ÉPILOGUE
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 Foyer n'est pas un lieu, mais un sentiment.

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MessageSujet: Foyer n'est pas un lieu, mais un sentiment.   Lun 11 Mai - 19:26

La texture rugueuse de l'écorce me chatouille la main. Ou peut-être est-ce une de ces fourmis, en quête d'un peu de nourriture pour sa famille ? Leur va et vient dans des lieux les plus improbables les uns que les autres m'a toujours impressionnée. Elles sont bouleversantes, si dévouées, si tenaces. Distraitement, je caresse la peau de cet arbre du bout du doigt, être massif qui me gratifie de son ombre au milieu de cette jungle dense et étouffante. Je n'arrive pas à estimer le temps que j'ai déjà passé là, les yeux fixés sur cette splendide maison, construite à la force de nos petites mains. Le soleil, lui, a continué sa course sans égards pour mon immobilité. Sa lueur m'a présenté notre demeure sous un nouveau jour.

Jamais je ne m'étais absentée si longtemps. Les souvenirs du Temple m'ont obsédés durant chaque jour que Chiere a fait depuis ma fuite. Mon âme saigne toujours d'une douleur que je ne pouvais exprimer que par l'isolement. Cette attaque a marqué un tournant dans ma vie et dans celle de Thalia aussi, je suppose. Les nouveaux venus sont toujours un peu plus nombreux et toujours plus mal accueillis. Ils ne comprennent pas ce lien qui nous lie à la Terre. Pourquoi sont-ils là ? Alors que mes yeux détaillent cet endroit qui m'a vu grandir, ces escaliers que j'ai monté mille fois, ces ponts qui me sont si familiers que je pourrai y marcher pieds nus et les yeux fermés… Une sensation étrange m'empoigne avec une douce violence. C'est une ferveur d'agir qui s'entremêle à mon envie de m'enrouler au pied de cet arbre. Comme une des panthères des Chieresques. Ronronnante pour notre Mère à tous.

Un soupir m'échappe et je me rends compte à quel point je suis lasse. Fatiguée d'avoir vadrouillé sans but pendant si longtemps, d'arbres en arbres et de plaines en plaines. Mes yeux se sont à peine posé sur un Homme depuis six longs jours. Comme si j'en avais vu trop, au Temple. Un tremblement me parcourt furtivement et je prends enfin la décision de m'arracher de mon abri et de me mettre en route vers le tronc central et son escalier. Le soleil accueille mon avancée de sa douce chaleur, mais ne suffit néanmoins à calmer ma terreur. Le visage effrayé de Thalia flotte devant mes yeux, ses émotions me frappent encore avec tant de force, que j'ai l'impression de pouvoir tendre la main pour les toucher.

Cette douleur que je devais exprimer, c'est aussi la peur qui a glacé mes sangs, quand ma mère a eu ce réflexe de protection. Cela aurait pu lui coûter la vie. Je ne parviens pas à déterminer si je m'en veux à moi, ou à elle. Les deux, probablement. Cette scène ne me quitte pas, de jour comme de nuit, je revois cette flèche lui déchirer le bras. Le sang s'écouler. Cette lueur dans ses yeux. Rien de tout cela ne serait arrivé si j'étais restée éloignée, sans la chercher, sans prendre le temps de lui transmettre mon affection ! Aurais-je pu, néanmoins, m'en passer ? Agir comme si la voir en vie ne m'avait pas traversée d'une intense chaleur, rassurante, revigorante ? Comme si elle, aussi, n'était pas une raison de me jeter dans la bataille ? Pour Chiere. Pour notre famille.

Arrivée au pied de l'escalier, je réalise enfin la fatigue qui pèse dans chacun de mes membres. Ces marches que je monte habituellement quatre-à-quatre, sourire et fierté sur le visage, afin de ramener notre pitance me paraissent aujourd'hui une montagne insurmontable. Je sais que cette fois, l'accueil de mon retour ne sera pas un simple mot amical. Je ne vais pas raconter mes exploits dans une débauche de signes enthousiastes. Peinée, je prends en même temps conscience du vaste monde autour de moi, du chant des oiseaux, du vrombissement du vent dans les arbres. Rien ne s'est arrêté. Rien n'a changé. J'entame finalement mon ascension, la tête lourde de doutes, de regrets, mais aussi de fureur. J'entends déjà la voix de Thalia, aussi réelle que si elle était juste à côté de moi… Mes yeux se posent sur son visage. Oh.
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MessageSujet: Re: Foyer n'est pas un lieu, mais un sentiment.   Mar 26 Mai - 20:52

J’ai mal.

