ÉPILOGUE
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 Il était un petit navire • Sven & Istalia

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MessageSujet: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Ven 3 Juil - 0:04

Ah.
Évidemment.

J'avais oublié que la Valkyrie s'était garée dans l'étang, comme Sven le fait toujours lorsqu'il vient me voir. Bien sûr, un navire de ce tonnage nécessite plus de profondeur qu'à l'habitude, et donc, les eaux mouvantes qui semblent accompagner perpétuellement le navire ont rempli la cuvette en contrebas, reculant les berges du lac. Et donc, bien sûr, le monte-charge a maintenant les pieds dans l'eau, de oh, trois bons mètres. N'atteignant pas cette hauteur, me voilà présentement réduite à barboter en crachotant, flottant péniblement avec l'aide de mon bras valide en direction de la Valkyrie qui se balance doucement sur les flots. OK, Kaligaris. Ta prochaine idée géniale, tu la laisses couler – c'est le cas de le dire... Tout ça parce que je n'arrive pas à dormir. Le festival de Chiere se déroule toujours pendant les jours les plus chauds de l'année, et l'atmosphère est trop surchauffée pour un sommeil confortable. J'étais en route pour ma piscine d'altitude, lorsque le craquement des gréements de la Valkyrie m'est parvenu. Son capitaine me manque. J'ai envie de lui parler. Je me doute bien que Sven n'est pas dans les quartiers qui sont les siens, ici dans l'arbre – arrivé il y a seulement quelques heures, il profite sûrement de la tranquillité de la nuit sur le pont de sa beauté des mers. Il est vrai que le manoir surpeuplé doit agresser quelque peu sa solitude...

D'ordinaire, je serais descendue dans le lac par la tyrolienne, mais ma blessure m'en empêche, alors j'ai pris le monte-charge. Excellente idée, Istalia : déclenche donc ta propre noyade, tête de linotte ! Buvant la tasse avec style et élégance, je finis par parvenir jusqu'à la coque de bois, complètement trempée, accrochant de mon bras indemne un bout qui pend par dessus-bord. « Ohé ! Du bateau ! » Je n'ai pas élevé la voix, je sais que les sons portent loin sur l'eau, dans la jungle la nuit – et la silhouette de mon capitaine se dessine rapidement devant les étoiles qui parsèment le ciel de leurs constellations. Mon cœur fait un bond – le même petit frémissement fait d'appréhension et d'allégresse mêlées que celui provoqué par son apparition sur l'horizon dans l'après-midi. J'ai mal vécu son absence. Avant, il restait deux mois au loin environ, et revenait passer du temps avec Thémis et moi – mais récemment, il s'est absenté deux cycles complets, deux de nos années, et je crains chacun de ses départs maintenant, tant ses retours me semblent désormais incertains. J'aime le retrouver lorsqu'il nous accorde sa présence ; mais ce soir a le goût amer d'un rendez-vous manqué, prévu de longue date puis avorté. Nous n'avons même pas eu le temps de discuter : il est tombé en plein rassemblement, et le dîner a été mouvementé...

Je ne sais pas s'il m'a reconnue, pitoyable sirène à demi-noyée sous la seule lueur de la Lune – alors je poursuis dans un murmure, pour ne pas réveiller les fêtards enfin assoupis. « C'est moi. Tu m'aides à monter ? Je peux pas me hisser, avec mon épaule... »

Après tout, il a l'habitude de me pêcher ici et là... N'est-ce pas ?

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Ven 3 Juil - 19:41


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   
>
   

Une nuit étoilée avec une chaleur étouffante.

Comment trouver le sommeil dans de telles conditions ? La fatigue est pourtant là, bien présente, tentant de m’assommer sans y parvenir. Malgré la nuit, la température n’est pas suffisamment redescendue et m’empêche de m’assoupir. Il y a également cette attraction au-dessus que je ne peux m’empêcher de regarder à travers le hublot. Des milliers d’étoiles offrant un spectacle dont je ne me lasse jamais. Et puis ce silence. Je l’apprécie, surtout après l’après-midi et la soirée mouvementée auxquels j’ai eu droit. Je déglutis en laissant échapper un léger soupir. Morphée, pourquoi ne veux-tu pas de moi ? Faut-il que je possède une silhouette féminine avec des courbes à te faire pâlir pour que tu m’accordes la grâce de ton repos ?

Je me retourne pour la énième fois sur ma couchette, tournant le dos aux étoiles. La porte de la cabine est légèrement entrebâillée pour laisser un peu d’air circuler entre celle-ci et le hublot entrouvert. Malgré le simple port d’un vieux short usé, j’étouffe et je peux ressentir la moiteur de ma peau, sans oser poser la main sur mon torse. Mes prunelles se posent sur le bandana attaché qui recouvre mes tatouages. Il n’aide pas du tout avec cette chaleur mais je n’ai guère le choix. Si quelqu’un vient à monter sur le bateau, la porte grinçante de la cabine me préviendra de son arrivée mais ne me laissera pas le temps de les dissimuler. Et je refuse de faire quelque chose pour que la porte ne couine plus, me servant du son non mélodieux comme alarme. J’ai le sommeil léger, la faute à des années à rester sur le qui-vive.

Cette attention est renforcée depuis un an que je suis revenu en Oblivion car à présent, ils sont tous là. Ils, ce sont les chevrons tatoués sur mon épaule et dont personne ne connait l’existence. Je vis avec mon secret, l’alourdis un peu plus chaque jour qui s’écoule. Parfois je songe à en parler, me disant que le révéler allégerait ma conscience et me permettrait de ne plus vivre dans le mensonge. Seulement, je ne fais réellement confiance qu’à une seule personne dans ce monde et je redoute sa réaction. Si elle le prend mal… Si elle ne comprend pas… Alors, mes escales sur ces terres deviennent un peu plus pesantes. Je les attends impatiemment autant que je les redoute. A celle-ci vient s’ajouter une sensation de frustration car depuis mon arrivée, nous avons à peine eu le temps d’échanger deux mots avec Istalia.

Je sais qu’elle est là au-dessus de la Valkyrie. Si proche et en même temps si loin. Occupée à dormir paisiblement après une journée épuisante pour les nerfs ou encore sur le qui-vive à s’assurer qu’il n’y ait pas de problème, même à cette heure tardive de la nuit. J’envisage un instant de quitter le voilier pour monter et aller toquer à sa porte. Mais je ne bouge pas, songeant à l’égoïsme de mon geste si elle dorait paisiblement et que je viens à la réveiller. Et puis, il y a ce risque de croiser un des invités en montant et cette perspective de briser ma solitude pour engager une discussion avec un plus ou moins inconnu ne me tente guère. Je pousse un nouveau soupir. En vain, le sommeil n’est toujours pas là.

Quelques minutes s’écoulent encore, accroissant mon agacement et ma fatigue. J’émets l’idée de partir avec la Valkyrie, pensant que la faire se mouvoir me procurera suffisamment d’air pour m’assoupir. Mais Oblivion recèle de trop de dangers pour que je me laisse tenter par cette erreur. « Ohé ! Du bateau ! » L’un d’eux est même le chant d’une sirène. Une sirène ? Je me redresse en reconnaissant la voix parvenue jusqu’à ma cabine. Dans le mouvement, mon cœur émet également un léger sursaut, ne sachant pas s’il doit se réjouir ou appréhender cette rencontre. Pourtant, je n’hésite pas, et jugeant mon état présentable, je quitte ma cabine pour gagner le pont. Dans la pénombre de la nuit faiblement éclairée par les reflets de la lune, je la cherche et finis par la trouver là, dans l’eau, accrochée au bateau. « Istalia… ? » Généralement, je l’appelle par son surnom, beaucoup plus pratique et rapide à énoncer. Son prénom, elle n’y a droit que rarement, quand la colère couve, menaçant d’éclater. Ou lorsque je suis quelque peu inquiet pour Thémis ou pour elle, comme c’est le cas à cet instant, me demandant ce qui l’a poussée à braver l’eau pour me rejoindre. Y a-t-il un souci quelque par là-haut ?

Répondant silencieusement à sa demande, je lui tends la main pour l’aider à monter sur la Valkyrie. Cette scène m’est coutumière, en une dizaine d’années, j’ai l’impression de l’avoir vécue plusieurs fois. Il y a pourtant comme quelque chose d’étrange quand son corps trempé vient effleurer mon torse. « Un bain en pleine nuit, avec ta blessure, et tu viens te jeter entre mes griffes pour que je te réprimande. Tu vis dangereusement Thalia. » Malgré l’intonation faussement sévère de ma voix, il n’y a pourtant aucune réprimande dans mes propos. Je souris même, refusant de me laisser envahir par un trouble inconnu et impossible à définir. Je me rabats sur quelque chose de plus familier, comme son habitude à venir se présenter ainsi sur la Valkyrie, l’eau ruisselant le long de ses cheveux et de son corps, poursuivant sa route sur le pont.

« Tout va bien là-haut ? » demande-je, adoptant tout comme elle une voix basse, pour ne pas signaler notre présence à une âme encore éveillée et désireuse de prolonger la fête encore un peu. Ma tête se relève en direction du manoir, faisant un tour d’horizon pour observer les mouvements éventuels d’un convive non aux prises avec Morphée.
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Sam 4 Juil - 2:02

Ah. Ça commence mal. J'ai rarement droit à mon prénom de naissance dans sa bouche, et un frémissement d'angoisse court dans mon dos : est-ce que je l'ai réveillé ? J'ose bien moins m'imposer sur son pont depuis son retour ; par peur de déclencher un départ définitif cette fois. Je ne sais toujours pas ce qui l'a tenu loin de moi aussi longtemps, alors je marche en équilibre sur le fil du rasoir, bien moins naturelle, bien moins spontanée. Je pense qu'il le ressent ; moi, en tout cas, je prends comme une claque en plein visage la distance qui s'est installée entre nous sans crier gare, ce jour de l'année dernière où j'ai vu les voiles familières de la Valkyrie caresser l'horizon pour le retour inespéré de mon capitaine. Un reste de doute. Une hésitation. Me lier encore, m'attacher plus fort, et finir en pleurs sur la terrasse de ma chambre, les jambes dans le vide, le soleil dans les yeux et la solitude pour seule compagne ? Shéhérazade est partie, Thémis a grandi, et je n'aurai sûrement pas avec Rosemary la même complicité que celle que nous avions, Sven et moi, avant qu'il ne se tienne inexplicablement loin de moi. Et pourtant...

Pourtant, quand il me hisse sur le pont à la force du poignet, c'est comme si ces années-là n'avaient jamais existé. Je me revois, la vingtaine florissante, une Thémis de sept ans dans les bras, échouée en pleine mer – et ce voilier merveilleux surgi comme d'un mirage, le sourire de son capitaine, et l'asile confortable de ce navire devenu comme une maison avant que je ne bâtisse la mienne. Je me revois, émerveillée de ces nouveautés, apprendre de lui Oblivion et ses miracles, Chiere et ses bienfaits. Éblouie, sincèrement, par cet homme un peu bourru, avare de paroles, mais à la douceur profonde. C'est cet homme-là que je retrouve dans son regard tandis que je frôle son torse en prenant pied à bord, et mon cœur rate un battement. Prise par mégarde, je réponds à son reproche mi figue-mi raisin, avec la spontanéité née de ma confusion. « C'est pas tellement dans tes griffes que je voulais me jeter, plutôt dans tes bras en fait. » Pour que tu m'aides à monter à bord. … . Oops.

Ah. J'ai à peine le temps de me mordre la langue tandis qu'une magnifique brûlure sur mes joues me porte à bénir l'obscurité qui lui dissimule le superbe fard que je viens de piquer. Enfin, sauf s'il voit dans le noir – ce diable d'homme ne cesse jamais de me surprendre, je ne suis plus à ça près... Portant à mon front ma main valide, je baisse quelques secondes les yeux, tellement gênée que je ne sais pas vraiment où me mettre. Un instant, j'envisage de prendre la fuite par-dessus bord, mais la douleur dans mon épaule m'en dissuade. Un rire embarrassé m'échappe, tandis qu'il tourne le regard vers les plates-formes de mon domaine plongé dans l'obscurité. Même s'il ne me voit pas pour l'instant, je secoue la tête, attrapant ma chevelure dégoulinante de mon bras valide pour l'essorer sommairement, déclenchant une cascade de gouttelettes sur ses pieds. « Tout va bien au Manoir. Tout le monde dort je pense – moi, j'avais trop chaud là-haut, alors – alors, je me suis dit qu'il ferait plus frais près de l'eau. » Mentir par omission, ce n'est pas aussi grave qu'un vrai mensonge, n'est-ce pas ? Le silence est lourd de tous ces mots que je ne dis pas. Je voulais savourer ta présence. Je voulais entendre ta voix, basse comme tu viens de la moduler à l'instant, faire vibrer mes tympans et tout le reste de mon être. Je voulais sentir ton bras dans mon dos, poser la tête sur ton épaule. Sven, je voulais juste m'assurer que tu étais encore là, mon ami. « Je... Ah. En fait, j'avais envie de parler avec toi. » Je hausse les épaules, grimaçant quand la gauche, blessée, se rappelle à mon bon souvenir, m'interrompant quelques instants, terriblement consciente que je m'enfonce de plus en plus misérablement. « De tout et de rien. Il s'est passé tellement de choses récemment. Tu nous a manqué, tu sais ? » Quelques secondes passent, suspendues à la fin de la phrase je ne dirai pas, mais que je pense avec ferveur, comme si l'air tranquille de la nuit pouvait lui porter mes mots.

Tu m'as manqué, Sven.

Tu me manques, en fait.

De ma main valide, je tâte le pansement gorgé d'eau sous mon débardeur. Aïe. Mordant ma lèvre pour étouffer un grognement de douleur, je lui adresse un sourire d'excuse qu'il ne voit sûrement pas dans la pénombre. « Est-ce que... Est-ce que tu aurais de quoi changer mon bandage ? Je crois qu'il a un tout petit peu pris l'eau... » Et toi, t'es juste un tout petit peu ridicule, Kaligaris.

