait pas facilement. Une barrière s'était brisée et j'avais ravivé des souvenirs douloureux. J'étais peinée d'apprendre le malaise qui régnait dans tout son être. Comment... ? Comment tenait-elle ? Comment paraîssait-elle si forte... ? Je m'en voulais presque d'avoir posé la question - elle serait soulagée d'avoir libéré son coeur d'un si lourd poids à porter.

Ses émotions, je les comprenais. Et même en cet instant où elle aurait dû s'effondrer totalement ce ne fut pas le cas. Je la regardais avec des yeux compatissants, partageant sa douleur et sa peine comme si elles étaient miennes. « Reniez vos engagements ensemble, je ne vois que ça.  Cela serait la plus belle preuve d'amour que vous pourriez vous faire l'un envers l'autre. Il n'y aurait plus que lui et toi. » Les conséquences seront sans appels et Sorajaï Chemsa n'était pas prête. Je ne croyais pas un seul instant qu'elle laisserait son voile mais, Chiere lui pardonnerait. Chiere comprendrait. « Et...votre amour.» Le regard des autres serait meurtrier. Plus tard, les amoureux de l'impossible seraient adulés, admirés pour leur acte.

Un amour scellé par la révocation de leur promesse.
Un voeu d'amour éternel.
Une vie sans regret.
Une vie avec l'être aimé.
S'abandonner l'un avec l'autre.
La vie est rythmée par des étapes...la plus douce c'est l'amour...la plus dure c'est la séparation... la plus pénible c'est les adieux...la plus belle c'est les retrouvailles. Son lige avait fait ses adieux, la prochaine serait les retrouvailles entre eux.

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Ƹ̵̡Ӝ̵̨̄Ʒ Une étoile qui a cessé de briller. Une fleur fanée. Un soleil qui ne se lève jamais. Un gout amer dans la bouche. Une douce mélancolie. « Les mots, de cristal forgés, dans sa gorge de glace se sont figés…» Son coeur est mort. Son âme perdue. Ses mains maculées de sang. Ambal, la mère brisée.
Spoiler:
 

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