ÉPILOGUE
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 We're all stories in the end :: Thea

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MessageSujet: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 10:13


“ Theodora "Thea" van Alderwerelt ”

tous ceux qui errent ne sont pas perdus


“introduction”
Je m'appelle Theodora Saartje van Alderwerelt, mais on m'appelle plutôt Thea. J'ai trente ans. Je suis née le 14 juillet 1985 à Bloemfontein, Afrique du Sud. Avant d'arriver ici, j'étais historienne et archéologue. Et, je fais parti du groupe des aventuriers. Oblivion, pour moi, c'est un lieu étrange, fascinant aussi, qu'il me tarde de découvrir. Mettre les voiles ? Rentrer dans mon monde ? Un jour, peut-être... Mais pas avant d'avoir percé les mystères de ce monde-là.


¤¤¤



Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !


travailleuse - intelligente - énergique - sincère - impulsive - irréfléchie - rancunière - susceptible
→ Si j'étais un animal : l'aigle
→ Si j'étais une plante : le jasmin
→ Si j'étais une merveille : le phare d'Alexandrie
→ Si j'étais une couleur : le blanc

→ L'artiste manquée : A l'école maternelle, ses instituteurs étaient persuadés qu'elle serait la version féminine de Picasso, et s'émerveillaient devant son talent visiblement inné. Les dessins de la petite Thea étaient un foisonnement de couleurs absolument incroyables et improbables : un ciel vert ? Une pelouse violette ? Les signes d'une imagination débordante et d'un sens artistique certain. Jusqu'à ce que le pot aux roses soit découvert : Thea est daltonienne. Belle déconvenue, n'est ce pas ? Adieu, la carrière d'artiste...


“ que cesse la mascarade ”

parce qu'on sait que tu es un lutin maléfique


Allez, avoue tout ! Dans la vraie vie, tu es qui ? Kira. Tu as un prénom j'imagine ? Marie. Et quel âge tu as ? 19 ans. 7 Wonders, tu l'as connu comment ? Bouche à oreille. Et tu en penses quoi ? C'EST BOOOW *.*. Quel est ton dernier mot, petit scarabée ? May the Force be with you.


Dernière édition par Thea van Alderwerelt le Mer 3 Juin - 20:06, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 10:13




“ it's a big & beautiful world ”

most of us live & die in the same corner where we were born & never get to see any of it. I don't want to be most of us.


- Faire-part de naissance -

C'est avec la plus grande joie que Margreet et Lodewijk van Alderwerelt annoncent la venue de leur première fille et troisième enfant, Theodora Saartje, née le 14 juillet 1985 à Bloemfontein et baptisée le 21 du même mois au sein de l'Eglise réformée calviniste. L'enfant pèse 3 kilos, mesure 48 centimètres et fait le bonheur de ses parents, ainsi que de ses frères Maarten et Rijkaard. Puisse Dieu veiller sur elle et la guider en chaque circonstance.