Ça brûle. Je pensais que ce n’était qu’une éraflure, et je reste malgré tout mobile ; mais la plaie est profonde tout de même, et elle met du temps à cicatriser. Ayla me rend visite chaque matin pour renouveler les herbes qu’elle a posées en cataplasme dessus, et changer les bandages de lin qui les maintiennent en place, et elle n’a pas l’air inquiète. Je ne suis pas spécialement chochotte et je me suis endurcie ici au fil des années, mais quand même… Ça picote, voilà. Je suis allée voir Allie et son girafon, tout à l’heure ; comme s’ils avaient pu sentir ma douleur, ils sont restés près de moi, m’offrant leur présence et leur affection toute simple comme dérivatif à ma solitude.

Il est là, en fait, le vrai problème : pas dans la pointe lancinante qui me transperce l’épaule si je n’y prends pas garde, mais dans cette inquiétude sourde qui s’infiltre par tous les pores de ma peau. Je n’ai pas de nouvelles de Thémis. Après l’attaque, nous avons été séparées ; ou plutôt, elle ne m’a pas suivie. Moi, j’ai été rapatriée au Petit Matin à dos de griffon comme tous les blessés légers, aux bons soins d’Ayla qui me fit escorter par un groupe de jeunes désœuvrés le soir et qui me raccompagnèrent chez moi avec une belle allégresse.

La visite de Rosemary le lendemain m’a distraite, et même maintenant, elle est quelque part sur la plate-forme que nous réservons aux invités – à moins qu’elle n’ait découvert le jacuzzi suspendu et décidé de piquer une tête dans l’eau tiède. Je me demande comment Thémis s’entendrait avec elle – elles sont si différentes l’une de l’autre. Prendra-t-elle ombrage de trouver une étrangère dans nos branches ? Cela suppose qu’elle revienne un jour … Elle me manque. J’ai l’habitude de ses errances, de ses voyages ; je connais son goût d’aventures et je sais que sa soif d’infini ne sera jamais étanchée, ici. Je sais aussi qu’elle va partir, bientôt, pour de bon – dans un jour, une semaine ou un an, mais je ressens depuis longtemps son envie de voler de ses propres ailes.

Je ne sais pas si je suis prête à vivre sans elle. J’ai construit toute mon existence autour d’elle, depuis le jour de sa naissance, depuis l’instant où elle est entrée dans la maison de mes parents. Je l’ai aimée, cette petite, dès le premier regard qu’elle m’a adressé. Je ne l’ai pas portée, c’est vrai ; mais je l’ai vue grandir, je l’ai vue évoluer. J’ai soutenu ses premiers pas, reçu ses premiers sourires, séché ses premières larmes, pansé ses premières plaies. Oblivion a chamboulé mon existence, c’est vrai, mais bien avant notre arrivée, elle était déjà le centre de ma vie. Le pilier autour duquel j’ai construit mon foyer. Pas d’homme dans ma vie – qui voudrait d’une femme qui traînerait dans ses jupes une enfant aussi étrange que Thémis pouvait l’être ? Son mutisme dérangeait, et je n’ai pas insisté après les premiers rendez-vous difficiles. Je refusais de lui infliger ça, alors – alors, j’ai renoncé à trouver un compagnon, et lui ai voué chacun de mes gestes, chaque souffle de ma respiration. La vérité, c’est qu’elle perdra sûrement sa virginité avant moi – si ce n’est pas déjà fait.

Cette pensée incongrue que je n’avais pas pressentie me fait presque sursauter, et un rire hystérique me monte aux lèvres. C’est sûrement déjà fait, oh oui – elle cavale avec ses amis Chieresques depuis des années, et cela fait déjà plusieurs cycles qu’elle assiste aux cinq jours des fêtes de la Mère, donc… Ma petite est devenue grande. Trop vite, tellement trop rapidement ; je sens soudain le temps filer et je vois arriver le moment, inexorable, où je resterai seule dans ce palais suspendu. Comment vais-je supporter l’écho sous les frondaisons ? La solitude me tuera bien plus sûrement que les morsures de serpent ou les flèches perdues…
Le rire se mue en sanglots qui me secouent, réveillant la douleur dans mon épaule.