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Sam 4 Juil - 20:16


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

C’est une plaisanterie. Elle a pourtant le mérite de me déstabiliser une poignée de secondes. Le temps que mon esprit dérive, se surprenant à imaginer la sensation que cela ferait de serrer Istalia dans mes bras. Amicalement. Je me concentre sur ce mot, me le répétant mentalement quatre fois. Puis une cinquième pour la route. Je ne comprends pas ce qui se passe entre nous car nous n’avons jamais agi ainsi par le passé. Mais depuis mon retour, cette sensation de gêne est devenue répétitive et nous guette à chacune de nos rencontres. Elle est dure à vivre mais je l’attends autant que je la redoute. Quelque part, cela veut dire que je ressens des choses, et que je ne m’enferme pas dans une coquille dépourvue de sentiments au fil des ans, et au gré de mes voyages à bord de la Valkyria. Je me sens vivant, davantage quand elle est à proximité. Davantage que tous ces gens qui dorment paisiblement au-dessus de nos têtes par cette nuit étoilée. Même lorsque la sirène vient s’essorer les cheveux, m’éclaboussant légèrement au passage. Voilà qui m’arrache de la contemplation du manoir.

« Dans l’eau plutôt que près de l’eau. Alors verdict ? » Je souris une nouvelle fois, curieux de savoir si ce bain nocturne a eu les effets escomptés. Je songe que oui, sûrement sur le moment, mais d’ici quelques minutes quand elle sera sèche, la chaleur reprendra le dessus et l’accablera une nouvelle fois. Ainsi, en cette première nuit de festival, nos esprits se rencontrent, tous deux désireux de communiquer. Comme nous l’avons fait si souvent par le passé et comme nous le ferons aussi régulièrement dans le futur. Du moins, c’est ce que j’espère car il suffit d’un rien pour que tout s’arrête. La preuve en est cette blessure qu’elle porte à l’épaule et qu’elle a eue durant mon absence. Elle aurait pu mourir. Cette idée me fait froid dans le dos rien que d’y penser. Je fronce légèrement les sourcils, inquiet de la voir grimacer. Je me sens également coupable. Elle ne m’a tracé que les grandes lignes de l’origine de cette blessure quand je l’ai remarquée plus tôt dans la journée, à peine débarqué. Pourquoi ai-je porté secours à Shéhérazade à l’époque ? Pourquoi l’ai-je présentée à Thalia ? Pourquoi a-t-elle agi ainsi avec son amie ? Ce ne sont pas les seules interrogations qui me viennent sur le sujet et je m’accable à chaque nouvelle qui germe dans ma tête.

Elles m’ont aussi manqué. Toutes les deux mais particulièrement elle. Mais contrairement à Thalia, je suis incapable d’exprimer ce manque ressenti. Je me cache derrière une certaine pudeur, les mots se refusant à franchir mes lèvres. « Je n’ai pas encore croisé Themis. J’espère pouvoir la voir avant… » Mon prochain départ… Je m’interromps, ne terminant pas ma phrase. Nous savons tous les deux à quoi je fais référence, mon incapacité à rester sur la terre ferme. Seulement je viens d’arriver, et malgré les apparences, je ne songe pas encore à repartir. « Ce n’est pas pour tout de suite, ne t’inquiète pas. » Je ressens ce besoin de le préciser, qu’elle ne vienne pas à penser que je la fuis et que ma présence n’est due qu’au festival. Un mot interprété de travers et tout peut basculer, alors j’ai encore plus de mal qu’avant à m’exprimer.

Je suis parti Thalia. Ma soif d’aventures m’a poussé loin d’Oblivion, à retourner dans ce monde qui n’est plus le mien. Mais ce n’est plus chez moi là-bas. Ma maison, c’est ici avec toi, et avec Thémis, c’est pour cette raison que je suis revenu. En quelques secondes, l’affaire peut-être pliée. Il suffit que je prononce ces mots, de cette façon ou en adoptant une tournure légèrement différente. Je me mords doucement l’intérieur de la lèvre. « J’ai ce qu’il faut dans la cabine. » Ce ne sont pas les bons mots. Ceux-ci, c’est la sécurité. J’invite Thalia d’un léger signe de la tête à prendre la direction de la cabine. Lors de mon retour dans l’autre monde, j’ai fait le plein de ma trousse de secours. Depuis un an, elle n’est déjà plus complète mais il me semble qu’il y a encore quelques compresses et de la bande adhésive dans la boite. Au pire, on trouvera bien de quoi confectionner un bandage de fortune. Un tee-shirt, un bandana, au fil des années nous avons appris à nous débrouiller avec les moyens du bord. C’est-à-dire pas grand-chose au début afin de nouer ces liens avec les chieresques.

« Tu sais… Je me sens coupable de cette blessure. J’aurais dû être là pour l’empêcher. » Les mots commencent à sortir, enfin. Complètement décalés par rapport au moment où je les ai pensés. Mais mieux vaut tard que jamais comme on a pour coutume de dire. Sven, tu passes trop de temps sur l’eau, ç’en est devenu à tel point que tu n’es même plus capable de faire quelque chose d’aussi basique que de t’entretenir avec une amie de longue date. Je suis désespérant.        
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Sam 4 Juil - 22:50

Avant son départ. Un frisson glacial qui n'a rien à voir avec la fraîcheur de mon bain de minuit court le long de mon échine, moqueur et sinistre. Il va repartir, Thalia : il ne restera pas, quoi que tu puisses le donner, ce n'est pas suffisant, Kaligaris – ça ne sera jamais suffisant, pas pour lui. Regarde-toi, crétine, avec ta cabane dans les arbres et ta tignasse affreuse de rouquine : qu'est-ce qui pourrait lui plaire chez toi, hein ? Lui, c'est un aventurier, un vrai : et il n'y a rien en toi qui pourrait le décider à se considérer chez lui ici – rien en toi, Kaligaris, qui puisse lui donner envie d'un jour t'emmener avec lui. Il essaie de me rassurer, je l'entends dans le murmure un peu rauque de sa voix, mais les mille harpies de mon angoisse ne s'en régalent que plus. Est-ce que je lui fais donc tant pitié que ça, avec mon besoin d'affection désespérant, noyée dans les tréfonds de ma solitude ? Il ne revient donc ici que par la force de l'habitude... ? Secouant vigoureusement ces idées noires, je fais ce que je réussis le mieux : l'autruche, et je repousse délibérément ces funestes prédictions au loin.

Là, tout de suite, il est devant moi, et je peux boire sa présence, l'odeur de cire qui émane du bois de la Valkyrie, et le doux balancement du pont sous mes pas tandis que je le suis. Maison. Chez moi. Les souvenirs s'entremêlent les uns aux autres – est-ce qu'il sait que je décore les rambardes des escaliers d'algues séchées pour conserver un peu du parfum salé qui l'accompagne en permanence ? A-t-il conscience que les coquillages éparpillés partout dans le manoir sont un rappel constant du goût des embruns sur mes lèvres ? Se doute-il seulement que j'ai perché aussi haut mon domaine pour garder un peu de l'absolu des flots, quand l'eau embrasse l'horizon dans une affolante perfection ? La liberté, Kaligaris, une foutue liberté, sauvage, bohème, primitive, barbare – la liberté, putain, qui fait chanter ton cœur et danser ton âme, c'est la même que la promesse d'infini qui vibre dans le gouvernail, sous ses mains ; et tu le vois, dans son regard, tu l'entends dans chaque intonation de sa voix, tu le sais, Thalia : il ne vit que pour ça. Il ne vit que pour ça, et moi aussi quelque part derrière mes œillères et mes faux-semblants. Mais à quoi bon lui en parler, pourquoi lui ouvrir mon cœur ? Il prendrait peur devant ce que je cache à l'intérieur. Lui avouer que je respire à travers lui, et que maintenant que Thémis construit sa vie je me sens prête à être à lui – lui ouvrir mon cœur, c'est le perdre encore, et je préfère prétendre croire à notre amitié que le voir disparaître à l'horizon pour de bon.

Son aveu m'atteint. Même si ce n'est pas à lui de protéger Thémis – même si c'est là mon choix et mon devoir. Tendant mon bras valide, je le retiens au vol avant qu'il ne puisse s'éloigner vers l'intérieur du voilier. Du bout des doigts, j'effleure la peau de son poignet, à l'endroit où son pouls bat, avant d'attraper sa main et de la serrer un instant entre les miennes. « Il ne faut pas. Tu as ta propre vie, et je sais bien qu'elle n'est pas ici. » Je ne sais pas si tous ces mots interdits que je me refuse à prononcer peuvent franchir nos doigts entremêlés. Je le sais bien et ça me tue, Sven, de te voir revenir en sachant que tu ne reviens pas pour moi, que je ne t'ai pas manqué. Que tu vas repartir fatalement et que mon absence ne te fera ni chaud ni froid. Grinçant des dents, j'envoie ma prophétesse dépressive sur orbite et je me recentre sur l'instant présent.  « Je ne t'en veux pas : c'est à moi de protéger Thémis, et elle va bien. Rassure-toi. » Et je le lâche. Mes doigts me brûlent. Océan de regrets. Ruines désolées d'un futur avorté avant même d'avoir existé. Plaisir coupable...

« Aïe ! »

Ça, Kaligaris, c'est l'encadrement de la porte, et sous tes doigts, la bosse, c'est ton front... Je ne sais pas si Sven apprécie mes tentatives de réfection de son bâtiment à la seule force de ma tête, mais ma tête, elle, n'apprécie pas vraiment ce traitement. On n'y voit rien, à l'intérieur, cachés des lunes et des étoiles ; Sven et ses yeux de chat sont parfaitement à l'aise, mais les rouquines ne sont pas fournies avec l'option vision nocturne en Oblivion, et je grimace en massant l'hématome qui ne va pas manquer de se former. Vaillamment, j'avance encore, les mains tendues dans le noir pour me guider. Je connais les coursives du voilier, mais je n'avais pas encore essayé de les parcourir à l'aveugle. D'habitude, j'ai le collier d'ambre luminescente offert par les Chieresques – mais là, je l'ai prêté à Rosemary pour qu'elle retrouve son chemin en pleine nuit dans le Manoir, le temps que je puisse lui en troquer une autre avec les habitants de Petit Matin. Magnifique, ce collier – un minéral chaud au toucher, d'où une lumière discrète émane – un rayonnement délicat qui se gorge des rayons du soleil en journée. Mais là, point de petite luciole au creux de ma main, alors...

Alors, «Aïïeuh ! ». Cette fois, c'est ma cheville qui se dérobe sous mon poids – j'ai mis le pied sur quelque chose de vaguement cylindrique qui roule avec un bruit métallique quand ma sandale vient ripper dessus. Un genou au sol, je masse mon articulation, égrenant mentalement une belle litanie de jurons bien sentis. « Sven, je vais t'attendre par là. Si je continue, je vais finir par démolir la Valkyrie, ou bien casser un truc important – du genre, mes dents. » Assise par terre, je remonte les genoux contre ma poitrine, bien décidée à ne plus bouger d'un cil. Dans le noir, ma main accroche l'objet responsable de ma chute, et je le saisis, tentant de deviner au toucher de quoi il s'agit. Métal. Froid. Long et évasé. Ooookay. Que diable fait-il avec un fouet à cuisiner dans les coursives de son voilier... ?

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Lun 6 Juil - 17:02


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

Thalia démolit mon intérieur. Une première fois mentalement, avec un simple geste. Ses doigts sur mon poignet provoquent comme une poussée d'adrénaline. Mon pouls s'accélère sans que je n'ai aucun contrôle dessus, suivant l'accélération effrénée des battements de mon cœur. Un simple contact et je défaille intérieurement. L'image du baroudeur des mers au caractère bien trempé vole en éclats. C'est presque risible, digne d'un feuilleton que l'on regarde en début d'après-midi et dans lequel une femme en quête d'amour, trouve le prince charmant non parfait mais qui convient à son pied. J'ai pris la mer entre autres pour ne pas mener ce genre de vie, pour ne pas connaître ce genre d'expérience. Et voilà que je nage à présent en plein dedans, incapable de m'en dépêtrer malgré mes efforts. La culpabilité et l'inquiétude ne sont pas des vecteurs suffisants pour me tirer d'affaire. L'unique solution, je la connais. Mais je ne la souhaite pas. Il me faut un autre sauveur et ce dernier arrive, au triple galop sur son cheval.

C'est la douche froide. Et c'est vexant. Effectivement, j'ai ma propre vie. Sauf que quatre mois dans l'année environ, elle se situe au manoir. Thalia a oublié ce détail, ou alors je me fonds suffisamment dans le décor pour qu'elle ne remarque même plus mes allées et venues. « En effet, tu as raison. Ma vie est ailleurs. » Je ne pense pas ces mots prononcés peut-être sur un ton plus dur que prévu. Seulement, elle m'a atteint, engendrant une réaction d'auto-défense chez moi. Je ne cherche pas à faire mal, seulement à me protéger tout comme elle protège Themis. Ma vie est ailleurs, loin de ce sentiment d'exclusion du devoir de protection d'une enfant que j'ai vu grandir, et que j'ai appris à aimer comme si elle est de mon propre sang. Qu'as-tu cru Sven ? Que tu avais le droit à un port d'attache dans lequel te ressourcer alors que tu clames haut et fort ton besoin constant de liberté ?

Thalia démolit mon intérieur. Une seconde fois, physiquement,en se prenant l'encadrement de la porte de la cabine. C'est un mal pour un bien car il a le mérite de réussir à me détendre au souvenir que ce n'est pas la première fois que cette rencontre de sa tête avec le bois arrive. Elle ne passe pas suffisamment de temps à bord de la Valkyria, ou alors c'est moi qui en passe trop pour réussir à me mouvoir sur le voilier même dans la pénombre. Je réussis à sourire, mettant en retrait mon ego vexé. Cela ne dure jamais guère longtemps quand elle me froisse, me refusant de gâcher des moments précieux pour des futilités. Même si là, ça n'en est pas une et qu'elle m'a réellement blessé. Je passe à côté d'elle pour aller chercher la trousse de secours. Je la frôle. Puis le sourire disparaît. Décidément, sur quoi s'est-elle encore cognée ? Je me retourne mais ne la vois pas immédiatement. Elle est quelques centimètres plus bas, à même le sol. « Ne bouge plus, j'arrive. » Je me demande ce qui m'ennuierait le plus. Qu'elle se casse quelque chose d'important ou qu'elle réduise en morceau mon bateau ? La réponse c'est...