- 1995 -
Bloemfontein, Afrique du Sud

"Maman, j'aime pas les haricots !" Allongée sur le canapé tout proche, magazine en main, Margreet van Alderwerelt leva les yeux au ciel. Ce devait être la cinquantième fois qu'elle entendait ceci depuis qu'on avait servi à Theodora ce plat de haricots verts, voilà cinq minutes. Toutefois, elle ne daigna pas se retourner et regarder sa fille, préférant s'adresser à elle en lui tournant le dos, comme si cela lui était indifférent. Elle l'avait cernée, sa petite dernière, et avait bien compris qu'elle cherchait en premier à attirer l'attention sur elle. "On dit je n'aime pas, Theodora. Fais attention à parler correctement." Et la jeune mère repris sa lecture... Une demi-seconde : "n'empêche, je n'aime pas les haricots." Un soupir faillit s'échapper des lèvres de Margreet, qu'elle retint à temps. Rester indifférent, surtout rester indifférent. "Peu importe, finis ton plat. Tu n'auras pas de dessert sinon." Mais cette fois, elle n'essaya pas de reprendre la suite de son article, se doutant que sa fille l'interromprait à nouveau. Ce qui ne manqua guère. "J'ai pas faim, en plus." Là, le soupir résigné s'échappa. "Je n'ai pas faim, attention à tes négations. Je te préviens, Theodora, si tu ne finis pas aujourd'hui, tu auras la suite de ton plat demain matin au petit déjeuner. Est-ce clair ?" Deux minutes plus tard, l'assiette était terminée. "Berk," grommela l'enfant en avalant la dernière bouchée de haricots, "c'est vraiment dégueu." Aussitôt, la mère de famille se retourna, l'air courroucé et les sourcils froncés. "Plaît-il, jeune fille ?" Theodora rougit jusqu'aux oreilles. "Je n'aime vraiment pas les haricots, Maman." Margreet eut un nouveau soupir. "Ton langage se relâche, Theodora, c'est intolérable. J'attends de toi que tu te comportes correctement en société, tu es la fille de Lodewijk van Alderwerelt, pas celle de n'importe quel quidam de base. M'entends-tu ?" La fillette rougit de plus belle et baissa les yeux. Penaude, elle laissa échapper un "oui, Maman," sur un ton qui n'était pas sans évoquer un couinement de souris. Un signe de tête de Margreet, et elle se leva de son siège pour aller chercher son dessert dans le frigo. Une crème dessert au chocolat. D'ordinaire, elle adorait ça, mais les repas sans son père et surtout, sans ses frères lui semblaient si fades qu'elle n'avait plus envie de manger. En silence, elle se délectait de la crème - Zola, la cuisinière récemment engagée par sa mère, avait un talent exceptionnel - et détallait la silhouette maternelle, toujours allongée sur le canapé. Margreet était habillée pour sortir, Theodora savait qu'elle retrouverait son père en ville pour une quelconque soirée dans un restaurant du centre. Un observateur inattentif aurait trouvé que mère et fille se ressemblaient beaucoup, bien que le visage de l'enfant ne soit pas sans évoquer celui de son père. L'épaisse chevelure brune et légèrement bouclée, qui frisait au contact de l'humidité, les yeux sombres et brillants, les lèvres charnues, tout cela était l'héritage de Margreet. Pourtant, elles ne se ressemblaient pas, cela ne passait pas vraiment par leur apparence, mais plutôt par l'impression qu'elles faisaient sur leur entourage. La mère de famille avait tout de la parfaite dame de maison, souriante, toujours impeccable, constamment polie, extrêmement attentive aux bonnes manières et à la bienséance de mise. Calme, maîtresse d'elle-même comme de son foyer, charitable quand il le fallait, élégante en toutes circonstances. Theodora était différente : dans ses yeux sombres brillait une étincelle de vivacité, de mordant, parfois d'insolence. Elle transpirait l'énergie et la bonne humeur par chaque pore de sa peau, et là où sa mère parlait haute couture, restaurants de luxe et plages privées, elle rêvait de parcourir le monde avec seulement un sac à dos, s'essayait aux arts martiaux et enfilait les jeans de ses frères. Savoir sa mère absente jusqu'à bien tard ne la peinait pas outre mesure, rester seule ne la peinait pas non plus : elle était habituée. Toujours, elle avait vu ses parents se vêtir pour des fêtes auxquelles elle n'était pas conviée, et depuis que ses frères étaient en internat à Cape Town, elle ne les voyait que pour les vacances. Elle racla le fond de sa coupelle pour ne rien laisser de côté, avala et s'essuya la bouche et les mains. "Tu es très belle, comme ça, Maman." Margreet se retourna à nouveau, mais avec un doux sourire cette fois. "Merci, chérie. Tu as terminé de manger ?" Et alors que Theodora opinait, sa mère lui fit signe d'approcher. Sa parure d'or blanc et de diamants luisait doucement, éclairée par la lampe à halogène toute proche et les ampoules du lustre en cristal, à quelques mètre derrière. Margreet se redressa et invita sa fille à s'asseoir sur ses genoux, ce que la fillette fit avec beaucoup de précautions, ne tenant pas à abîmer la robe de sa mère, qui lui faisait songer à un bouton de rose en pleine éclosion. "Je compte sur toi pour être bien sage avec tout le monde, ce soir. Pas de caprices, et quand c'est l'heure d'aller au lit, tu y vas sans discuter. Et n'oublie pas de brosser tes dents en haut, en bas et sur les côtés. C'est d'accord, ma chérie ?" La fillette promit. C'étaient là les recommandations habituelles, elle s'était accoutumée à les entendre, même si elle ne les suivait pas toujours - très rarement, en fait - à la lettre. En particulier pour l'heure du coucher. Theodora détestait aller se coucher. "Autre chose," reprit Margreet, "je ne veux plus que tu ailles embêter Zola comme tu l'as fait cet après-midi. C'est compris ?" Du rouge soutenu, le teint de l'enfant passa au blanc laiteux. Elle avait hérité de la carnation de ses ancêtres hollandais, venus s'établir dans ce qui allait devenir l'Afrique du Sud au milieu du XVIIème siècle. Comme son père et sa mère, comme ses frères et ses