Je ne sais pas au juste pourquoi je pleure. L’indépendance de Thémis et la perspective de la perdre ? Mon isolement volontaire qui se retourne contre moi ? Est-ce simplement la conséquence du contrecoup de l’attaque, ou la fatigue engendrée par la blessure qui m’empêche de dormir à mon aise ? Je ne sais pas. J’ai toujours caché ma détresse à Thémis quand elle était plus jeune, déterminée à ne lui montrer que mon plus beau visage, et l’entourer d’un douillet cocon de bien-être ; alors quand elle surgit soudain de l’escalier, je balaie hâtivement les larmes qui inondent mes joues, résolue à faire bonne figure, malgré tout.

« Tu es rentrée ! Tu vas bien ? Tu n'es pas blessée ? »

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MessageSujet: Re: Foyer n'est pas un lieu, mais un sentiment.   Lun 1 Juin - 20:09

J'aurais du m'attendre à ce que Thalia soit à la maison, évidemment. J'étais restée si longtemps dehors, moi qui voulait rentrer avant même que le soleil ne soit à son zénith. Et puis j'avais observé notre arbre, longtemps, si longtemps, sans savoir ce que j'allais faire une fois l'escalier derrière moi. Maintenant j'étais arrivée et je ne sais toujours pas comment réagir face à ma mère. Quelque part en moi, mon coeur était convaincu qu'elle ne serait pas fâchée. La tristesse et l'inquiétude se lisent encore sur son visage alors qu'elle se précipite vers moi. Pendant un instant, je ne peux m'empêcher de rester plantée là comme une abrutie. J'aurais préféré qu'elle soit fâchée, crie, me fasse des reproches. C'est tellement facile de réagir à la haine, tellement plus compliqué de faire face à l'amour.

Évidemment, je l'ai blessée. Je n'ai pas eu besoin d'y réfléchir, ni de me poser la question. Avant même qu'elle ne rejoigne le temple, je savais déjà que me savoir prendre part à cette bataille pour la terre de Chiere serait une épreuve. Plus pour elle que pour moi. Mais je n'ai pas eu la sensation d'avoir le choix. Chacun de mes membres s'est senti emmené dans cette direction, comme si mon âme faisait à présent partir de notre Terre d'Accueil. Notre Mère à tous m'a appelée parmi chacun des siens et, peu importe ce que certains Chieresques en pensent, je ne pouvais que répondre à cette impulsion.

Je ne peux supporter de voir ces yeux encore rougis des larmes. Je me dérobe à l'approche de Thalia, refusant tout contact pour un instant encore. J'ai encore un peu de mal à m'expliquer pourquoi j'ai eu le besoin de fuir pendant ces longues journées. Etait-ce quelqu'un ? Quelque chose ? J'ai à peine eu le temps de sentir venir les questions qu'elles fusent déjà. Enfin j'ai le courage de lever le visage vers ma mère. Je me sens honteuse, même s'il m'est impensable de le laisser transparaître. J'ai fait un choix et je dois l'assumer. Sinon, comment faire comprendre que je ne suis plus cette enfant perdue, pleine de douleurs et d'échecs, que j'étais auparavant ? Cependant, mes mains tremblent légèrement lorsque je réponds. Mes signes ne sont pas aussi fluides que d'habitude.

J'espère encore qu'elle ne le remarque pas, ou mette ces saccades sur le coup de la fatigue. Un petit grattement au fond de ma tête me rappelle néanmoins que je me mens à moi-même, à nouveau. Thalia et moi avons passé tant de temps ensemble que je ne peux lui cacher une émotion si forte. Même les Chieresques sont parfois déboussolés par mon moyen d'expression… Mais pas elle. Oui je vais bien Thalia, évidemment. Cette Nature est ma maison. Je sais pertinemment que la question fait référence à autre chose, mais je ne me sens pas de parler de l'attaque du temple, pas maintenant. Mes yeux flottent vers son bras, qui porte encore les stigmates de sa blessure. Cette image m'a beaucoup hantée durant mon absence. Et si, et si cela avait été pire? Comment concilier liens et indépendance ?

Je trouve finalement le courage de combler la distance qui nous sépare. Ma main effleure doucement la zone de la plaie. Puis je lève les yeux vers elle. Je m’enquière de son état à elle sans pouvoir, encore cette fois, contrôler le léger tremblement de mes mains. Assurément je commence à sentir la fatigue mais le soulagement de voir Thalia en bonne santé est si perceptible… Pour un peu, je pourrais le toucher alors que je signe.