Je chope la trousse de secours et tourne les talons pour la rejoindre, m'agenouillant à ses côtés. « J'y verrai mieux si tu te mettais près du hublot, sur la couchette mais allons-y à l'aveugle. Oh... » Je remarque ce qu'elle tient en main. Un objet perdu qui a décidé de faire sa réapparition en cette nuit étouffante. « Si tu en as besoin pour le manoir, prends-le sinon je trouverai bien pour le troquer. » Ce n'est qu'un objet parmi tant d'autres, inutile pour moi mais pouvant intéresser quelqu'un. Je me contente de peu, seulement ce qui est nécessaire et celui-ci n'en fait pas parti. Posant la trousse sur le sol, mes doigts glissent sur son épaule pour commencer à défaire le bandage. Lentement, en douceur pour éviter de lui faire mal car c'est sensible vu le nombre de grimaces que j'ai pu remarquer. Ou alors, elle s'amuse à faire sa petite nature, ce que je ne pense pas. Par contre, il y a autre chose à laquelle je viens de songer. « Si je te refais ton bandage et que tu retournes à l'eau pour regagner le manoir, c'est inutile. Dors ici cette nuit, je t'aiderai à remonter demain matin. » Et cela nous laissera le temps de discuter un peu avant la journée de festivités chargée du lendemain. Comme avant, comme lorsque, à l'époque je laissais ma grande couchette à Thémis et que nous nous installions sur les couchettes superposées, ou sur le pont pour discuter jusqu'à point d'heure. Ce temps me semble proche, mais en même temps si loin, à tel point que je me rends compte du côté quelque peu autoritaire de mes propos. « Enfin... Si ça te convient également. » Chose que je n'aurais jamais dit avant mon départ d'Oblivion, car elle ne me serait pas venue à l'esprit.
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Lun 6 Juil - 19:05

Cette distance va me tuer.

Nos paroles ont beau s'entrecouper de légèretés, de sourires et de plaisanteries, d'amicales chamailleries et de piques malicieuses, il y a derrière un fond sous-jacent d'une âpreté terrible. Quelque chose de froid, de dur, qui se tient loin et qui observe. Aux aguets, en permanence. Sous tension. Dans le rire comme dans le silence. Sous la surface, les choses ont changé depuis son retour, et je ne parviens pas à retrouver la complicité sans arrière-pensée de ce temps d'avant. Est-ce que son départ a été causé par quelque chose que j'aurais dit, ou fait ? Je n'arrête pas de retourner sans cesse dans mon esprit les souvenirs de ses dernières visites avant les deux années d'absence qui ont suivi, cherchant un indice. Comment être sûre de ne jamais reproduire la même erreur si je ne parviens même pas à savoir de quoi il s'agit ? Il y a dans sa voix comme un couperet, rude et tranchant, lorsqu'il me confirme d'un ton définitif que sa vie n'est pas ici. Bon, ça fait mal. Inspirant à petits coups pour calmer la brûlure soudaine de mes yeux, je le laisse se mettre en quête de la trousse de secours, et dépose de mon bras valide le fouet à pâtisser sur une tablette en hauteur.

Il s'installe à ma hauteur, et commence à défaire le bandage posé par Ayla à son dernier passage. Le lin un peu éliminé retient plusieurs composés végétaux à base de plantes cicatrisantes et désinfectantes – du bout des doigts, j'en écarte les restes, tâtant prudemment la plaie. Sèche, et en bonne voie de guérison apparemment, pas de brûlure indiquant d'infection, et pas d'enflure non plus. Bien. Pendant qu'il nettoie tout ça, je réfléchis à sa proposition. Dormir sur la Valkyrie, comme avant ? J'en crève d'envie, depuis longtemps, comme au tout début, évidemment – mais dans ces conditions-là ? Avec ces silences alourdis par tous le poids des non-dits ? Ce sera une torture, pour moi sûrement autant que pour lui. « Si tu m'aides à regagner la berge, je devrais pouvoir remonter chez moi sans mouiller mon épaule... » Il y a trois ans, j'aurais accepté sans hésiter. Comment le monde peut-il tellement changer ? Alessandra m'avait répété pendant des semaines qu'il allait revenir – comment pouvait-elle en être tellement sûre ? Au moment où je formule cette pensée, il a un geste un peu plus maladroit – et je pousse un gémissement de douleur avant de pouvoir le réfréner. « Attends. Tu n'y vois rien, allons près du hublot. Je suis désolée de t'embêter, j'aurais... J'aurais pas dû venir. C'est tout moi ça : agir sans réfléchir ! » Mon propre rire me semble tellement artificiel que j'en frémis. A tous les coups il n'est pas dupe, et je me mords la lèvre. C'est bien Kaligaris, empire encore les choses ! Avec un peu de chance, il va te balancer par-dessus bord et mettre les voiles dans l'instant !

« Attends. » Il s'est agenouillé pour se relever, m'a aidée à m'asseoir près du hublot sur la couchette, et sous les rayons des lunes jumelles mes yeux accoutumés à l'obscurité peuvent le discerner plus nettement. Son expression fermée me glace le sang. « Sven. » Des deux mains, j'attrape les siennes : la gauche, celle de mon bras blessé, sur son avant-bras droit, pour l'empêcher de s'écarter ; et la droite, celle de mon bras valide, sur son poignet, comme tout à l'heure, là où je peux sentir battre son sang. Il bat vite, il bat fort – il est énervé, et je sais bien que j'en suis la cause. J'exhale un souffle tremblant. « Est-ce que... Est-ce que je t'ai contrarié ? » J'ai chuchoté, hésitante. J'ai peur de sa réponse. Mes yeux cherchent les siens, ardemment, mais son regard me fuit – je l'ai déjà vu ainsi, dans les prémices de colères noires qui n'avaient jamais encore été dirigées contre moi. J'en tremble. J'entends presque le fracas d'apocalypse quand tout va s'écrouler entre nous, mais je ne peux pas continuer comme ça. Cette distance me tue un peu plus à chaque instant. Et ma propre maladresse m'exaspère... « Sven, je... Je sais plus comment te parler. » Le ton implorant de ma voix, dans ce murmure crispé, va certainement l'agacer. Mais Sven, ton silence m'achève ! Réponds, mais parle enfin ! Dis-moi quelque chose, n'importe quoi, regarde-moi ! Sous ma main, son avant-bras se crispe, je sens les muscles qui se tendent, et instinctivement je me tends en prévision du coup qui pourrait bien venir. Peur. C'est absurde, c'est ridicule, mais mon corps réagit à sa tension, à cette violence que je sens bouillonner dans son pouls qui s'emballe. Parle-moi !

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Lun 6 Juil - 21:15


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

Il y a des claques qui se perdent.

Quel intérêt de parler plusieurs langues si nous ne sommes pas capables de communiquer dans l'une d'entre elles. Le dialogue se rompt en même que le couperet qui franchit les lèvres de Thalia. Elle préfère remonter au manoir que passer la nuit à bord du voilier. Je ne peux pas lui en vouloir ni la blâmer. Elle a fait un pas vers moi cette nuit en venant pour discuter et en retour, tout ce que je fais, c'est me refermer sur moi-même et couper court à la discussion. Je m'en veux. Et je ne prononce plus un mot, haussant légèrement les épaules, espérant montrer un détachement sur le sujet que je ne ressens pas. Alors, je me concentre sur son épaule, sur cette blessure qu'il faut de nouveau bander pour la garder propre et lui permettre de cicatriser. Mais contrarié, mes doigts dérapent, exerçant une pression un peu brusque que les précédentes. « Förlåt, » Le je suis désolé est prononcé dans ma langue natale, fuite non voulue mais annonçant mon humeur. J'ai pour habitude de parler en anglais ou en langue chieresque. Le suédois, langue très peu parlée en Oblivion, ne sort que lors de contrariétés, ouvrant la voie à tout un chapelet de jurons.

Mes lèvres se pincent légèrement, interdisant mon humeur de prendre le dessus. Elle ne m'embête pas. Ne comprend-elle pas que ce n'est pas contre elle que je suis en colère mais contre moi ? Que depuis un an que ce petit manège dure, je n'en peux plus et que je suis au bord de l'explosion ? Sans un mot, je me relève, me contentant de lui tendre la main pour l'aider à en faire de même pour gagner la couchette. À peine installés sur celle-ci que je ne l'écoute pas. Plus vite ce bandage sera changé et plus vite elle partira, me laissant seul avec ma solitude et l'insomnie qui va m'accompagner pour le restant de la nuit, remplaçant la fatigue. Sven. Je n'écoute toujours pas, m'affairant. Seulement, mes bras se retrouvent pris au piège. Mon regard se détourne, glissant en direction du hublot. « Nej... Ja... » Le non et le oui sont à peine murmurés, lâchés dans un souffle. Je ne sais plus. Mon corps se crispe. Pour la première fois, j'ai envie de fuir, de ne pas affronter le regard de Thalia, de ne pas avoir à supporter notre discussion. J'hésite, à me dégager brusquement, à lui laisser le voilier pour la nuit et à partir. Et pour que j'en vienne à abandonner mon voilier, c'est que je suis perturbé à un degré que l'on n'imagine même pas.

Quelques secondes s'écoulent, donnant pourtant l'impression de s'éterniser. Peut-être qu'en réalité, il s'écoule davantage que quelques secondes et que cela s'est transformé en minutes. La notion du temps n'est qu'un détail à côté de cette tension. Je n'en peux plus. Mon regard finit par revenir vers elle, et je la fixe. Suis-je prêt à la perdre ? À me détacher de la lumière qu'elle représente dans la nuit et qui me ramène à bon port quand je commence à me perdre en cours de route ? Mes prunelles glissent sur mes bras, sur ses mains qui me tiennent. La crispation est toujours présente, pourtant c'est avec douceur que je me libère de son emprise. C'est sûrement une erreur que je m'apprête à commettre mais elle me pèse dessus depuis de trop longs mois. Alors, je relève la tête, cherchant son regard. Et sans un mot, les doigts de ma main droite viennent défaire le bandana que je porte sur l'épaule gauche, libérant ma peau pour laisser apparaître à sa vue les tatouages que je porte depuis plusieurs années. Ces maudits tatouages qui ont fait que nous en sommes là cette nuit, et que je maudis.  

Je m'éloigne ensuite, m'écartant d'elle pour m'asseoir à l'opposé de la couchette, calant mon dos contre la paroi. « J'ai supposé que si je te révélais mon secret, tu me demanderais de t'aider à retourner là-bas. » Et je te perdrai car ma vie est ici et plus jamais je n'y retournerai. « Mais le garder est en train de nous détruire. » L'un ou l'autre, j'y perds. J'en ai conscience, pourtant à présent que c'est révélé, je me sens plus léger, comme si un poids immense vient d'être retiré de mes épaules. Je crains la réaction de Thalia. Je crains qu'elle me demande mon aide pour partir. Je crains de la perdre. Toutes ces craintes en moi et pourtant... Et pourtant il n'y a plus ce silence chargé de non-dits, car l'explication de mon absence, elle est là, avec ces sept chevrons que je m'évertue à cacher aux yeux de quiconque. Exceptés désormais des siens.
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Lun 6 Juil - 23:09

Il ne parle pas. Il ne parle pas, et ce silence devient tellement lourd qu'il en commence à m'étouffer. Il ne parle pas, ô Chiere – mais qu'ai-je donc fait ? Les secondes passent et s'enfuient au rythme de ma respiration, deviennent des minutes qui nous enchaînent dans une immobilité absolue. Je n'ose pas bouger d'un cil – si par hasard je venais à le lâcher, l'instinct me souffle qu'il va s'enfuir. Comme moi tout à l'heure, luttant contre pulsion qui voulait m'entraîner par-dessus bord. Fuir, pour ne pas... Pour ne pas quoi ? Me frapper ? Non, je ne crois pas. Je sens toujours la pression sous mes doigts, cette vibration intérieure qui le secoue, mais pas contre moi. Il se bat, mais contre quoi ? Contre lui, peut-être, je crois. Avec douceur, il détache mes mains. Je voudrais m'accrocher, le retenir ; mais un grand calme semble avoir envahi la cabine. Il a décidé quelque chose. J'en suis terrifiée. Il est tellement... solennel. Au début, je ne comprends pas, lorsqu'il dénoue le bandana que je l'ai toujours vu porter – non, je ne comprends pas. Quel rapport avec tout cela ? Puis je vois. L'encre sur la peau de son épaule, à l'endroit où la mienne est barrée par la plaie qu'il pansait il y a encore un instant. L'encre, ô Chiere, qui dessine dans un ballet d'arabesques sept motifs couronnés d'un huitième. Tracé exotique, merveilleux, fantastique ; chevrons anguleux qui s'incurvent dans des courbes sans fin. Ça lui ressemble – et mon sang se glace.