grands-parents, elle avait la peau pâle ; sa personnalité faisait le reste. Il suffisait de constater la couleur de ses joues pour comprendre les émotions qui l'agitaient, elle n'avait jamais su cacher ses sentiments. Elle blêmissait, rougissait, rosissait lorsqu'elle était heureuse, et lorsqu'elle était malade, c'était une lueur verdâtre qui teintait sa peau. De sa vie, jamais Theodora n'avait compris pourquoi ses parents parlaient des africains natifs, des asiatiques, des indiens comme des "gens de couleur." Il lui semblait être bien plus de couleur qu'eux tous réunis. "Je ne l'embêtais pas, Maman, je te jure ! je lui demandais juste de m'apprendre à cuisiner !" Sa mère eut un grand rire, franc et joyeux, qui se répercuta contre les murs immaculés : "et pourquoi diable voulais-tu apprendre à cuisiner ? A quoi donc cela pourrait-il te servir ?" Un immense sourire étalé sur ses lèvres pleines, Margreet observait son unique fille qui, si elle souriant aussi, se tordait les mains avec gêne. "Eh bien, quand je serais grande et que j'aurais ma maison, je pourrais me faire des gâteaux et des crèmes au chocolat," hasarda Theodora, fuyant le regard de sa mère comme si elle avait été prise en train de faire une bêtise. "Chérie," répliqua Margreet sans se départir de son sourire, "tu quitteras cette maison lorsque tu te marieras, tu le sais, et lorsque tu te marieras, tu auras une cuisinière digne de ce nom, j'y veillerais. Crois-moi, tu n'auras jamais besoin de faire la cuisine." Et Margreet se remit à rire, comme si elle avait entendu la meilleure plaisanterie de toute sa vie. Theodora ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Je ne veux pas de ça, avait-elle envie de dire, je ne veux pas être comme vous, je ne veux pas attendre de me marier pour partir, je ne veux rien de tout ça. Mais les mots restaient bloqués dans sa gorge. Ses grands yeux écarquillés, elle étudiait chacun des mouvements de sa mère, sa façon de lisser les plis de sa belle robe de soie couleur saumon, sa façon d'enfiler des escarpins dont le prix devait être exorbitant et de circuler aussi aisément que s'il s'était agi de chaussons, sa façon de passer une étole argentée sur ses épaules et ses bras, d'arranger sa coiffure et ses pendants d'oreilles, sa façon de sourire et de lui envoyer des baisers de loin en lui faisant promettre d'être bien sage. Sa façon de traverser le jardin, de monter à l'arrière d'une voiture dernier cri sans ouvrir la portière - le chauffeur l'avait fait pour elle - et d'agiter la main dans sa direction pour un dernier au revoir. Presque inconsciemment, la fillette eut le même geste. La portière se ferma, la voiture démarra, et bientôt sa mère disparut complètement de son champ de vision. "Tout va bien, miss ?" Theodora se retourna vivement, battit des paupières, comme pour s'extraire d'un rêve et rejoindre le moment présent. C'était Saer, un domestique engagé par ses parents qu'elle ne connaissait pas vraiment, sinon de nom et de vue. Elle eut un sourire un peu forcé : "très bien, merci." Echange poli, elle quitta la salle à manger, passa dans le couloir, grimpa les escaliers jusqu'à sa chambre, tout en haut. Elle était incapable d'expliquer le poids qui pesait sur sa poitrine depuis que sa mère avait quitté les lieux. Arrivée au quatrième et dernier étage, ses yeux s'attardèrent un instant sur la vitre, sur le monde en contrebas. La demeure des Van Alderwerelt était une maison d'architecte, essentiellement faite de béton peint en blanc, d'acier et de verre. Un bijou fort novateur, d'après beaucoup. Une prison à ciel ouvert pour Theodora. L'essentiel des murs étaient en réalité des vitres épaisses qui laissaient passer une telle lumière que souvent, l'éclairage était superflu. Bâtie à flanc de colline, ces parois offraient une vue imprenable sur la ville de Bloemfontein, surnommée "cité des roses", dans la province de l'Etat-libre d'Orange, siège de la Cour suprême d'Afrique du Sud. Le soir tombait doucement, le ciel se teintait de couleurs chaudes et les lumières scintillaient comme les diamants du collier de Margreet. En s'approchant un peu, Theodora pouvait distinguer les deux clochers de l'église réformée hollandaise, la Twin Spired, qu'elle fréquentait avec ses parents et ses frères. Elle les enviait, ses frères, eux qui avaient intégré un internat militaire dans le sud est du pays, au bord de la mer, à Cape Town ; eux qui étaient sans doute plus libres qu'elle. De là où elle était, la vue dominante sur la ville lui donnait l'impression d'être toute-puissante. Et pourtant, le carcan dans lequel on l'enfermait depuis la naissance, celui de la tenue, des bonnes manières, l'éloignait de ce monde qu'elle n'avait jamais vraiment vu. Les paroles de sa mère cognaient contre les parois de son crâne à l'image d'une balle rebondissante. Elle ne partirait d'ici que lorsqu'elle aurait un mari. Elle quitterait cette prison dorée pour une autre prison dorée. Oui, prison, c'était le mot, car outre le monde clos dont elle venait et que nul ne semblait décidé à la voir sortir, cette maison était une prison au sens littéral. Nul n'y entrait, nul n'en sortait. L'Afrique du Sud, pays le plus violent de la planète avec le Mexique, avait appris à s'équiper. Thea la connaissait par coeur, cette atmosphère de paranoïa, elle avait grandi avec, comme ses parents avant elle et ses grands-parents avant eux. Les quartiers ultra-sécurisés où se cantonnaient les plus riches, les milices armées qui tournaient nuit et jour dans les rues. Les alarmes, les sous-sols blindés, les armes en libre-circulation. A l'école, le tir au revolver faisait partie du programme de sport dès les six ans. Du haut de ses dix ans, l'enfant avait l'impression d'être restée prisonnière toute sa vie. Finalement, quelque chose dans sa gorge sembla se dénouer, et les mots jaillirent en flots de ses lèvres : "je ne veux pas de ça."