M'excuser maintenant dépasse les limites de ce que je suis capable de faire. Je dois encore comprendre pourquoi j'ai agi ainsi. A nouveau je me détourne un peu, je ressens ce besoin de distance, comme à chaque fois que j'ai quelque chose à me reprocher. Quelques pas vers le salon et je redécouvre notre maison, notre intimité. Je note les objets qui se sont déplacés, ce qui semble fixé dans le quotidien, inébranlable. Je n'aurais pas du partir si longtemps. Cette fois, mon expression a retrouvé de sa fluidité. Ce ne sont pas des excuses, pas vraiment, mais une certaine forme de pardon, quand même. Je ne regrette pas d'être partie… Mais peut-être aurais-je du le faire à un autre moment ? Mon regard ne peut soudainement plus se détacher du visage de Thalia. Je redoute à nouveau sa fureur.
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MessageSujet: Re: Foyer n'est pas un lieu, mais un sentiment.   Mer 17 Juin - 23:36

Elle semble anxieuse. Inquiète. Craint-elle ma fureur ? Un instant, une pointe douloureuse vient transpercer mon cœur. Quand donc nos rapports sont-ils devenus aussi délicats ? Je me rappelle d’un temps où nous partagions beaucoup. Une soirée passée, sur le balcon de notre appartement, à regarder les étoiles s’allumer, reflétées dans l’émerveillement de ses yeux d’enfant alors que je lui racontais ces contes de fées dont j’avais toujours raffolé. Puis nos premiers temps en Oblivion, sur le pont de la Valkyria, aux bons soins bourrus de Sven, un peu désemparé de voir débarquer sur son voilier de célibataire endurci une sirène rousse mal lunée et une enfant muette aux grands yeux clairs. Ces mois-là ont été paisibles. Les Chieresques ensuite nous ont recueillies – quelques lunes passées au Petit Matin, le temps de décider ce que nous allions faire, puis j’ai commencé à tracer des plans en fonction des demandes de Thémis. Les premiers mois, les premières années – et toujours, notre domaine qui grandissait. Comme si je pouvais compenser la surprotection dont j’entourais Thémis par une cage de plus en plus vaste pour la contenir… Je me souviens de ses premières chasses. La première nuit où elle a découché. Ce moment où j’ai compris que mon bébé avait grandi.

Je sursaute. Ma pensée m’a échappé. Ce n’est pas mon bébé – c’est ma nièce… La fille de Théna. Pas la mienne. Et pourtant. Ah pourtant, le sang qui coule dans nos veines est le même, et je tiens à elle comme toutes les mères peuvent s’attacher à leur enfant. Combien de fois ai-je dû la reprendre, ma Thémis, quand elle m’attribuait ce nom de mère ? Ce tapotement de ses doigts joints au coin de ses lèvres, ce signe universel qui signifie Maman et que je refuse d’accepter. Par entêtement. Pas stupidité. Pour honorer la mémoire d’une femme qui est sûrement morte depuis des années, ou qui reste endormie sur un lit d’hôpital, tellement loin de notre portée. Une étrangère pour elle. Une inconnue pour moi, vingt ans après notre dernière conversation. Est-ce que, peut-être, il n’est pas temps d’aller de l’avant… ?

Le regard de Thémis me fuit, puis me trouve. Doucement sa main vient se poser, légère et prudente, sur le bandage couvrant ma plaie. Presque hésitante. Elle n’a pas besoin de signer pour que je comprenne ce qu’elle ne dit pas ; ce qu’elle se reproche, à elle, et ce qu’elle n’ose me reprocher, à moi. Son regard se détourne encore, elle avance de quelques pas dans ce que nous avons désigné sous le nom de salon, et je la vois explorer des yeux notre intérieur, noter les signes de présence étrangère dans les objets déplacés. Elle se tourne à nouveau vers moi, et cette fois ses prunelles ne fuient pas. Je perçois son malaise. D’un geste de la main, je lui indique que tout va bien – qu’elle est la bienvenue, qu’elle est chez elle ici.

« Je ne suis pas en colère. Je suis soulagée. J’ai eu peur pour toi. Je ne savais pas où tu étais. » Je reprends mon souffle. Je sais qu’elle a besoin d’indépendance, d’étendre ses ailes, de faire ses propres erreurs – de tomber, et de se relever. « Quand tu pars en chasse, en expédition, ou simplement en visite dans d’autres campements – préviens-moi simplement, d’accord ? » Je ne t’empêcherai pas de partir, et je sais qu’un jour viendra où tu ne reviendras pas : où t’installeras, ailleurs, loin de moi, avec celui, celle ou ceux qu’il te plaira. Je le sais. « Et prends soin de toi. Que Chiere garde tes pas… » Le cœur serré, mais sur les lèvres un sourire un peu tremblant, je signe de doigts hésitants la fin de ma phrase, comme si je craignais de me brûler, sur ces mots interdits que mes lèvres s’interdisent de prononcer. *… ma fille.*

De mon bras indemne, je l’attrape par les épaules, embrasse sa joue, puis la serre contre moi. Elle sera toujours chez elle ici, elle doit le savoir – elle doit aussi comprendre que je ne l’empêcherai pas de vivre sa propre vie. Elle est plus grande que moi maintenant, de quelques centimètres – son père sûrement devait être un de ces géants qu’Athénaïs affectionnait… Le menton sur son épaule, je ferme les yeux un instant, la berçant doucement contre moi, savourant la paix de cet instant.