Bien sûr, je connais les légendes. J'ai vu des Égarés avec leurs chevrons, des Chieresques aussi, l'épaule de Sorajaï – sept. Chiere, sept, et le huitième pour les lier, je connais la légende, je sais ce qu'il a fait. Chiere, ô Chiere – soudain, je me rappelle de respirer, haletant tant j'avais retenu ma respiration. La clé. La clé tatouée. Complète. Sur l'épaule de mon capitaine. Je cligne des yeux, ébahie, telle un hibou réveillé en plein jour. La clé. Il se lève, se déplace – je l'entends s'asseoir, je l'entends parler. Statufiée. Jamais je n'aurais pensé – c'est une légende ! Une belle histoire, pour les enfants ! Et d'un coup, les rouages de mon esprit se remettent en branle. J'inspire à nouveau, tremblante, la tête me tournant un peu. Incrédule, encore sous le choc, je me tourne les yeux vers lui. Secouant la tête, refusant encore d'accepter ce qu'il vient de m'avouer, je me lève, recule, le plus loin possible de lui. Et là, de mes lèvres, c'est une flopée d'insultes colorées qui s'envole, invectives typiquement grecques qui résonnent dans l'air de la nuit, étrangement mélodique dans leur résonance avec les tambours fous de la guerre qui roulent sous ma peau, le long de mes veines. Je hurle – je ne sais pas quoi au juste, j'enchaîne les reproches, je crie à la pleine force de mes poumons – tant pis, si l'on m'en entend ! Je hurle, blessée, déçue, trahie – je hurle, son manque de confiance en moi, sa fuite, sa lâcheté ; je hurle, ma tristesse, ma solitude, et ma détresse. Je hurle, je hurle à en réveiller les morts – et quand je tombe à court de mots, sans égards pour la blessure de mon épaule qui ne tarde pas à se rouvrir, j'attrape tout ce qui me tombe sous la main pour le lui lancer au visage.

Puis je tombe à court de projectiles. A bout de souffle, le sang dégoulinant le long de mon bras, gouttant du bout de mes doigts sur le plancher de bois, j'exhale toute ma rancune, toute ma déception, et toute la tristesse que j'ai accumulées pendant son abandon. « Tu ne... Tu ne reviens plus ici. Jamais. Je veux pas me demander tout le temps si tu vas revenir, je sais bien que non, si tu as pris la peine de rassembler les Chevrons. Va-t'en. Ne reviens pas. » Mon coeur me fait mal. J'ai mal, Chiere, j'ai tellement mal là, au creux de ma poitrine – je sens les traits de mon visage se tordre en une grimace hideuse, alors que je tente de contenir les larmes qui montent. « J'étais prête à te suivre ! Si tu me l'avais demandé, Sven ! Ici, ailleurs, n'importe où ! Pour toi – pour toi, j'étais prête à tout ! » Mais tu as préféré, partir, sans moi ! Comprends-tu seulement que ce n'est pas ta clé que je te reproche, mais de l'avoir obtenue sans m'en parler ? Comprends-tu que je n'ai aucun droit sur toi, mais que tu les avais tous sur moi, et que je me sens bafouée ? A bout de souffle, je fais volte-face, et je sors de la cabine à toutes jambes, remontant sur le pont, prête à passer par-dessus bord pour rentrer chez moi. Évidemment, je trébuche en débouchant à l'air libre, me tordant la cheville – et je tombe à genoux. Mes yeux me brûlent – tellement, tellement fort, Chiere – et les rouages de mon cerveau arrivent finalement en bout de course. Tout se met en place, en retard tant je suis chamboulée, et j'émets un hoquet choqué, réalisant enfin la totale implication de ce qu'il vient de m'avouer. D'une démarche d'automate, je me relève, redescends, retourne dans la cabine.

Il est toujours là. Debout – quand s'est-il levé ? - au milieu d'une marée de débris qui traduisent l'ampleur de mon courroux. Un peu estomaquée par la violence de ma réaction, un peu honteuse, complètement bouleversée, je traverse en boitillant l'espace qui nous sépare. D'un seul mouvement, sans prêter attention à la protestation vindicative de mon épaule, je jette mes bras autour de lui, cachant le visage dans le creux de son épaule. Là, enfin, le flot de larmes finit par crever. Amères, elles dévalent mes joues, noyant son cou où j'ai enfui le nez et où je renifle honteusement, incapable de présenter des excuses, épuisée par le tumulte qui fait rage sous mon crâne et qui vient de ravager mon âme. C'est dans un murmure rauque que la dernière pièce du puzzle se met en place, alors que je m'agrippe désespérément, comme si j'avais peur qu'il ne prenne la fuite comme je le lui ai ordonné. « Tu es revenu. Tu es parti – et tu es revenu. » Je sanglote de plus belle, accrochée à mon capitaine comme une naufragée dans la tempête – j'ai fini par comprendre, et j'ai peur. Peur qu'il ne regrette, qu'il ne décide de repartir. Pour de bon. Fermant les yeux, je tente de me calmer. Respire, Thalia...

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Dernière édition par Istalia Kaligaris le Mar 7 Juil - 3:14, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mar 7 Juil - 1:11


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

Un phare.

Il brille au lointain dans la nuit. Une lumière régulière, constante qui m'illumine depuis quinze ans. Seulement, cette lumière vacille dans un premier temps, donnant comme un signe de fatigue. Elle s'éloigne, s'éteint.... Puis se rallume de manière désordonnée. C'est un florilège de noms d'oiseaux que le phare envoie en direction du marin qui cherche à le rejoindre. Certains sont familiers à l'écoute. La transmission est trop rapide pour que je les distingue tous. Tout va crescendo, à tel point qu'il y a un risque de surtension. Le phare s'en rend peut-être compte et s'arrête à temps. Pour finalement repartir de plus belle, changeant seulement la couleur de sa lumière en cours de route. La tempête fait rage et transporte divers objets. Je dois me protéger avec mon bras pour qu'ils ne m'atteignent pas en plein visage. Je tente de calmer l'orage par quelques mots qui ne parviennent pas à traverser les flots tumultueux pour disperser les nuages. C'est comme si je suis arrêté par un rempart de rochers, une digue faisant parfaitement son travail. Il faut pourtant que je le rejoigne. Je tente une seconde fois, évitant de peu un objet. Puis tout s'arrête brusquement. C'est comme si... Comme si le phare se trouve dans l’œil d'un cyclone. Il semble s'apaiser malgré la peinture rouge qui coule le long de son corps. Et puis... L'ampoule éclate, brutalement.

Succède alors un sentiment de vide. La lumière n'est plus et je sens les flots m'éloigner de lui à tout jamais. Cela fait mal, à un point que l'on n'imagine même pas. C'est pire que toutes les tempêtes que j'ai traversé jusque présent. J'ai cru que révéler la vérité apaiserait ma conscience et réparerait les dégâts. Voilà qu'elle la détruit lentement, à chaque mot prononcé, qui s'enfonce dans mon cœur tel un clou que l'on martèle vigoureusement avec un marteau avant de lui couper la tête, pour empêcher de le retirer. Partir pour de bon. Jamais. Mais elle me le demande. Jamais. Seulement je tiens à elle. Jam... Malgré la douleur, je suis prêt à m'exécuter même si elle ne comprend apparemment pas la portée de ma révélation. Il vaut donc mieux pour moi battre en retraite, du moins pour cette nuit. Pour lui laisser le temps de digérer la révélation. Laisser quelques heures s'écouler nous permettra peut-être de pouvoir en discuter à tête reposée, et de nous comprendre. Pour le moment, ce n'est qu'une discussion de sourds, ou plutôt un monologue car face à cette tempête qui l'anime, je me replonge dans le silence, acceptant qu'elle me roule dessus sans représailles.

Pourtant, il y a de quoi en émettre quand je constate l'état de la cabine. C'est la première fois que l'on traite ainsi mon voilier. La première fois et je ne réplique pas. Car elle a mal autant que moi. Je ne réalise pas ce qu'elle me dit, ne le comprends pas surtout. Prête à tout par amitié pour moi ? Il ne faut pas. Jamais je ne lui demanderai quoique ce soit, car j'ai compris voilà longtemps que Thémis est sa priorité. N'est-ce pas pour elle qu'elle a choisi la terre ferme plutôt que de rester avec moi sur la Valkyria ? Je ne lui en veux pas, respectant l'amour ressenti pour cette nièce qui est davantage sa fille même si elle refusera de l'avouer. C'est pour elle qu'elle a bâti ce manoir, cette tour d'ivoire sécurisante qu'elle compte rejoindre au plus vite. Effectivement, cela n'a rien à voir avec une vie de bohème sur un voilier, sans savoir de quoi le lendemain sera fait. Elle ne doit pas ressentir là-haut ce vide et ce froid tels que je les ressens actuellement. Thalia est partie. Il ne me reste rien, si ce n'est une cabine à moitié retournée.

Je me lève mais reste sur place, n'emboîtant pas ses pas pour la rejoindre, pour l'empêcher de faire cette bêtise de retourner à l'eau dans son état. Demain.... Second jour du festival. Je lui parlerai pour l'apaiser. Mais pour lui dire quoi ? Ô Chiere, m'aideras-tu à arranger les choses entre nous ? Laisseras-tu tes enfants dans un tel état de tourmente sans venir à leur secours ? Je me sens vide à l'intérieur, ne ressentant que du froid. Pourtant, l'air ambiant est toujours aussi chaud. Je ferme brièvement les yeux, tentant de me reprendre, de regagner une contenance qui m'a laissé tomber en cours de route. Quand je rouvre les paupières, elle se tient là, non loin de moi. Mon cœur manque un battement, n'ose se réjouir, supposant que le phare a trouvé un peu d'énergie pour briller une dernière fois en cette nuit. Elle s'approche. Après les insultes, les objets volants non identifiés dans la pénombre, voilà à présent les coups ?

La digue lâche, ne la protégeant plus. Le phare vient s'échouer contre mon torse, m'enveloppant de ses bras à fort renforts de sanglots. Oh Thalia... Mes bras se referment sur elle, cherchant naturellement à la réconforter, à lui transmettre cette force qui m'habite et qui m'empêche de craquer devant qui que ce soit, m'offrant un masque de pudeur et de froideur que l'on aimerait parfois copier, ou alors me retirer. Ma tête se cale contre la sienne, mes lèvres n'osent pas effleurer ses cheveux, même lorsque je comprends qu'elle a perçu toute la portée de mon secret avoué. Je ne repartirai plus là-bas Thalia, ne t'inquiète pas. Mon choix est fait, je ne suis pas prisonnier de ce monde que j'embrasse de toute mon être Thalia, ne pleure plus. Je la laisse déverser son torrent de larmes un instant, écoutant le silence de la cabine seulement entrecoupé par ses sanglots, et ses reniflements.

Un instant seulement, le temps de se calmer, de se redonner une contenance qui la poussera certainement à prononcer la foule d'interrogations qui va germer à n'en pas douter dans son esprit. « Ton épaule. Laisse-moi m'en occuper. » Avant toute chose car avec tout ce qu'il vient de se passer en quelques minutes, elle a perdu du sang. Celui-ci a permis certes de refaire la décoration du voilier mais je me refuse d'utiliser le plancher de celui-ci pour confectionner son futur cercueil. Alors je m'écarte, la détachant de moi pour constater l'ampleur des dégâts, sur elle cette fois et non plus sur cette maîtresse flottante dans laquelle on se trouve. À son arrivée Thalia souhaitait discuter, je songe que ce n'est que maintenant que va démarrer réellement la discussion, auparavant n'étant que des prémices, des ébauches à oublier.
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mar 7 Juil - 4:49

Spoiler:
 

La tête me tourne un peu. Trop d'émotions en trop peu de temps ; le sang bat à mes temps et me hurle mille messages contradictoires. Une part de moi a très envie de grimper dans le hamac de la quatrième plate-forme des invités et de m'y étendre sur le dos, laissant le vent me balancer doucement et me bercer dans le sommeil. Je pourrais aussi m'allonger sur mon lit douillet, tout en haut du Manoir, juste sous la frondaison, et me rouler en boule comme une enfant choquée... ou bien m'affaler sur une pile de coussins près de ma piscine suspendue et laisser l'air de la nuit me rafraîchir. Mais c'est compter sans les bras de Sven qui viennent soudain se refermer sur moi ; et soudainement, je n'ai envie que de rester ici. Je sens sa tête contre la mienne, son souffle sur mes cheveux, et je ferme les yeux, sans trop oser y croire, profitant de cette proximité si inhabituelle que je l'attendais plus.

Je suis fatiguée. Épuisée moralement par des mois de doute, et je n'en prends conscience qu'à présent que le fardeau s'est allégé. La tête me tourne, je me sens nauséeuse – trop de bouleversements d'un coup. Je n'ai jamais très bien vécu les ascenseurs émotionnels, et ce soir j'ai affronté les montagnes russes des sensations fortes. D'abord ce pas de deux entre hésitations et silences qui a grignoté petit à petit, morceau à morceau, toute ma résistance ; puis le tourbillon d'émotions quand il m'a dévoilé son secret, et ce sentiment horrible, affreux, de trahison. L'amertume au fond de ma gorge, la révolte, et le sang qui coule, de mon épaule et de mon cœur – l'épuisement physique d'un corps malmené, l'épuisement moral d'une âme en peine. Et la chaleur. Chaleur qui n'a rien à voir avec la température de cette nuit d'entre le Rêve et l'Éveil ; mais coule de lui à moi, de moi à lui, silencieuse et discrète, mais de cœur à cœur. Force tranquille, douceur subtile – il me tient contre lui, et je peux poser la tête sur son épaule, respirer à fond comme je ne l'ai pas fait depuis des années. Pas besoin de mots. Il en est avare et j'en ai trop dit. Dans le silence, mes sanglots s'estompent, et bientôt je n'entends plus que son souffle et le mien ; et le battement sourd de son sang sous sa peau, juste là au creux du cou, où mon oreille est posée, et je me laisse bercer quelques minutes,n'osant rompre cet instant précieux de sérénité. Je ne sais pas où je mets les pieds. Et quelque part, pour la première fois, je choisis de ne pas m'en préoccuper.

Avec douceur, il me détache de lui, et sa voix brise la quiétude. Mon épaule – intelligente remarque. Il y a du sang en train de coaguler en longs filets le long de mon bras et sur mes vêtements – et je devine des marques sombres par terre. Partout où mes yeux se posent, je vois des débris – des bouts de verre, des fragments d'argile, du bois brisé, du tissu déchiré. Stigmates cruels, égoïste vengeance de la harpie amère qui se lovait dans mes entrailles et que ce chaos insensé a fini par exorciser. Je le laisse me faire asseoir – et du bout des doigts j'effleure la paroi de la Valkyrie, murmurant quelques mots en grec, bien plus pour moi que pour lui. Pardon, Valkyrie, ô bel oiseau des mers, ô beauté d'écume – pardon. J'étais jalouse de toi, parce qu'il te préférait à moi. J'ai voulu t'abîmer parce que je pensais l'avoir perdu. Pardon, ô merveille des flots, ô splendeur sur l'horizon. Vogue haut et clair ; prends soin de ton capitaine, où que tu le mènes.