- 2005 -
Bloemfontein, Afrique du Sud

Rageusement, la jeune femme expédia le téléphone sur son socle avec un juron.  Elle se leva d'un bond et commença à faire les cent pas dans la pièce, serrant et desserrant les poings, étouffant l'envie de donner des coups de pieds dans tout ce qui passait à proximité en hurlant comme une hystérique. Elle sentait son coeur cogner contre sa poitrine à un rythme anormalement rapide, et se connaissait assez pour savoir que son teint était cramoisi de colère. Ses yeux lançaient des éclairs, des larmes brûlantes de rage commençaient à affluer, et lorsque son frère ouvrit la porte à la volée, le regard qu'elle lui envoya fut si noir qu'il eut un mouvement instinctif de recul. "Ça s'est mal passé, je suppose ?" Son ton était presque une excuse. Thea fondit en larmes et s'écroula sur le sol. "Ils... N'arrêterons... Jamais... De... Me... Gâcher... La... Vie... Jamais... Jamais..." Des larmes ou de la colère, on ignorait ce qui faisait trembler sa voix, hachait ses paroles, mais là n'était pas vraiment la question. Le jeune homme hésita un instant, mais finit par s'approcher pour s'asseoir à côté de sa cadette, à même le plancher, pour la prendre les épaules et la serrer contre lui, en un geste qu'il espérait réconfortant. Quelques minutes plus tard, sa chemise était trempée des larmes de Thea, qui ne reprenait toujours pas ses esprits. Elle ne s’aperçut même pas que son deuxième frère entrait dans la pièce, mais lorsqu'il s'assit de l'autre côté d'elle et lui posait la main dans le dos pour la réconforter aussi, elle se redressa à demi. A travers ses larmes, elle distingua vaguement une tentative de sourire de la part de ses aînés, et essuya ses joues, sans beaucoup de succès. C'était comme si le flot qui se déversait de ses yeux était intarissable, comme si elle ne pourrait jamais le contrôler. Elle avait envie de parler, de s'expliquer, mais n'y arrivait pas, à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, une nouvelle salve de larmes la saisissait, tuant dans l'oeuf toute tentative de dialogue. Heureusement, ses frères la connaissaient. Comprendre ne leur demanda que peu d'efforts : "ils ont refusé, c'est ça ?" Elle opina, se racla la gorge et parvint finalement à prononcer une phrase. "Ils veulent que je rentre chez eux." Et les pleurs reprirent le dessus. Un des garçons jura, et la jeune femme sourit à travers ses larmes, heureuse dans son malheur de trouver un allié. Deux, car elle savait que son autre frère n'en pensait pas moins. "Je vais les appeler," reprit le premier, "leur dire ma façon de penser." Et il se leva. Thea, s'appuyant sur le bras du deuxième de ses frères, se redressa à son tour. Elle distinguait leurs visages plus nettement maintenant qu'elle arrivait, peu à peu, à endiguer le flots de larmes. Maarten et Rijkaard, les jumeaux de cinq ans ses aînés, ses frères. Ils s'étaient toujours bien entendus, et sans que l'on puisse parler de relation fusionnelle - mieux valait ne pas être dans les parages lorsqu'une dispute éclatait entre eux - ils se soutenaient sans relâche. Ou plutôt, les garçons soutenaient sans relâche Thea, qui avait parfois bien du mal à se faire entendre auprès de leurs parents. Eux avaient moins besoin de son soutien, à elle, bien qu'elle ne demandait pas mieux que de les aider. "Je ne suis pas Maman, je ne veux surtout pas être Maman... Est-ce si compliqué à admettre ?" Thea regardait Rijkaard sans être certaine de vouloir une réponse à sa question. Le jeune homme avait un demi-sourire non dénué de tristesse lorsqu'il tendit un mouchoir à sa soeur. "Ça l'est pour eux, apparemment." Il avait raison. Le pire, c'est que Thea avait du mal à vraiment leur en vouloir. Elle les aimait, ses parents, en dépit de leur défauts, de leur fermeture d'esprit, du fait qu'ils étaient persuadés de détenir le savoir absolu et que par conséquent, leur progéniture devait obéir au doigt et à l'oeil aux plans qu'eux avaient dressés. Elle les aimait, et elle savait qu'ils l'aimaient en retour, qu'ils voulaient pour elle ce qu'ils estimaient être le meilleur. Margreet n'avait jamais vécu autrement que sous la protection de son père, puis de son mari, épousé à vingt ans après avoir décroché un diplôme de littérature avant tout pour faire joli sur sa carte de visite. Faire joli... Thea eut un petit rire sans joie, alors que les premiers éclats de voix, signes de la dispute naissante entre Maarten et leurs parents, se faisaient entendre. La jeune femme leva la tête et suivit des yeux la silhouette agitée de son frère, toujours dans les bras de Rijkaard. Elle avait vingt ans, venait de décrocher un double diplôme en Histoire et archéologie à l'université de l'Etat-Libre, s'apprêtait à postuler dans des grandes écoles à l'étranger pour poursuivre ses études. Elle avait appris l'anglais et le français dès la maternelle, comme le voulait le programme scolaire sud-africain, très porté sur les langues étrangères. Forte de sa connaissance de l'afrikaans, sa langue maternelle, elle avait appris les autres langues germaniques, l'allemand et le néerlandais. Dès les premiers temps du collège, elle avait suivi des options en grec ancien et en latin. A la fin du lycée, elle avait obtenu sa matriculation (le baccalauréat sud-africain) en majorant tout l’établissement. Son intelligence ne dépassait pas celle de ses camarades, mais sa capacité de travail, oui. Le tout avait été dans un seul but : montrer à ses parents qu'elle pouvait avoir un autre destin que celui d'une bonne épouse et d'une mère de famille. En vain, visiblement. "Je ne devrais pas envoyer Maarten au casse-pipes à ma place," déclara soudain Thea, "je ne veux pas qu'il se dispute avec les parents à cause de moi." Rijkaard eut le même rire dénué de toute joie qu'avait eu sa soeur quelques minutes plus tôt : "Maarten, se disputer avec les parents ?" Elle sourit doucement et du pouce, indiqua la silhouette fraternelle, le téléphone et les éclats de voix qui en provenaient : "n'est-ce pas ce qui est en train de se passer ?" Son frère secoua négativement la tête, souriant mais amer. "Jamais ils ne prendront le risque de se disputer avec le fils chéri, tu le sais. S'il y en a un qui est capable de leur faire entendre raison, c'est lui." Songeuse, Thea comprit qu'il avait raison. Des deux fils Van Alderwerelt, seul Maarten s'était intéressé aux affaires de leur père. Rijkaard avait choisi une autre voie, celle de l'armée. A vingt-cinq ans, il venait d'être promu capitaine dans l'aviation