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MessageSujet: Re: Foyer n'est pas un lieu, mais un sentiment.   Jeu 13 Aoû - 9:01

La douceur de mon foyer m’apaise, tout autant que le calme dans la voix de Thalia. J’avais craint une dispute, ou des reproches, mais c’est dans ces cas-là qu’on se rappelle que l’amour est plus fort que la haine. La peur a été suffisante pour annihiler tout ressentiment entre elle et moi, dans de mon côté que du sien. J’aurais moi aussi pu lui en vouloir pour beaucoup de choses, mais je me sens avant tout égoïste d’avoir fuit sans regarder derrière moi, et sans me préoccuper de son devenir. Elle aurait pu être blessée plus gravement, et je serais peut-être revenue trop tard. Maintenant que je suis rentrée, et que tout va bien, je réalise à quel point cette attitude était puérile et indigne.

Je lui adresse un sourire. Je vois bien que certaines choses ont changé dans ce manoir, je le connais trop parfaitement pour ne pas remarquer ces détails. La sensation me dérange un peu, mais après tout, ma mère est tout autant chez elle que moi, ici. Je n’ai pas le droit de lui imposer de vivre en fonction de moi, surtout après l’avoir abandonnée sans nouvelles. Je réalise enfin que dans mon désir d’indépendance, j’exigeais d’elle l’exact inverse de ce que je souhaitais pour moi-même. Notre contact, soudainement plus intime, me rappelle aussi que j’ai besoin d’elle. Quoiqu’elle en dise, Thalia est ma mère, ma référence, ma conseillère. Je ne serai jamais devenue ce que je suis à présent si elle n’avait pas été là pour guider chacun de mes pas. Tout en enserrant mes bras autour d’elle, je m’écarte un peu afin de trouver son regard. Je me sens presque redevenue petite fille, alors que ce moment fait remonter mon enfance, les moments d’inquiétude ou un câlin si simple me rendait à nouveau forte. J’aimerais tant parler sans quitter cette étreinte.

Je fais un pas en arrière, mais je sais qu’une lueur dans mes yeux lui fera comprendre que je ne la rejette pas. La distance est nécessaire pour signer. Mes mains sont à nouveau plus assurées alors que je trace mes arabesques dans l’air. Mes craintes se sont envolées, et je peux lui promettre que je ne la laisserai plus ainsi, sans nouvelles. Cette maison est la mienne, autant que ne l’est toute la terre qui nous entoure et je m’installerai où bon me semble, mais je ne resterai jamais très loin. Mes mains retombent ensuite le long de mon corps. Au fond de moi, je sais que j’avais simplement besoin de me prouver que j’étais capable de partir, et de survivre seule sans que personne ne veille sur moi. J’avais besoin de vérifier que ce monde est bien le mien, qu’il m’est ouvert, avant de revenir à la maison pour un temps encore. Maintenant, je sais que mon chemin est libre.

La fatigue et la lassitude commencent à m’engourdir les membres et je cherche un endroit confortable où m’asseoir. J’ai trop de choses à demander pour rester plantée là en haut de l’escalier. Avec ma fuite, je ne sais même pas ce qui s’est passé à la fin de l’attaque, et je m’en sens un peu honteuse. Moi qui ais participé à la défense du Temple en me prétendant fille de Chiere, j’ai été trop préoccupée par moi-même pour penser à l’aide ou à la reconstruction pendant l’après. Une fois installée, je lève le regard vers ma mère et lui demande de me raconter. Tout. Le temple, la semaine écoulée, comment elle va. Après une courte pause, je signe à nouveau et je lui demande pardon. Je sais qu’elle ne me tiendra pas rancœur, que son soulagement de me voir est trop grand pour me faire des reproches maintenant… mais c’est probablement pour ça que je ressens si fort le besoin de lui présenter des excuses. Je ne parviens pas à me révolter contre ce visage-là.

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