Mon attention se tourne à nouveau vers Sven, qui s'affaire sans mot dire sur la plaie rouverte de mon épaule, concentré visiblement sur ma blessure. Du bout des doigts, j'effleure sa mâchoire cette fois, fugitivement, quémandant un instant de son attention. Son regard accroche le mien, et j'ouvre la bouche, ne sachant trop quoi lui dire après le tumulte. « Je regrette. Je vais t'aider à... Je rangerai. » Haussant les épaules, j'ignore la pointe de douleur vindicative du côté gauche et me fais violence pour poursuivre. Il a été honnête ; je vais l'être aussi, et mettre des mots sur ce que je n'ai exprimé à quiconque. « Je... Je ne t'attendais plus. » Il ne comprend sûrement pas, alors je développe. « Quand tu es parti. Alessandra disait... Elle disait que tu reviendrais. Et j'ai espéré, tu sais. Pendant des mois. Voir tes voiles à l'horizon, entendre ta voix sous mes frondaisons, te regarder raconter tes voyages à Thémis. Ta silhouette, à contre-jour contre la rambarde du balcon, sur la terrasse de la balançoire. L'odeur du sel sur tes vêtements. Le craquement des voiles dans le vent, tout en bas, la nuit sur l'étang. Tout ça, j'ai espéré. Et puis, un jour... » Ma voix achoppe dans mon larynx asséché. Je déglutis, péniblement – ma gorge est enflée de toutes ces larmes, et j'ai soif. « Et puis, un jour, j'ai cessé d'y croire. » Mon regard est resté rivé au sien. Je ne sais pas s'il peut y lire les abysses de solitude qui s'y sont installées, la sécheresse d'un cœur fatigué d'avoir trop espéré. « Et quand tu es revenu, Sven... Je ne t'attendais plus. Je te croyais perdu. J'avais fait mon deuil, de la Valkyrie, de ces années d'avant, de notre amitié. Mon deuil de toi. Je t'attendais pas. » A nouveau, je hausse les épaules, et la plaie irradie une pointe de douleur vengeresse. « Et tu es revenu. Et tout avait changé, moi j'avais... essayé. D'oublier. Mais tu es revenu, et tout le reste avait survécu, et moi... Moi, j'étais cassée, tu vois ? Je pensais que c'était à cause de moi. Que je t'avais fait fuir. Et j'avais tellement peur, tu sais – tellement peur de refaire une erreur, et de te voir partir encore, alors... Alors, j'ai pas essayé de réparer ce que j'avais détruit pour arrêter de te pleurer. Je pensais que c'était ma faute. Que j'avais... » Ma voix s'assèche à nouveau. « Mérité. » Mérité tout ça. Je me tais à présent. Je n'ose pas en dire plus, la tête me tourne de plus belle, et ma voix n'est plus vraiment assurée. J'ai mal, d'un millier de blessures éparpillées – mais je pense qu'il a autant mal que moi, et dans le silence retombé, je ne détourne pas les yeux. Qu'il y lise ce que ma faiblesse ne me permet pas d'exprimer.

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mar 7 Juil - 8:07


   
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Les nuages se dispersent dans le ciel, l'avis de tempête est levé, et le phare brille d'un tout nouvel éclat, ramenant la quiétude chez le marin pour le guider.

Il ne reste plus qu'à réparer les dégâts causés, quels qu'ils soient, matériels et moraux, de faible ou d'importance un peu plus marquée. Ma main glisse le long de l'avant-bras droit de Thalia, caressant du bout des doigts sa peau sans jamais m'attarder. Puis ils se referment sur son poignet. Ce n'est pas un étau se resserrant sur sa victime pour la broyer. C'est tout le contraire, une invitation à se laisser guider jusque sur la couchette pour enfin mener à bien un travail inachevé. Je m'affaire, au rythme mélodieux de sa langue natale. Une nouvelle fois, les mots me sont étrangers bien que j'en distingue quelques-uns. La Valkyrie et cette demande de pardon. Cela me suffit. Cela ne me regarde surtout pas, alors je ne me risque pas l'interrompre, la laissant faire la paix avec mon voilier. Mon attention est focalisée ailleurs, sur cette plaie qui a laissé échapper beaucoup trop de sang et qu'il faut refermer.

Je dépose une compresse sur sa peau, appuyant très légèrement dessus, craignant de lui faire mal physiquement après l'avoir tant fait souffrir moralement en si peu de temps. Je m'applique quand ses doigts viennent effleurer mon visage, m'invitant à le tourner vers elle. Nos regards s'accrochent, expriment tout un tas de choses bien avant que les mots ne se décident à franchir nos lèvres. Je suis tellement désolé Thalia, de ces larmes que j'ai engendré cette nuit. De ce torrent de sang que tu as perdu par ma faute. De m'être éloigné de toi si longtemps. « Ce n'est pas important, on aura bien le temps de ranger. » Dans les prochaines heures, les prochains jours, voire même les prochaines semaines avant mon prochain départ. Je ne précise pas la durée, à quoi bon. Nous savons tous les deux à présent que je ne disparaîtrai plus dans le lointain sans jamais revenir. Les mots sont inutiles en ce qui me concerne, presque obsolètes, leur préférant des actes qui ont davantage de portée et de sens.

Je fronce légèrement les sourcils, une première fois. Mes doigts viennent de sentir ce haussement d'épaules, synonyme de douleur. Ne bouge pas Thalia, laisse-moi panser tes plaies. Libère tout ce qui te hante depuis si longtemps, mais ne bouge plus. Tout comme ma main qui ne quitte pas son épaule, alors que les mots se formulent enfin à voix haute. La vérité soulage autant qu'elle fait mal, ajoutant un peu plus de poids dans ce panier qu'est la culpabilité. Je prends véritablement conscience de ce que mon absence a provoqué, des dégâts qu'elle a causé. Du temps qu'il m'a fallu avant de réapparaître, écoulé si rapidement de mon côté tellement ma vie a connu de bouleversements en si peu de temps.

Nouveau haussement d'épaules. Et nouveau froncement de sourcils. Cette fois, il est accompagné d'une contraction de la mâchoire. Les jurons suédois traversent mon esprit sans être formulés à voix haute. Ils ne sont pas tournés vers elle, seulement contre moi. Je suis un idiot. Depuis trois ans et tout particulièrement durant cette dernière année qui vient de s'écouler. Quelques secondes défilent sans que plus un mot ne soit prononcé. Ma main libre se met en mouvement, vient effleurer ce visage d'une caresse, le découvrant pour la première fois de cette façon. « Je ne suis pas parti à cause de toi Thalia. Mais je suis revenu pour Thémis... Et pour toi. » Car loin de toi, de vous deux, je n'existe pas complètement. C'est un petit pas pour l'homme, mais un grand pour Sven Inarsson qui est en train de se faire cette nuit. Oser mettre des mots sur ce que je ressens, c'est lui ouvrir la porte qui mène à mon cœur, à mon âme. C'est lui permettre de les atteindre, de s'en emparer. C'est s'exposer à prendre le risque qu'elle les détruise à tout jamais, car il n'y a qu'elle qui est capable de me faire souffrir de la sorte.

J'effleure une dernière fois son visage du bout des doigts avant de laisser retomber ma main. Non complètement car elle vient se refermer sur son poignet droit. Mon pouce caresse sa peau, je lève son bras, le guidant ainsi jusqu'à ce que ses doigts entrent en contact avec la compresse, l'invitant à appuyer dessus pour libérer mon autre main. « Ose encore hausser les épaules avant que j'ai terminé et je promets de te passer par-dessus bord. » Avant bien évidemment d'aller la repêcher. J'esquisse un léger sourire à cette pensée tellement elle m'est familière. Mais il disparaît rapidement, la culpabilité reprenant le dessus sur mon état d'esprit du moment. « Je regrette. Je suis désolé Thalia. » De ce temps perdu, de cet espoir que j'ai détruit à petit feu. Je suis désolé de ces larmes versées par ma faute. Je suis désolé de cette souffrance que je provoque en toi, de cet égoïsme qui m'interdit de partir à tout jamais pour ne plus risquer de te faire du mal. Je suis désolé de tellement de choses si tu savais, mais j'obtiendrai ton pardon, peu importe le temps que cela prendra. Min älskling.
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mar 7 Juil - 20:45

Mon épaule me brûle, mais la douleur s’apaise sous ses doigts. Compresse, pour arrêter le sang ; désinfectant, pour nettoyer la plaie. Je ne sais pas comment il arrive à voir ce qu’il fait. Je devine les environs dans la clarté diffuse des lunes jumelles d’Oblivion, mes yeux s’adaptant à l’obscurité – mais lui, il voit dans le noir, c’est obligé, pour parvenir à distinguer les flacons des produits dont il se sert pour me soigner. Le ballet de ses doigts s’interrompt un instant : je les sens, sur ma joue, en une caresse fugitive qui se dissipe rapidement, écho de mon geste il y a quelques instants. Je n’arrive pas à me souvenir de la dernière fois où nous avons été autant au contact l’un de l’autre. Des marques d’attention, nous en avions, bien sûr – une pression de la main sur son épaule pour le remercier, sa main dans mon dos pour m’aider à avancer – mais jamais ça, jamais de gestes aussi calculés. Délibérés, intentionnels : c’est un aspect de notre relation que je n’attendais pas, que je n’ai jamais connu, et le découvrir maintenant, c’est… inespéré. Je n’ai pas l’habitude de ce comportement chez Sven : je le connais bourru, distant, homme du Nord si semblable aux Vikings qui devaient arpenter les flots il y a mille cinq cents ans ; et pourtant. Pourtant, ça lui ressemble, cette tendresse retenue alors qu’il effleure mon visage, cette affection pleine de pudeur qui ne se montre que parce que je l’ai poussé à bout. Il saisit mon poignet, guidant mes doigts pour que je maintienne en place la compresse sur ma blessure, méditant ses dernières paroles. Il n’est pas parti à cause de moi – et s’il est revenu, c’est pour nous retrouver, Thémis et moi. La chaleur qui se répand dans mes membres à cette idée n’a rien à voir avec l’été torride d’Oblivion, et le sourire que je lui dédie en retour est le plus sincère que je lui adresse depuis son retour. Un rire m’échappe à sa remarque, et la douleur dans mon épaule se rappelle à mon bon souvenir.

Rapidement le sourire s’efface toutefois, tant je perçois de gravité dans ses excuses. Il doit lui en coûter de me dire cela, de se livrer, ne serait-ce qu’un peu. Moi, je suis terrifiée… Je laisse quelques secondes couler dans le silence, et je réfléchis. Je suis encore étourdie par tout ce qui s’est passé cette nuit. La tête me tourne, mes pensées s’entrechoquent, j’ai l’impression d’être tombée du ciel, à toute vitesse, dans une chute vertigineuse – et d’avoir, tout en bas, au ras du sol, au dernier moment, découvert que j’avais des ailes. Et il s’excuse… Secouant la tête, ma main valide toujours sur la compresse, je perçois un sourire un peu ironique étirer mes lèvres. Je me moque de moi, tout autant que de lui – sa froideur suédoise confrontée à l’emportement tout méditerranéen de mon sang grec, il fallait nécessairement qu’un typhon dévaste la cabine pour que les idiots que nous sommes ne parviennent enfin à se parler.

Je lâche la compresse, il vient d’y reposer la main – et des deux miennes, je retiens l’autre, celle qui n’est pas posée sur mon épaule. Elles tremblent un peu, mes mains, sous le contrecoup de l’explosion. A nouveau, nos regards se croisent et j’ancre le mien à tout ce qui tourbillonne au fond du sien. J’y devine le même tumulte que celui qui ravage mes convictions, et mon sourire s’empreint d’empathie. Comme je te comprends, αγαπημένος μου. « Ne t’excuse pas. La faute est autant la mienne que la tienne. Et puis, de nous deux, c’est quand même moi qui ai démoli le mobilier de l’autre… » Un rire un peu gêné m’échappe, et cette fois je parviens à ne hausser qu’une seule épaule, un éclair de défi malicieux au fond des yeux. Je redeviens sérieuse, toutefois, accrochée des deux mains à ses doigts, à son poignet où le sang bat plus tranquille. « J’ai… peur, je crois. Peur de tout ça, de tout ce que cela implique. Pour toi et moi. » Toi et moi. Mon cœur fait un bond que je ne peux réprimer. J’ai vécu quinze ans en m’interdisant de respirer. « J’ai très peur, en fait. Que tu repartes quand même, un jour, sans moi. Ou que l’on se fâche. Que l’on se déchire. Qu’on se fasse du mal. Et je veux pas te faire du mal. » J’ai lâché sa main, posé celle de mon bras valide derrière sa nuque, cachant à nouveau, rien qu’un instant, le visage contre son cou où je chuchote ma peur. « J’ai tellement plus à perdre si tu pars, à présent, tu comprends ? »  Je grimace. Poursuis d’une voie normale, en me redressant pour le laisser finir mon pansement. « Et j’ai mal à l’épaule. Et je meurs de soif. Et je suis bien trop éveillée pour dormir. Et il fait trop chaud dans ta cabine. Est-ce que tu veux bien... qu’on en reparle, mais demain ? » Avant d’aller au Festival pour le premier jour des Fêtes qui vont s’ouvrir. Ou pendant. Ou après. Laisse-moi le temps de comprendre où j’en suis, Sven. Et décider où je veux aller. Je ne veux pas me brûler les ailes, je suis déjà toute éblouie par le soleil… « Je voudrais juste qu’on reste sur le pont, au frais. Et que tu me racontes. Ce que le monde d’avant est devenu en quinze ans. S’il te plaît ? »

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mer 8 Juil - 18:06


   
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L'équilibre est revenu – se tenant sur un fil au-dessus du vide – donnant l'impression d'être renforcé tout en étant marqué d'une certaine fragilité. Et empreint par de nombreuses inconnues.