sud-africaine, et ne comptait absolument pas s'arrêter là. Diplômé de l'école de l'air de Cape Town, c'était les postes de décision qu'il visait. Maarten hériterait de l'Empire bâti par leur père, leur grand-père, leur arrière-grand-père, leur arrière-arrière grand-père. Si le premier Van Alderwerelt a avoir posé le pied en Afrique du Sud voyait ce que ses descendants étaient devenus, il resterait bouche bée. Il avait été un de ses jardiniers hollandais engagés dans la Marine parce-qu'ils ne savaient que faire de leurs jours sinon, qui avaient posé le pied à l'extrême-pointe de l'Afrique pour faire pousser les fameuses salades destinées aux membres de la puissante Compagnie des Indes Orientales d'Amsterdam, dont les membres étaient décimés par le scorbut. Les Van Alderwerelt qui s'étaient établis les premiers sur les côtes d'une Afrique du Sud qu'ils avaient contribué à fonder, comme tant d'autres colons, n'avaient rien de noble, ni même de bourgeois. Des artisans, des hommes du peuple qui ne trouvaient rien pour eux aux Pays-Bas, qui avaient défié la jungle, les bêtes sauvages, les tribus noires, les chercheurs d'or et de diamants, les mouches tsé-tsé, les régiments à tunique rouge de la Reine Victoria, persuadés par leur foi calviniste que Dieu les avait élus pour régner sur le monde. Loin du rêve américain, ç'avait été le rêve africain. Lodewijk van Alderwerelt, le père de famille, était à la fois un industriel, un politicien, un magnat de la presse, un investisseur qui avait récupéré le réseau forgé par ses prédécesseurs pour l'agrandir encore plus. Aujourd'hui plus que jamais, ils comptaient parmi les familles les plus importantes du pays, formaient un véritable clan. Margreet avait des allures de Première Dame, Maarten était aussi prometteur que son père l'avait été jadis. Et la rebelle Theodora contrecarrait leurs plans en refusant l’existence rangée qu'on voulait la voir suivre. "Tu te souviens de Zola ?" demanda brusquement la jeune femme en regardant son frère. "La cuisinière ?" Il fronçait les sourcils, ne comprenait visiblement pas pourquoi il en était question. Thea sourit de plus belle : "oui, la cuisinière. Cela fait bien longtemps que je ne l'ai pas vue." De tous les domestiques engagés par leurs parents, la zoulou avait toujours été la préférée de Thea, celle dont elle était la plus proche, celle à qui elle parlait plus franchement qu'à sa propre mère. "De même. Pourquoi parles-tu d'elle ?" Elle haussa les épaules : "elle m'a dit un jour que les femmes devraient avoir le droit de faire ce qu'elles veulent de leurs vies, sans que quiconque les force à quoi que ce soit." Rijkaard ouvrit la bouche pour répondre, mais le bruit du téléphone retombant sur son socle l'interrompit. Les yeux de Maarten brillaient de colère, ce qui eut pour seul effet de raviver celle de Thea. Ainsi, même son frère, le fils prodigue, l'héritier de leurs parents n'avaient pu leur faire entendre raison... La jeune femme sentit son estomac se nouer, mais n'aurait su dire si c'était là l'effet de la tristesse ou de la rage. Le bout de ses doigts se mit à trembler, et elle baissa les yeux. Quelques secondes, le silence demeura, pesant et lourd, comme celui d'une prière de deuil. "Toutes ces années," finit par murmurer Thea, "toutes ces années à travailler comme une malade, à me coucher à pas d'heure, à me démener comme une folle... Toutes ces années à enchaîner les diplômes, à rêver aux études, tout ce que j'ai appris, tous les efforts que j'ai fourni, tout..." Tout ruiné. Parti, envolé. Brisé. Sans ses parents pour l'appuyer financièrement, comment pouvait-elle financer son cursus ? Aucun travail étudiant ne comblerait les frais de ses études, et vu la situation de son père, elle ne pouvait rêver à aucune bourse. Elle avait une furieuse envie de les détester, son père et sa mère, de jalouser ses frères pour être libres de suivra la voie qu'ils souhaitaient, mais elle n'y parvenait pas. Brusquement, elle se sentit vide, dépendante, prisonnière, elle avait l'impression d'être un oiseau à qui on avait appris à voler pour lui couper les ailes au moment de s’élancer. La vie qu'elle avait toujours voulu fuir la rattrapait. Elle serait inévitable, elle n'avait pas la moindre chance d'y échapper. "Non." Le ton de son frère avait été aussi sec et sans appel que la certitude de Thea d'avoir travaillé en vain. Elle sursauta, et même Rijkaard, surpris, reporta son attention sur Maarten. Lui regardait Thea fixement, comme si il la voyait pour la première fois. Elle soutint son regard jusqu'à ce qu'il donne à voix haute sa pensée, mais entre temps, la respiration de la jeune femme s'était bloquée. "Non," répéta le jeune homme. "Tu n'as pas travaillé pour rien. Tu ne travailleras pas pour rien." Rijkaard croisa les bras, s'adossa au mur : "effectivement, puisqu'elle ne travaillera plus du tout." Son frère l'ignora complètement, il fixait toujours Thea et à tout bien réfléchir, il ne l'avait sûrement pas entendu. "Postule pour tes écoles. Demande l"Angleterre, la France, les Etats-Unis, l'Allemagne. Demande le Canada ou l'Australie. Postule partout où tu as une chance d'être sélectionnée, travaille comme tu as toujours travaillé, et tu seras prise forcément, quelque part. Même si c'est à l'autre bout de la terre." Le coeur de Thea avait cette fois un rythme trop lent, et son teint n'était ni rosi ni rougi, il était blanc comme un linge. Mais ses yeux brillaient plus que jamais. Lorsqu'elle parla, sa voix n'était plus qu'un souffle. Elle avait compris ce que voulait son frère, mais voulait l'entendre de sa bouche, pour être sûre. "Avec quel argent ?" Rijkaard abandonna sa posture nonchalante et se plaça à côté de son jumeau. Lui n'avait pas besoin d'entendre pour approuver. "Le mien," déclara Maarten. "Et le mien," renchérit Rijkaard. Quelques secondes, les prunelles de Thea oscillèrent entre les visages de ses deux frères. "Et les parents ?" Ses doigts avaient cessé de trembler. Elle inspira longuement, doucement, expira. Déglutit. "Ne t'occupes pas des parents. Fais ce que tu estimes juste, fais ce que tu dois faire, devient indépendante, forte, montre au monde entier ce dont tu es capable. Vis ta vie, et ne laisse personne la vivre à ta place." Thea sourit. Un vrai sourire, large et sincère, qui dévoilait ses fossettes au creux de ses joues. Elle sentit les couleurs pointer à nouveau sur son visage comme le soleil transperce les nuages. Il lui sembla que les battements de son coeur reprenaient un rythme normal.

- 2007 -
Paris, France

Impatiente, Thea van Alderwerelt jouait des coudes au milieu de la foule d'étudiants légèrement en délire, à la recherche de ses résultats. Les panneaux accrochés dans l'entrée de la célèbre Ecole des Chartes mentionnaient le nom de chaque étudiant et sa note définitive aux examens terminaux. En somme, s'il avait ou non obtenu son diplôme. La jeune femme cherchait des yeux le panneau correspondant à sa section et finit par le localiser. La mention "études médiévales", inscrite sur un papier blanc à l'encre noire et en caractères d'imprimerie, brillait doucement à la lumière du jour, comme si le papier avait été imprimé quelques minutes plus tôt. Ce qui était sûrement le cas, puisque l'école n'avait ouvert ses portes que peu de temps avant. En deux ans passés à arpenter ses couloirs, jamais Thea ne les avait vus aussi bondés. Encore et encore, elle circulait tant bien que mal au milieu de tout ce beau monde jusqu'à atteindre le panneau qui l'intéressait, à la recherche de son nom. Vers la fin de la liste, forcément, puisqu'ils étaient classés par ordre alphabétique. Une nouvelle différence avec son Afrique du Sud natale : chez elle, le "van" était identifié comme une particule, l'équivalent du "de" français. A Bloemfontein, à Johannesburg, elle faisait partie des premiers sur les listes. Ici, des bons derniers. "Foutu nom de famille," grommela la brune sans parvenir à se trouver au milieu de tous ces noms. Diable, étaient-ils tous de sa promotion ? Elle n'en reconnaissait pas la moitié ! Mais elle n'avait pas été très attentive à ses camarades de classe, il fallait le reconnaître. Il apparut finalement, le VAN ALDERWERELT - Theodora Saartje qu'elle cherchait tant. Son souffle se coupa. Des yeux, elle suivit le nom, la ligne, et enfin... "Je l'ai eu ! Nom de Dieu, je l'ai eu ! Je l'ai eu ! Je l'ai eu !" Indifférente aux regards interloqués, sympathiques, parfois courroucés du groupe autour d'elle, Thea s'extirpa de tout ce monde et courut presque jusqu'au secrétariat de l'école récupérer les papiers nécessaires. Elle souriait comme une démente et se retenait avec peine de rire aux éclats. Elle avait envie de bondir, de danser, de chanter, et en moins d'une demi-seconde, c'était toute la tension des deux derniers mois qui s'échappait comme une bouffée de fumée. Lorsqu'elle sortit finalement du bureau, près d'un quart d'heure plus tard, après avoir reçu les félicitations des secrétaires et professeurs qui passaient par là, son euphorie s'était à peine calmée. Elle rangea soigneusement les papiers dans la pochette à rabats qu'elle glissa dans son sac, et c'est avec un éclatant sourire qu'elle sortit de l'école et rejoignit la place de la Sorbonne. Sans doute ne devait-elle pas sourire ainsi, pas devant ceux qui n'avaient pas réussi leurs examens, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle avait trop travaillé pour avoir la victoire facile, pas cette fois. Le mois de juin pointait son nez, et avec lui, les beaux jours, l'été, la chaleur. Le soleil brillait haut dans le ciel bleu qui surplombait la capitale française, en parfaite adéquation avec l'humeur plus qu'heureuse de la jeune femme. Elle avait vingt-deux ans, venait de sortir diplômée de l'Ecole des Chartes, prestigieuse et reconnue à travers le monde. Déjà, elle rêvait à la suite. Pour une raison qu'elle ne comprenait que très peu, elle s'était intéressée à l'Asie, et particulièrement à la Chine. La fascination que l'Empire du Milieu exerçait sur elle était telle que la jeune femme songeait de plus en plus à s'engager dans cette voie. Ajouté son intérêt pour l'histoire médiévale, Thea était persuadée de tenir là le cocktail qui guiderait sa vie à compter de ce jour. Déjà, elle avait profité de ses rares moments libres pour apprendre le mandarin. Bientôt suivrait le cantonnais, et pourquoi pas les dialectes du nord de la Chine ? Tout lui semblait possible, à présent. Elle avait envoyé balader ses parents deux ans plus tôt, et avec l'aide de ses frères, s'était bâtie une vie ici, à Paris. Mais s'en contenter serait inacceptable. Passant d'une rue à l'autre du quartier latin sans vraiment y prêter attention, puisqu'elle connaissait le chemin par coeur, la jeune femme poussa finalement les portes de l'immeuble de ville, emprunta l’ascenseur jusqu'au cinquième étage et moins d'une heure après être rentrée dans l'école à son ouverture les tripes nouées, voilà qu'elle retrouvait son appartement avec l'air radieux et l'impression que tout serait désormais possible. Thea quitta ses chaussures, sa veste, et d'une main, récupéra son téléphone tout en vérifiant l'heure. Neuf heures et demie du matin. Avec les douze heures de décalage, il était vingt-et-une heures passées en Afrique du Sud. Son frère, elle le savait, ne risquait pas d'être couché à vingt-et-une heures. Sans s'être un seul instant départie de son sourire, la jeune femme chercha le nom de Maarten dans le répertoire et appuya sur la touche d'appel. Quatre tonalités, et il répondit : "oui ?" Le coeur de Thea bondit. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas entendu sa langue maternelle ! Il fallait reconnaître qu'elle avait rarement téléphoné aux siens, ces deux derniers mois; "Maarten, c'est Thea. Tu vas bien ?" La réponse ne tarde pas : "qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu es docteur ?" La sempiternelle plaisanterie, qui la fit éclater de rire alors même qu'elle la connaissait par coeur. "Non, vétérinaire." Et voilà que Maarten ajoute son rire à celui de sa cadette. Et finalement... "Bon, cessons-là les plaisanteries imbéciles. Tes résultats sont tombés aujourd'hui ?" Le sourire de Thea semble figé à ses lèvres, et ses joues deviennent presque douloureuses. Mais elle n'en a cure. "Je l'ai eu, Maart, j'ai eu mon diplôme !" Et c'est à nouveau cette redoutable envie de danser qui la prend, envie qu'elle peine à retenir, même dans le secret de son petit studio parisien. "Félicitations, Thea ! Bravo, bravo et encore bravo ! Je suis fier de toi !" Et si la jeune femme remercie chaleureusement son frère, elle ne peut s'empêcher de déceler dans sa voix une certaine... Gêne ? "Tout va bien, Maarten ? Je ne te dérangeais pas, au moins ?" Un raclement de gorge lui parvient, elle entend des éclats de voix, des murmures, mais reste incapable de percevoir de mot distinct. Son frère reprend la parole quelques secondes plus tard : "en fait, je ne suis pas tout seul. Il y a quelqu'un avec moi... Qui aimerait te parler." La jeune femme ouvre la bouche, appelle son frère mais n'obtient aucune réponse. C'est toujours le même fond sonore qui lui parvient, jusqu'à ce que retentisse une autre voix, masculine aussi, plus grave et plus âgée. Familière, en dépit des années passées sans l'entendre. "Ne raccroche pas tout de suite, s'il te plait." La jeune femme se laissa tomber sur le lit tout proche, fixant le plafond. "Bonjour, Papa," furent ses seules paroles. Deux ans passés sans adresser le moindre mot à ses géniteurs, cela avait été difficile pour Thea. Elle avait écrit de nombreuses lettres, mais ne s'était jamais sentie apte à les envoyer. Des nouvelles d'eux, elle en avait par ses frères, qui la tenaient au courant de tout. Elle savait que si quelque chose arrivait à l'un ou l'autre de ses deux parents, elle sauterait dans le premier avion