Cette nuit, nous prenons une nouvelle direction avec Thalia. Elle est également fragile, à l'image de ses mains tremblantes qui enserrent la mienne. Mes doigts se referment sur les siens et dans mon regard, elle peut sûrement y lire la même incertitude qu'il me semble percevoir dans le sien. Nos émotions s'emmêlent, ne savent plus sur quel pied danser. Ce sont les montagnes russes, glissant entre sourire, gêne et vérité, après avoir décrit un looping explosif. Pour le moment, c'est le seul, franchi à son initiative même si je l'ai amorcé. J'ai eu l'occasion d'enchaîner sur un second mais ne l'ai pas fait. Ce n'est guère important, le côté matériel me préoccupe beaucoup moins quand il est question d'elle. Ce qui n'est pas le cas de son état de santé physique. Elle me défie avec ce nouvel haussement d'épaule même si elle prend soin d'éviter de lever la douloureuse. J'émets un léger soupir, quelque peu désespéré mais dans le fond amusé. Puis je reprends ma tâche pour m'arrêter quasiment dans la foulée.

Je ne suis pas certain de bien comprendre le sujet dont il est question, tout comme je ne suis pas certain qu'elle le sache également. La frontière est mince dans ses propos, est-il question de l'existence de la clé sur mon épaule, ou bien de ce qui se passe entre nous. La possibilité également que cela soit un mélange des deux est probable. Dans tous les cas, il est question de peur. Une peur que je partage dans un certain sens même si je refuse de la montrer. Je crains pour sa sécurité à présent qu'elle partage mon secret. Je crains que cette nouvelle direction détruise tout ce que l'on a mis si longtemps à créer, se mette entre nous et nous ronge. De perdre au final celle que je considère comme ma meilleure amie et une confidente, même si je m'étends très peu sur ce que je ressens. Cela en vaut-il vraiment le coup ? Je n'ai aucune réponse à fournir à mes craintes, tout comme je n'en ai pas davantage pour apaiser les siennes. Au milieu de toutes ces incertitudes, il n'y a qu'une seule assurance. « Je ne partirai pas d'Oblivion. » Je souffle ces mots dans un murmure, juste avant qu'elle ne relève sa tête qu'elle était venue nicher une nouvelle fois dans le creux de mon cou.

Pour le reste, seul le temps peut nous répondre. En cette nuit, tout est trop récent, trop fragile, trop douloureux pour établir un bilan. Ma préoccupation principale du moment, c'est de terminer son pansement, d'apposer une bande autour de son épaule pour tenir la compresse. De la serrer suffisamment mais pas trop pour lui maintenir l'épaule sans lui provoquer davantage de souffrance. J'acquiesce d'un léger signe de tête à sa requête. « Quand tu veux. » Demain. Le surlendemain. Peu importe le moment où nous reprendrons cette discussion. La prochaine fois, on y verra peut-être plus clair. Et si ce n'est pas au court de cette escale, il y aura la suivante, ou une autre. Les occasions ne manqueront pas. Cette nuit, après l'ascenseur émotionnel, il vaut mieux s'aventurer sur un chemin moins sinueux, de prendre un chemin plus familier comme une discussion plus légère, sans non-dits ni silence pesant. Une discussion comme nous n'en avons pas réellement eu depuis trois ans et qui me manquent.

Dans la pénombre, je récupère le bandana pour le nouer autour de mon épaule, faisant disparaître une nouvelle fois mon secret derrière un morceau de tissu. Puis je tends ma main à Thalia pour la guider dans la pénombre de la cabine, pour éviter qu'elle ne se tape encore dans un coin pour y gagner un nouvel hématome. Ce n'est qu'une fois sur le pont que je lui libère sa main. « Installe-toi, je reviens. » Je repars aussitôt, disparaissant de nouveau à l'intérieur du voilier, m'arrêtant dans la pièce principale. Dans celle-ci, je récupère un vieux chiffon que j'imbibe d'eau du robinet. Je remplis ensuite un gobelet d'eau puis retourne sur le pont. Je tends les deux à Thalia. Elle souhaite peut-être faire disparaître les traînées de sang le long de son bras, ou seulement se rafraîchir. Libre à elle de décider. Je m'allonge à même le pont, non dérangé par la dureté de son plancher.

Mon regard se pose sur les étoiles brillant au loin, durant quelques secondes. Que lui dire sur ce monde d'avant ?  Des banalités ? Quelque chose de plus personnel en évoquant mes retrouvailles avec ma famille ? Je n'ai franchement aucune idée car, si je me suis dis que ce moment arriverait un jour où l'autre, je n'ai pas planifié les sujets que j'évoquerai. « Les Etats-Unis ont leur premier président noir... Je me suis demandé à quelle époque nous étions à un moment car ils annonçaient la sortie de films comme Terminator, Starwars, Mad max pour cette année... La technologie a beaucoup avancé, j'ai eu l'occasion de voir l'intérieur d'un voilier récent et... La Valkyrie a l'air d'un dinosaure à côté.. » Un ancêtre, presque un vestige que l'on ne sortirait que lors d'occasions pour montrer des antiquités devenues obsolètes. Les mots sont prononcés à voix basse, pour qu'elle seule entende. Je refuse de prendre le risque qu'une tierce personne nous entende. C'est la nuit, il est tard, mais les cris de Thalia quelques minutes auparavant ont du en réveiller quelques-uns.        
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mer 8 Juil - 23:01

D'un geste qui semble très habituel, il dissimule à nouveau son épaule sous le bandana que je lui ai toujours vu porter. Je comprends mieux pourquoi, maintenant. Un instant, je m'interroge : cela a dû être infernal, de vivre seul avec ce secret, toutes ces années, non ? Un jour, je lui poserai la question, et il me racontera, j'en suis convaincue, mais pas ce soir. Trop d'émotions fortes pour une seule journée, j'ai besoin de me changer les idées et de respirer un peu, délivrée de ce poids obscur qui m'écrasait sous sa charge et donc je n'avais pas conscience. J'attrape la main qu'il me tend, et me laisse guider vers le pont, cette fois sans marcher sur les débris de ma rage, sans trébucher sur un objet traîtreusement embusqué sur mon chemin. Il redescend quelques instants, que je mets à profit pour m'installer. D'un rangement, j'extrais mon coussin favori, le posant sur le bois pour m'adosser à la paroi, jambes étendues de toute leur longueur, la tête en arrière reposant contre la Valkyrie. Je suis bien. Je sens la houle légère qui incline le sol sur lequel je repose, et je me sens bien, bercée par le mouvement familier du navire. Sven refait son apparition – avec une exclamation enchantée, je me jette sur le gobelet qu'il me propose, le vidant d'un trait à grandes gorgées – et m'étouffant à moitié sur la dernière. Crachotant misérablement entre deux quintes de toux, je saisis le linge humide, tamponnant mon visage pour me rafraîchir avant de nettoyer sommairement le sang qui a coulé sur mon bras et ma cuisse, comme si de rien n'était. Interceptant un regard qui semble vaguement exaspéré ou moqueur – dur à voir dans la pénombre – je décide qu'il a forcément tort, et d'un geste ample, je l'arrose d'un nuage de gouttelettes, toussant toujours, les larmes aux yeux. « C'est pas drôle ! » Bon, d'accord, si, un peu. Je finis par en convenir moi-même, crachotant entre deux éclats de rire.

Un président noir ? Oh ! Voilà qui est surprenant, effectivement. Aux États-Unis ; est-ce que par hasard le monde d'avant serait devenu un endroit meilleur en quinze ans d'absence ? Captivée, je l'écoute me raconter la suite, ces noms de films – et je souris quand il évoque les voiliers modernes. Je secoue doucement la tête – il ne peut pas me voir, allongé sur le dos, mais j'assène une claque complice sur son épaule, de ma main valide. « Tchhh ! Si elle t'entendait ! » Je tapote le sol de la jointure de mes doigts repliés. « Ne l'écoute pas, ton capitaine, ma beauté. Tu es une splendeur, et tu sais bien à quel point tu règnes sur son cœur. Les autres navires n'ont aucune chance de te l'enlever ! » J'ai parlé à mi-voix, d'un ton amusé. Ma voix ne doit guère porter. J'ai sûrement réveillé la moitié de la jungle avec mes hurlements, mais le sommeil a dû réclamer ses droits sur les environs depuis. Le silence retombe – le bout de mes doigts repose maintenant sur l'épaule de Sven.

« Et toi, pendant deux ans... Tu as fait quoi ? » Je veux qu'il me parle de ce qu'il a vu. Est-ce qu'il est resté en mer sur les océans ? « Est-ce que tu as revu ta famille ? Est-ce qu'ils étaient contents de te revoir ? » J'enchaîne les questions, sans lui laisser le temps de répondre, emportée par ma curiosité. « Et toi, tu étais heureux de les voir ? Est-ce qu'ils t'ont demandé où tu étais ? Tu leur as dit quoi ? » Est-ce que je t'ai manqué ? Est-ce que tu as pensé à moi, parfois ? « A quel moment tu as décidé... de rentrer ? » Me mordant les lèvres, je m'interromps. Ce serait peut-être pas mal que je le laisse en placer une, éventuellement. « Si ce n'est pas indiscret... Je comprendrai si tu préfères ne pas m'en parler. » Je ne veux pas le forcer. Il a le droit d'avoir ses secrets...

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Ven 10 Juil - 0:11


   
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" Istalia & Sven "

   

   

Cette femme possède deux facettes. La première pleine d'assurance quand elle est dans son élément, une centaine de mètres au-dessus de nos têtes. La seconde, beaucoup plus maladroite, à tel point qu'elle réveille parfois en moi un sentiment de désespoir. Comme lorsqu'elle manque s'étrangler en buvant un simple verre d'eau. Je n'ai pourtant pas rajouté d'eau de vie dans le gobelet, son contenu n'est pas à 70°, n'est pas supposé provoquer de tels effets dans son gosier. Et pourtant... Et pourtant cela se produit. Ô rage, ô désespoir, comment dois-je interpréter ceci ô Chiere ? Lui venir en aide en tapotant légèrement dans son dos ? La laisser s'étouffer en lui priant de ne pas rendre son dernier soupir sur le pont de mon voilier ? Ou tout simplement laisser couler en me disant que ça finira par passer, qu'elle ne m'en voudra pas de ma non réaction ou qu'elle se vengera d'une manière insignifiante, comme avec ce lancer de gouttelettes ne parvenant même pas à me rafraîchir. Les années peuvent défiler, Istalia ne changera jamais à ce sujet.

La légèreté est présente même si à mon sens, je viens l'entacher en évoquant cet autre monde que j'ai fui intentionnellement. Les sujets ne viennent pas d'eux-mêmes. Il me faut quelques secondes de réflexion, le temps de puiser l'inspiration dans les étoiles brillant en cette nuit sans nuages. Un président noir. Des films déjà sortis qui ressortent. Et une modernité me dépassant. Voilà ce qui me vient spontanément. Les paroles ne sont vraiment pas mon point fort, en voici un exemple flagrant. Ce dernier me vaut même un légère claque sur l'épaule. Ma tête se penche en arrière, en direction d'Istalia, cherchant à comprendre ce que me vaut une telle punition. J'offense celle qui partage ma vie apparemment. Sa tirade me fait sourire, car elle déborde de vérité, mais surtout car il n'a jamais été question pour moi de remplacer mon voilier. L'idée ne m'a même pas traversé l'esprit pour être franc. La Valkyrie est celle qui me connaît le mieux, elle m'a vu sous toutes mes facettes : heureux, triste, en colère. Vraiment tout. La remplacer, c'est comme divorcer pour me marier une nouvelle fois. Inconcevable. « Une beauté, pleine de splendeur, et pourtant victime collatérale de la colère d'une certaine personne. » réplique-je d'un ton quelque peu moqueur. Je n'enfonce pas le couteau dans la plaie. Je charrie, là est toute la nuance et j'espère qu'elle la percevra.

Le silence se réinstaure entre nous, seulement rythmé par le bruit de la nature environnante. Nous avons quitté la cabine pour être plus au frais, pourtant il fait toujours aussi chaud. Ou bien c'est la présence de ces doigts sur mon épaule qui réchauffent ma température corporelle davantage qu'ils ne le devraient. Je finis pourtant par être parcouru par un frisson quand la curiosité de Thalia l'emporte sur mon manque de récits. Je suis davantage bavard quand je raconte un de mes voyages à travers Oblivion, je ne peux mentir à ce sujet. C'est même quelque chose que j'ai toujours apprécié faire à chacun de mes retours. Seulement celui-ci en provenance de l'ancien monde... Ce qui s'est passé durant deux ans là-bas.. Les questions pleuvent. Pourquoi tient-elle autant à savoir ? N'est-ce pas suffisant pour elle mon aveu de toute à l'heure, à savoir que je suis revenu pour elle ?

Elle meurt d'envie de tout savoir, sinon ces questions n'auraient pas été posées. Pourtant, elle me laisse le choix, celui de ne pas y répondre. Garder le silence... N'est-ce pas une preuve indirecte que j'ai quelque chose à cacher si je choisis cette option. Je soupire car je ne sais pas quelle ligne de conduite adopter. Je bouge, ou plutôt je bouge mon bras gauche. Ma main vient recouvrir celle sur mon épaule, la pressant brièvement. « Il n'y a pas grand chose à savoir sur ma vie là-bas. Tout ce que je peux te dire, c'est que mon père était malade mais ça n'a pas été suffisant pour que je reste. J'ai tenté pourtant durant ces deux années, mais si j'étais resté plus longtemps, je serais mort avant lui car je dépérissais loin d'Oblivion. » Je marque une pause. J'ai fait un choix un an auparavant, lourd de conséquences et de reproches à n'en pas douter pour ma famille. Je ne sais même pas si mon père a succombé à sa maladie. Est-ce qu'il est mort depuis ? Je ne le saurai jamais. C'est égoïste de ma part, mais me poser la question ou culpabiliser à ce sujet ne changera plus rien à la décision que j'ai prise. « Ma famille ici a été plus heureuse de me revoir que celle de là-bas. » Voilà la vérité. Je revois les visages de mes frères. Je me souviens de leurs réactions gênées. Mes paupières se ferment alors, pour tenter de chasser ces images qui viennent de prendre place dans ma tête. Évoquer le passé n'est pas une bonne chose, je lui préfère de loin le présent.    
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Ven 10 Juil - 1:20

Il soupire. Mes questions le contrarient sûrement. Un instant, je me mords les lèvres – je n'aurais pas dû parler. Bravo, Kaligaris, satanée moulin à paroles ! Comme quand Thémis était petite et que tu parlais pour vous deux, emplissant votre appartement d'un babillage sans fin pour repousser le silence. Mais le silence de ce soir n'est pas un ennemi, j'en ai conscience, et je me fais le serment de ne plus le rompre, pour ne pas brusquer Sven, et pour ne pas risquer d'effaroucher ce sentiment effrayant par son intensité qui vibre dans chaque souffle d'air. Pour le moment, je ne veux pas y penser – alors je reporte toute mon attention sur mon capitaine, écoutant ce qu'il me livre à demi-mots – et tout ce qu'il ne dit pas, mais qui passe de sa main à la mienne. Ça a toujours été un peu comme ça, entre lui et moi, depuis notre rencontre au milieu des eaux de l'océan loin à l'est, au pied du Phare ; nos paroles sont sincères, mais nos silences sont absolus, tant ils portent de vérités. Moi, timide et hésitante en dehors de mon univers ; lui, réservé et pudique dans sa froideur viking. Un univers de silence, en vérité, dans lequel Thémis est naturellement venue se nicher, merveilleusement à l'aise avec cet homme taciturne qui ne lui reprochait pas son mutisme.

Il me parle de sa famille. De son père, de ses frères – et j'en apprends plus en quelques instants qu'en quinze ans. Il y a derrière ses paroles tout un monde de tourment dont il m'interdit l'accès, et des tréfonds de mon cœur Athénaïs surgit soudain, pâle et fragile comme la trépassée en sursis que j'ai visitée régulièrement sur son lit d'hôpital tout blanc. Ma sœur – et nos parents. Je ne sais pas si elle vit toujours, j'ignore s'ils respirent encore, et une part de moi pleure à l'intérieur, pour cette sœur perdue que j'ai aimée de tout mon cœur d'enfant.  Elle me manque, quoi que j'en dise, même si je n'en parle pas, et je me demande parfois si Thémis la regrette. Thaïs, mon aimée, où donc peux-tu bien te trouver à présent ? Je n'ai guère parlé d'elle à Sven. Il sait qu'elle est mon aînée de deux années, qu'elle a mis au monde notre Thémis ; et qu'elle est plongée dans le coma depuis un accident survenu bien avant la naissance. Il sait que j'ai quitté la maison de mes parents dès ma majorité en emmenant le bébé de ma sœur – et rien de plus. Je ne me suis jamais répandue en confidences, je ne lui ai pas parlé de notre complicité d'enfants. Elle me manque trop pour que je puisse en parler avec insouciance, et c'est une part de moi que je n'aime pas laisser voir. Sven parle de famille ici. Mon cœur fait un petit bond, et une chaleur cordiale se répand dans mes veines : ma famille, c'est Thémis, et c'est un peu lui aussi, avec sa voix grave, son humour abrupt, et la liberté effrénée qu'il courtise depuis toutes ces années.

Je soupire à mon tour, et une impulsion me fait lever de mon coussin, le déplaçant pour le placer près de sa tête. Je m'allonge sur le pont à ses côtés, le nez levé vers les étoiles et la tête confortablement appuyée – repoussant de mon bras valide mes cheveux trempés loin de son visage, je lève les mains devant nous, prenant garde à ménager mon épaule blessée. Cela fait longtemps que je ne lui ai pas appris de nouveaux signes – ma mémoire me remontre Thémis, âgée d'une dizaine d'années à peine, perchée sur son genou et riant silencieusement de toutes ses dents, un trou adorable là où les deux de devant étaient tombées. En train de lui apprendre un peu de sa langue. C'est toujours ainsi qu'elle lui a appris : dos à lui, les mains levées pour qu'il reproduise ses gestes plus facilement. C'est ainsi que j'ai procédé les quelques rares fois où c'est moi, et pas elle, qui servait de professeur...

Levant les mains, je fais un geste qu'il connaît. Triste. Un autre ensuite, qu'il connaît également : des deux mains, les index et les pouces joints, une arabesque preste. Famille. Je n'ai jamais eu à utiliser le troisième avec lui jusqu'ici. Posant d'abord la main à plat sur son torse, un instant, je la ramène ensuite vers moi, la jointure de mon index sous mon menton, pivotant d'un geste du poignet. Regret. Je sais qu'il regrette. Forcément. D'y être allé, d'y avoir trouvé ce qu'il l'attendait, peut-être. Ou d'avoir dû tout abandonner pour revenir. Je ne sais pas vraiment. Je pense qu'il a compris le sens de ce nouveau signe, ainsi je poursuis ma leçon, dans le silence qui nous entoure comme une bulle de sérénité. Tapotant ma poitrine de deux doigts, je place ensuite les deux mains à plat, paume vers mes pieds, perpendiculaires à mon corps l'une au dessus de l'autre, et je les abaisse simultanément. Soulagée. Le dernier. Le plus important. Qu'il connaît peut-être déjà. Pour celui-là, je tourne la tête, croisant son regard dans la pénombre. Levant ma main valide au niveau de mes yeux, je déplie et replie mon index à deux reprises. Empathie. Je comprends. Lui, comprend-il ce que je lui enseigne ? Impulsivement, je me relève sur mon bras valide, et me penche vers lui pour déposer un baiser fugitif au coin de sa mâchoire, geste universel de réconfort, avant de me rallonger aussi rapidement, encore interdite. Kaligaris, mais pourquoi t'as fait ça ? Va vraiment falloir que tu cesses de te laisser emporter comme ça, ma fille... Les doigts un peu tremblants, j'esquisse le geste qu'il doit connaître le plus, tant Thémis le lui a fait toutes ces années au fil de ses facéties. Le poing serré, le pouce levé, et un mouvement circulaire contre ma poitrine. Désolée...

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Ven 10 Juil - 20:39


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

Regarde ce que je deviens à parler d'eux Thalia : un sac de nœuds jeté sur un pont, tiraillés entre passé et présent. Il me faut démêler le tout, ranger dans une boite le passé pour qu'il ne vienne plus entacher le présent. Il paraît que la nuit porte conseil. Si je reste ainsi, les yeux fermés et que je m'endors, le ciel ne sera peut-être plus assombri à mon réveil par ces liens du sang pesant sur ma conscience. M'en voudras-tu Thalia, si je rompt le dialogue et reste ainsi comme il m'arrive de le faire parfois ? Ce monde d'obscurité qui m'entoure n'est pas silencieux. Il est en mouvement, quitte mon épaule pour se rapprocher davantage. Je sens sa présence à mes côtés. J'entends son souffle régulier qui m'appelle. Je ressens sa chaleur le long de mon bras. Il est fort en tentations, davantage que ne l'est ma volonté, alors je finis par rouvrir les paupières pour tourner légèrement ma tête dans sa direction, lui faisant face plutôt que de ranger ce monde avec les démons qui m'animent.

Elle respecte mon silence, ne l'interrompant pas. C'est étrange d'être allongé ainsi, l'un à côté de l'autre, sans parler. Je me suis enfermé dans ma bulle, pourtant celle-ci s'est agrandie pour lui laisser une place. À croire qu'elle le devine, que Thalia ne rompra pas le silence pour m'assommer de nouvelles questions ou de commentaires que je me passerai bien d'entendre. Merci min älskling, même si tu brises cet instant en te mettant en mouvement, pour décrire un geste que je connais. Est-ce que je ressens cette tristesse capable de me ronger de l'intérieur ? Ou bien, est-ce elle qui est triste pour moi ? Si c'est le cas, je ne souhaite pas de sa pitié. Tout sauf celle-ci. Dans la nuit, faiblement éclairées par le ciel dégagé, ses mains continuent de décrire des arabesques pour former des mots. Je les connais tous, excepté celui qu'elle signe en posant sa main sur mon torse. Je lui demanderai sa signification à un autre moment, quand je me déciderai à recouvrir la parole. Ce qui n'est toujours pas le cas pour le moment, alors Thalia se redresse, cherchant mon regard. Ce mot... Elle comprend. J'esquisse un mince sourire en guise de remerciement, ne sachant si elle le verra.

Quelque chose plane alors dans l'atmosphère. Un gaz inodore, provoquant un phénomène étrange, que je n'explique pas. Je ne m'y attends pas, à tel point que j'en reste interdit et que je pense l'avoir rêvé. Est-ce bien les lèvres de Thalia qui viennent de m'effleurer, telle une caresse. Mon imagination me joue des tours, c'est ma première explication, aussitôt désamorcée par cette légère chaleur laissée à l'endroit où elle a déposé ses lèvres. Pourquoi ce geste ? Comment dois-je l'interpréter ? Puis, une question vient supplanter les précédentes : pourquoi j'hésite ? Avec n'importe quelle femme, j'aurais déjà réagi, j'aurais cherché ses lèvres, mais elle n'est pas n'importe quelle femme. Et pour reprendre un peu ses propos, nous avons beaucoup plus à perdre que nous le pensons. Je cherche le regard de Thalia pour y trouver une explication, mais celui-ci s'avère fuyant. Elle ne signe qu'un mot, en guise d'excuse pour son geste.

« Thalia. » Va-t-elle seulement oser tourner son regard vers moi ? Dans le doute, c'est moi qui me tourne, me mettant sur le flanc et repliant mon bras pour soutenir ma tête. Ma main libre vient se poser sur son poing serré. « Ne sois pas désolée. » … Mais. Car il y  a forcément un « mais » dans ma phrase, sous entendu, non encore prononcé, et qui ne le sera sans doute pas. Un bain de minuit pour échapper à la discussion est attirant, il permettrait de garder la tête froide, et de nous amener jusqu'au lendemain pour reprendre cette discussion. Nous ne le sommes pas encore, il est trop tôt. Et pourtant... Et pourtant ma main libère la sienne, remontant jusqu'à son visage. Mon index effleure ses lèvres dans une caresse. « Je te demande déjà beaucoup avec mon secret. » Celui-ci repose désormais sur ses épaules autant que sur les miennes. Il la met en danger autant que cela peut me mettre s'il venait à être découvert. « Je ne t'en demanderai pas davantage. » Autrement dit, pas sans avoir la certitude que c'est ce que nous souhaitons tous les deux. Sommes-nous prêts à risquer notre amitié dès ce soir ? Je n'ai pas la réponse. Ou plutôt, je n'ose pas formuler cette réponse, me l'interdisant une nouvelle fois.  
       
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Ven 10 Juil - 22:57

Mes mains tremblent un peu. Tu es ridicule, Kaligaris. Quitte à te jeter sur lui, fais-le pour de vrai, balance tes vêtements par-dessus bord et envoie les siens les rejoindre ! Il y a plein de choses intéressantes que vous pourriez faire au lieu de vous tourner autour avec des mots qui veulent tout dire et son contraire ; et des jeux de mains qui impliquent un contact avec autre chose que de l'air.
… Une marée d'images mentales toutes plus dérangeantes les unes que les autres défile derrière mes paupières étroitement closes, et je voudrais disparaître entre les planches du pont. Le sang afflue à mes joues, brûlant, et j'envisage une fois de plus de sauter à l'eau, ne serait-ce que pour le bénéfice d'une douce bien froide. Reprends-toi, Thalia ! Ça ne se fait pas de violer un homme sur son propre pont – et de toute manière, ma pauvre fille, tu n'as absolument aucune idée de comment t'y prendre, alors...

J'entends mon nom, et je n'ose pas rouvrir les yeux. Est-ce qu'il va me jeter par-dessus bord pour avoir osé, me virer pour avoir commis un sacrilège obscur pour une passagère envers le capitaine du pont sur lequel elle se trouve ? Est-ce qu'il va m'enfermer dans la cabine avant ou me jeter à fond de cale pour tempérer mes ardeurs ? Ou est-ce qu'il va simplement s'escamoter dans mot dire, m'abandonnant sur le pont avec mes fantasmes et mes pulsions ? Mon pouls s'affole quand je perçois du mouvement. Risquant un coup d'œil effarouché entre mes cils, je le devine dans la pénombre : il s'est relevé sur le flanc, et la tête dans la main, appuyé sur son coude, il m'observe. Sa main libre vient se poser sur mon poing serré qui tremble de plus belle contre ma poitrine, et je m'émerveille distraitement du nombre de contacts entre nous ce soir. Avant de suffoquer, le souffle court, tandis que le sang reflue de mon visage, me laissant statufiée sur les planches de bois du pont. Mes lèvres me brûlent – de cette caresse qu'il vient d'y déposer, d'un effleurement fugace et passager, mais tellement, incroyablement... intime. La gorge sèche, j'ose croiser ses yeux, camouflant du mieux l'effet produit par ce geste pourtant presque anodin. Bafouillant, je m'y reprends à deux fois avant de parvenir à aligner des syllabes cohérentes, bien plus troublée au fond par l'ampleur de ma réaction que par le geste en lui-même, bien que ses implications tacites ne lâchent un essaim de papillons en furie dans mon estomac. « Ton secret est entre de bonnes mains. » Je n'en dis pas plus, pas ici, à la surface de l'eau où le son porte. De quel secret sommes-nous en train de parler ? De celui qui court sur sa peau, tatoué à l'encre du mystère et porteur de tourments ? Ou de l'autre, plus personnel, bien plus terrifiant, qui sublime nos silences et fait bouillir mon sang ? D'un peu des deux, sûrement. Ma main valide accroche la sienne, la retient entre les miennes sur mon ventre, et je m'accroche à ses doigts. « Sven... Merci. » De tout. D'être revenu. De me faire confiance. De me laisser une chance. D'être là.