pour l'Afrique du Sud. Mais d'ici là, tenter de renouer le contact avait été trop douloureux. "Que penses-tu de la France, alors ?" Son père connaissait la France, du moins il connaissait Paris. Elle-même n'y avait jamais mis les pieds avant de venir y faire ses études, mais Lodewijk s'y était rendu pour affaires à diverses reprises. "C'est un beau pays," sourit la jeune femme, "on y mange bien mieux que chez nous !" Une remarque insignifiante, mais qui eut le mérite de dérider quelque peu son paternel, de l'autre côté de la planète. "Et toi, Papa, comment tu vas ?" Elle savait qu'a priori, il ne lui était rien arrivé de grave, que sa santé était des meilleures. Ses frères l'auraient prévenue, autrement. Mais entendre la voix de son père lui faisait plus de bien qu'elle ne l'aurait cru. "Oh, je vais bien. Ton frère et moi avons passé l'après-midi à travailler sur des investissements dans les industries minières, et ce n'est toujours pas fini." La jeune femme songea que cette ardeur, cette capacité à travailler nuit et jour, c'était à son père qu'elle la devait. "Enfin, ce n'est pas là ce qui importe. Félicitations, pour tes études. L'Ecole des Chartes est extrêmement reconnue dans le monde, de nombreuses portes s'ouvriront à toi. Le Moyen-Âge, alors ?" Thea resta muette quelques secondes. Que son père s'intéresse aux études qu'il avait refusé de lui financer sous prétexte que là n'était pas la place d'une jeune fille de bonne famille lui semblait complètement fou. Et sans doute dut-il le comprendre, car lorsqu'il rompit le silence, elle devinait presque le sourire triste au son de sa voix : "tes frères nous ont tenus au courant." La brune déglutit. Au fond, elle s'en était bien doutée. "J'ai essayé de vous écrire, mais je n'y arrivais pas. Pourquoi ne pas m'avoir rappelée ?" Cette fois, c'est son père qui se tut. Une seconde, puis deux, puis trois. "Je redoutais ta réaction. Ta mère aussi. Nous pensions que tu nous détestais." Le mot était lâché. Les détestait-elle ? Pas assez pour l'insulter, lui raccrocher au nez, exprimer haut et fort le désir de ne plus jamais avoir affaire à eux. D'ordinaire, elle était terriblement rancunière, mais face à ses parents, elle se sentait incapable de leur en vouloir. "Je ne vous ai jamais détestés. Je vous en ai voulu, sans doute pas assez d'ailleurs. Mais si vous aviez appelés, j'aurais parlé. Et écouté. Mais je serais restée en France." Parce-qu'elle n'était pas sa mère, parce-que sa vie ne se résumerait pas aux cocktails mondains, aux robes de soirées et aux quartiers sécurisés. Si Margreet y avait trouvé son compte, tant mieux. Mais elle, Theodora, n'y trouverait jamais le sien. "Tu n'étais pas partie depuis deux mois que j'ai demandé à ton frère de me laisser financer le reste de tes études. Et devine quoi ? Il a refusé ! Et j'avais beau le harceler avec ça jusqu'au mois dernier, pas moyen de lui faire changer d'avis. Quel entêté !" La jeune femme eut un petit rire : "je te soupçonne d'être le premier responsable." Ce à quoi son père se contenta de ricaner, avant de déclarer : "oh, ta mère n'est pas mal non plus, dans son genre." Cela, Thea le savait, elle en avait fait les frais pendant vingt ans. "Tu sais vers quoi tu comptes te diriger, après ?" Sa curiosité, son intérêt étaient palpables, même avec les kilomètres de distance. Se sentant encouragée, Thea expliqua par le menu son intérêt pour la période médiévale et l'histoire de l'Asie. Combiner les deux, ajouter sa formation en archéologie reçue à Johannesburg, se spécialiser dans cette branche de l'Histoire, voilà ce qu'elle comptait faire. Où cela allait l'amener, elle n'en savait trop rien, mais aviserait le moment venu. Son père l'écoutait très attentivement, ne l'interrompant que pour poser une question ou lui demander d’éclaircir tel ou tel point. Quand elle eut fini, elle avait l'impression de s'être libérée d'un poids immense. "Regarde du côté des universités britanniques," lui dit son père, "le Royaume-Uni a conservé de très forts liens avec la Chine, plus que la France n'en a conservé avec l'ex-Indochine." Thea rit doucement : "un Afrikaner qui conseille à sa fille d'étudier en Angleterre ? Diantre, nos ancêtres doivent se retourner dans leurs tombes !" Le rire de son père fit écho au sien, et la jeune femme réalisa non sans un petit choc qu'il avait plus ri au cours de cette conversation qu'elle ne l'avait vu faire en vingt ans passés sous le même toit. "Les guerres des Boers sont bien derrière nous, Thea, nos ancêtres comprendront ! De toute façon, ils sont morts, crois-moi ils ne seront pas perturbés outre mesure. Toi, en revanche..." Il y eut, de l'autre côté du fil, un nouvel échange avec son frère, produisant un bruit de fond similaire à celui du début de la conversation. Puis son père reprit le combiné : "pour ce qui est des questions financières, téléphone moi avant de téléphoner à ton frère." La jeune femme haussa les épaules : "je suis rémunérée par l'école depuis un an, Papa, et j'ai pas mal mis de côté. Je devrais m'en sortir." Apparemment, son paternel ne fut pas des plus convaincus. "Chérie, si tu ne veux pas que ta mère demande le divorce demain à la première heure, laisse moi au moins payer ton appartement. Qu'au moins, mon argent serve à quelque chose !" De l'argent, les Van Alderwerelt en avaient à ne plus savoir qu'en faire, Thea l'avait toujours su. Après tout, pourquoi pas ? Elle avait cette chance, qu'elle la saisisse ! Être la fille de Lodewijk van Alderwerelt avait davantage été synonyme d'inconvénients jusqu'à présent, autant renverser la balance... Et être une fille à papa jusqu'au bout. Soudain, elle fut dégoûtée d'elle-même. Depuis toujours, on lui avait tout donné, tout offert sur un plateau. C'était pour cela aussi qu'elle ne pouvait en vouloir à ses géniteurs, ils lui avaient offert le meilleur. Elle avait grandi dans le luxe et l'abondance, entourée des technologies dernier cri, habillée dès sa naissance dans des boutiques haute couture, choyée par ses parents, ses frères, le monde qui l'entourait. Alors que dans son pays natal, les inégalités étaient criantes, le chômage atteignait des taux inégalés, la criminalité explosait, la pauvreté, l'insalubrité et la mal-nutrition hantaient les rues des bidonvilles et les plus riches se cantonnaient dans leurs forteresses. Mais elle n'avait pas choisi de naître dans cet univers-là, et aurait-elle eu le choix, elle y serait allée. Qui ne préfère pas la richesse à la pauvreté ? Elle voulait être indépendante, elle aurait tout le temps de l'être plus tard. Autant que son père lui fournisse ce dont elle avait besoin pour prendre son envol. "Quoi que je fasse l'an prochain," dit Thea, "je commencerais vraiment à gagner ma vie. Mais je te téléphonerais, c'est promis." La réponse ne se fit pas attendre : "j'ai une autre exigence. Tu es en vacances, maintenant que ton année est terminée et que tu as obtenu ton diplôme, non ? Viens en Afrique, Thea, rentre à la maison. Juste pour un mois, personne ne t'empêchera de partir. Ta mère serait si heureuse de te revoir." Et la réciproque serait vraie, la jeune femme le savait. Il avait fallu qu'elle mette les voile, coupe les ponts pendant deux ans, la rupture avait été dure mais nécessaire. A présent, elle savait qu'entre elle et ses parents, les choses iraient mieux. "Promis."

- 2009 -
Xi'an, Chine

"Ainsi donc, il ressemble à ça." Souffle court, Thea tira un mouchoir de sa poche et s'épongea le front, laissé légèrement humide par les longues minutes passés sous le soleil de mai, sans lâcher des yeux le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Elle s'était levée aux aurores, avant même que le soleil ne pointe à l'horizon, et c'était une longue marche qu'avait accompli l'équipe en quittant Xi'an dès les premières lueurs du jour. La journée s'annonçait belle, la température idéale. L'effort avait été plutôt dense, mais la beauté du spectacle en valait la peine. A quelques kilomètres de la ville sous-provinciale et de ses quelques huit millions d'habitants, le mausolée de l'empereur Qin s'étendait à perte de vue, la tombe proprement dite encore intacte et ceinturée par cette immense et menaçante armée en terre cuite comprenant exactement 6000 guerriers, chevaux, en grandeur nature. "C'est magnifique," murmura la jeune femme. Elle ne prêta aucune attention à l'éventuelle réponse de son équipe ; non que cela ne l'intéresse pas, mais elle était si absorbée par la beauté du spectacle que l'espace d'un moment, elle en oublia l'existence du monde extérieur. Ce spectacle, elle ne l'avait vu qu'en photo jusqu'à présent. C'était comme un vieux rêve d'enfance qui prenait vie sous ses yeux. En silence, elle laissait ses yeux glisser le long des visages des soldats, d'aspect si réel que s'en était presque inquiétant, se demandant si les véritables soldats de l'empereur avaient ressemblé à ces hommes. Sans doute avaient-ils un nom, une famille, des amis, une histoire. Sans doute ignoraient-ils qu'un jour, des chercheurs archéologues (ou presque) soulèveraient les pierres, gratteraient le sable, jusqu'à exhumer leur dernière demeure. "C'est la première fois que vous venez, non ?" Brusquement sortie de sa rêverie, Thea se retourna vivement.



Dernière édition par Thea van Alderwerelt le Dim 7 Juin - 13:51, édité 24 fois
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 10:13

et réservé ici aussi ;)
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 11:58

Haaan °°  Hayley Atwell + historienne, spécialiste de la Chine médiévale
* jalouse de ne pas avoir eu l'idée *

Je fonds, bienvenue parmi nous ♥️ Trop hâte de RP avec toi

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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 13:38

Haaannnnnnn merciii J'espère être à la hauteur, alors

Je te retourne quand même le compliment : FREIDA Bref, j'ai bien hâte aussi de rejoindre le RP
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 13:46

Oh, une petite nouvelle ! Bienvenue, bienvenuuuue
je dois dire que pour l'instant, je suis très enthousiasmée par ta fiche ! Excellente plume, personnage complexe, choix de métier intéressant, avatar parfaitement adapté, j'ai hâte d'en voir plus !
N'hésite pas si tu as la moindre question ♥️

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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 15:44

Ce choix de personnage, l'avatar, l'histoire !
Je ne peux qu'apprécier
Bienvenue par ici ma belle

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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 2 Juin - 16:13

Merci beaucoup à vous deux Je suis ravie de voir que mon choix de vava et le début de l'histoire vous plaise autant, c'est super encourageant pour la suite
Je me hâte de finir alors
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mer 3 Juin - 6:22

Bienvenue sur le forum ! :)

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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mer 3 Juin - 21:04

La belle Hayley
Bienvenue à toi
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mer 3 Juin - 21:09

Merci bien à toutes les deux
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Jeu 18 Juin - 16:11

Tu as besoin de quelque chose, Théa ? :)

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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Jeu 2 Juil - 14:27

Bienvenue
Bon courage pour ta fiche ;)
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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   Mar 14 Juil - 0:03

Coucou !
Je viens aux nouvelles, tout va bien pour toi ? ♥

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MessageSujet: Re: We're all stories in the end :: Thea   

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