Réprimant un bâillement, j'ouvre la bouche pour lui souhaiter bonne nuit – mais le sommeil m'emporte avant, soufflant les pensées qui tourbillonnaient dans mon esprit enfiévré, et je m'endors comme une enfant, accrochée à lui. Au matin, je me réveillerai sûrement la bouche asséchée d'avoir ronflé en bavant sur mon coussin, mais pour le moment, je suis bien. A demain...

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Sam 11 Juil - 20:59


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

Istalia est adorable. Elle fait preuve d’une volonté de préserver mon secret. Mais y parviendra-t-il réellement ? La question est à se poser. Quand je remarque le tremblement de ses mains, quand j’entends ses propos hésitants, le doute – si jamais j’en ai eu un – disparait. J’ai conscience de la mettre dans un état d’affolement pour le coup – et c’est parce que je remarque son moment de panique –  que je peux lui faire confiance. Jamais elle ne me trahira. Peu importe la nature de mes secrets, de leur profondeur, et des impacts qu’ils ont sur elle. Je lui en suis reconnaissant, tout comme j’apprécie qu’elle ne mette pas les pieds dans le plat pour démêler le tout. Mes propos sont à double sens, tout comme les siens. Me demander de lever le doute sur ce que je pense, ressens et souhaite, c’est en faire de même pour elle. Et nous sommes d’accord pour ne pas le faire cette nuit, alors il est grand temps pour moi de me retirer dans mes quartiers, de lui laisser de l’espace et lui permettre de réfléchir sereinement.

Seulement, cette femme est pleine de surprises. Sa main accroche la mienne, m’empêche de m’écarter. Ne fais pas ceci Thalia, ne nous ramène pas vers un jeu dangereux qui finira par déraper car nos résistances ont leur propre limite. Elle me remercie. J’hésite quelques secondes, méditant sur ce mot. La pression de sa main sur la mienne se relâche mais je ne m’écarte pas. Au contraire, je me rapproche légèrement, mon souffle venant effleurer son visage. J’entends sa respiration. Beaucoup plus lente et régulière. Ses paupières sont closes. Je souris. Elle a eu son compte d’émotions pour la nuit. Quant à moi… Moi, je ne suis toujours pas décidé à dormir. Alors je ne bouge pas durant quelques minutes, écoutant le ronronnement de sa respiration, ce léger ronflement que je trouve adorable. Pourtant, s’il vient à s’intensifier, je sais qu’il m’empêchera définitivement de trouver le sommeil.

Il me faut battre en retraite et c’est ce que je me décide à faire. Avant de m’écarter, je profite de l’assoupissement de Thalia, du fait qu’il n’y aura aucune gêne, ni interprétation de mon geste, pour effleurer sa joue de mes lèvres. Elle bouge légèrement dans son sommeil sans toutefois se réveiller. Même si c’est le cas et qu’elle vient à me parler de ceci le lendemain, je nierai. Le vieux marin bourru et solitaire ne se laisse pas aller à ce genre de tendresse. Il les réserve à sa beauté des mers, à qui il parle tout en douceur pour qu’elle continue à l’accompagner dans ses aventures encore de nombreuses années. Le vieux marin bourru et solitaire n’en a que faire de ses passagers, il regagne ses quartiers, ne se préoccupant pas de savoir si le plancher de son voilier est confortable. Enfin, le vieux marin bourru et solitaire a surtout besoin de s’éloigner de la sirène qui parasite ses pensées pour réfléchir et y voir plus clair.

Fin du dernier jour de l'ère du Rêve.

   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Mar 14 Juil - 17:19

Fêtes de Chiere – Jour #1
L'Origine


Nous rentrons. Nous rentrons perturbés, par ce qui se passe autour de nous – dans cette jungle silencieuse où chacun de nos gestes résonne, sans aucun autre bruit. Je n'avais pas conscience avant ce jour du bruit constant de la nature à la lisière de ma perception, de cette voix de la jungle faite du chœur de la vie. Et maintenant que ce son n'est plus là, je me sens oppressée. Une petite colonne m'a emboîté le pas – Thémis est là, avec deux de des amis Chieresques, la mine grave et l'air concentré. Il y a quelques-uns de nos invités également, Égarés et Orphelins surnuméraires à l'instinct grégaire, et bien sûr, il y a également Sven. Avec sa mine contrariée des mauvais jours, je sens qu'il ronge son frein, et je pense en deviner les raisons. Il n'aime pas qu'on lui dicte sa conduite, et je lui ai un peu forcé la main... Ralentissant le pas, je laisse progressivement les autres me dépasser, suivant Thémis qui connaît son chemin, et petit à petit je me retrouve en queue de colonne. J'ai happé le pan de sa chemise alors qu'il passait à côté de moi, lui indiquant de m'attendre – et même à contrecœur, il le fait, adaptant son pas franc à mes enjambées plus mesurées. Une fois le groupe à quelque distance, je pose la main sur son poignet, parlant à -mi-voix tant le son résonne dans la jungle à présent.

« Je suis désolée, pour tout à l'heure. J'ai un peu paniqué. » Je me passe mon autre main sur le visage. Je ne sais pas comment lui expliquer ce qui s'est passé. Ce que j'ai vu dans la foule. Ce que j'ai cru voir, dans cette marée de visages – mon souffle se fait court, et je m'arrête brusquement, combattant la crise de panique qui rôde à la limite de ma conscience. Par quoi commencer ? Lâchant son poignet, je serre mes mains l'une contre l'autre, dans ce geste devenu familier qui m'aide à organiser mes pensées et juguler mes émotions. « Je t'ai déjà parlé de ma sœur, Athénaïs. La mère de Thémis. » Ce n'est pas une question. Le sujet a été évoqué de temps à autre au fil des années, je pense qu'il s'en souvient. « J'avais seize ans quand elle est tombée dans le coma, dix-sept quand Thémis est née, dix-huit quand je l'ai prise en charge. Vingt-quatre, quand nous sommes arrivées en Oblivion. » Mon trente-neuvième anniversaire approche – bientôt, cela fera quinze ans que nous sommes ici. Quinze ans, ô Chiere. Quinze ans déjà... « Je ne l'ai pas revue depuis. Mais elle était là tout à l'heure, Sven – je l'ai vue. Tu comprends ? Je l'ai VUE ! » Ma voix dérape dans les aigus et mes mains se mettent à trembler. Le dire, c'est l'affirmer. Mettre des mots sur ce que j'ai vu le rend réel, et une sueur froide glace mon dos. Calme-toi, Kaligaris. Mais c'est plus fort que moi – si c'était vraiment elle, cette crinière rousse au milieu des Chieresques, et qu'elle ne vienne me reprendre Thémis, hein ? Si c'est vraiment elle, qu'elle est en vie et bien portante, c'est un miracle, c'est une merveille, c'est le couronnement de mes années de prières ; mais si c'est pour perdre Thémis, mon sang, ma chair, ou quasiment, alors, alors – alors, je ne sais pas si j'y survivrai. « Je l'ai reconnue, c'était forcément elle, forcément, Sven – la même qu'avant notre arrivée, mais plus âgée, avec quinze ans de plus ses traits. Je l'ai reconnue, c'était elle, c'est sûr ! » L'hystérie dans ma voix est peu commune. Je suis maladroite, un peu timide parfois, mais il m'a toujours connue forte et décidée – pas aujourd'hui, pas maintenant, alors que le petit monde douillet que j'ai construit autour de ma nièce commence à se déliter. Cette enfant m'a ravi mon cœur dès le premier regard, alors si on essaie de me la prendre, ô Chiere, Mère de Tout, viens à mon secours ! « Qu'est-ce que je vais dire à Thémis ? Comment je vais lui dire ça ? Comment je fais si elle... si elle veut PARTIR ? » Les deux mains pressées sur mes lèvres, je jette un regard paniqué à Sven.

Je suis complètement perdue.

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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Dim 2 Aoû - 19:46


   
“ Il était un petit navire  ”

   
" Istalia & Sven "

   

   

Nous rentrons. Nous rentrons, prenant le chemin en direction du manoir, accompagnés par le silence environnant de la nature. Le bruit de nos pas résonne, sans qu’aucun autre ne vienne s’y joindre. Voilà qui est presque intimidant, voire effrayant pour les plus trouillards d’entre nous. Je tire ma mine des mauvais jours, suivant le cortège et pourtant, je ne souhaite pas être parmi eux. J’ai cédé bien trop facilement, à cause du vent de panique que j’ai entendu dans la voix d’Istalia. A présent, je fais comme si tout va bien même si au fond, j’hésite entre accélérer le pas pour les semer et me réfugier au plus vite sur mon voilier, ou ralentir et me laisser distancer. Mon regard dérive sur une silhouette à proximité, et mon regard s’adoucit un peu à sa vue. Thémis… Elle me fait oublier durant quelques secondes mes élans de vouloir tordre le cou de sa tante. Seulement quelques secondes, jusqu’à ce qu’une main s’agrippe à ma chemise pour attirer mon attention.

Ma première réaction est de la foudroyer du regard, ne pipant mot et rongeant toujours mon frein, acceptant même de ralentir le pas pour nous mettre à l’écart du groupe, mené désormais par Thémis. Sa main se posant sur mon poignet aide à m’adoucir, bien malgré moi. Thalia ne s’en tirera pourtant pas à si bon compte, pas sans explications. Peut-être qu’elle se doute que c’est le moment d’anticiper et de passer aux aveux, que c’est également celui de s’excuser, car c’est ce qu’elle fait. Je jette un œil dans sa direction, notant au passage ses gestes de nervosité. Ceci ne lui ressemble pas. Elle me parait vulnérable, comme quelques minutes auparavant. C’est ce phénomène inhabituel qui m’a poussé à céder pour rentrer. C’est également celui-ci qui me pousse à ne rien dire pour la rabrouer, l’invitant ainsi silencieusement à continuer.

Je me glace. « Tu as peut-être mal vu. » Est-ce elle que je tente de convaincre ou bien moi. C’est un choc même si je le dissimule et encaisse comme si cela ne me fait ni chaud ni froid. Voici plusieurs mois qu’il y a eu des arrivées plus nombreuses que les précédentes. Je n’apprécie pas ce groupe mené par MacAllister, c’est un secret pour personne. Mais apprendre qu’il a emmené dans ses bagages, consciemment ou non, Athénais, voilà qui me contrarie. Et m’inquiète. Et si c’est vraiment elle ? Quelles sont ses intentions ? Est-elle venue pour Thémis, Thalia ou les deux ? Et si les deux envisagent de repartir avec elle ? Les questions fusent, me décomposant de plus en plus de l’intérieur à mesure que les mots franchissent les lèvres de Thalia. Je ne suis pas prêt à les laisser partir, c’est pour elles que je suis revenu bon sang ! Mais qui suis-je pour les retenir si c’est vraiment Athenais et qu’elles décident de repartir dans l’autre monde ? Un simple ami, un confident, l’image d’un père sans en être vraiment un. Et un soutien, inébranlable, qui ne doit pas montrer ni exprimer ses craintes pour rassurer ceux qui lui sont chers.

« Il faut d’abord s’assurer que ça soit elle avant de parler à Thémis. » Évitons un vent de panique et de propagation sans certitude. Cela n’apportera rien de bon pour la p’tite, pour Thalia, ni même pour moi. « Et savoir aussi ce qu’elle veut… » Hormis retrouver sa fille et sa sœur. Les suppositions et les questions peuvent pleuvoir, mais elles n’auront aucune réponse sans discussion franche. Peut-être que ce n’est qu’un sosie d’Athenais et Thalia est finalement en train d’en faire un foin pour rien. Ou peut-être pas et dans ce cas-là… « Reste calme. Personne ne sait comment partir d’ici. » Je lui jette un regard entendu. Hormis moi. Puis je change de langue, employant délibérément la langue chieresque, non maîtrisée par tous les convives, nous mettant à l’abri de quelques oreilles indiscrètes. « Et même si je venais à le savoir, je ne dirai rien. » Ton nez commence à s’allonger Inarsson. J’en ai conscience mais c’est pour la bonne cause. Du moins, celle de Thalia et la mienne.
   

   
   
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MessageSujet: Re: Il était un petit navire • Sven & Istalia   Dim 2 Aoû - 22:00

Petit à petit, je me calme. Mettre des mots sur mon inquiétude me permet de relativiser, et surtout, j'ai en Sven un allié. S'il n'y avait qu'une seule personne à laquelle je puisse m'en remettre, ce serait lui, sans nul doute : j'ai confiance, et je sais qu'il ne me trahira pas. C'est un sentiment tout neuf, né la veille à peine ; lorsque j'ai fini par comprendre sa disparition et les deux années passées à regretter son absence. Et c'est... réconfortant, je crois, dans ce tumulte de panique et d'inquiétude, de savoir que j'ai un pilier auquel me raccrocher. Tout le reste tournoie et vacille – je ne sais pas ce qui va se passer avec Thémis, et cela pétrifie mon cœur de mère – mais lui, lui au moins, il me reste... acquis. Pour le moment, en dépit de cette folie qui traverse Oblivion aujourd'hui. Il faudra que l'on discute au calme de tous ces mots qui vibrent entre nous, imprononcés mais pas imprononçables, si seulement j'en trouve le courage un jour.

Il a raison, bien sûr : ne pas m'affoler, ne pas inquiéter Thémis, et surtout s'assurer de son identité et de ses intentions avant de décider de la ligne de conduite à tenir. Un peu désemparée, je me laisse glisser le long d'un tronc tandis que l'arrière-garde du cortège en route pour le Manoir disparaît au détour du chemin. Impuissante, je lève la tête vers Sven, les bras ballants, et je hausse une épaule dans ce geste qui m'est familier quand je suis à court de mots, évitant tout de même de solliciter mon articulation blessée.

« Le pire dans tout ça, c'est que quoi qu'elle veuille, si c'est vraiment, elle – si c'est bien ma Thaïs, et même si elle veut m'enlever Thémis, je serai quand même heureuse de la voir. C'est ridicule, elle peut me faire tellement de mal, mais c'est ma grande sœur, tu vois ? Quand j'étais jeune, c'était ma meilleure amie... » Je laisse le silence surnaturel de cette journée étrange s'installer entre nous, tandis que je remets de l'ordre dans mes pensées. Des tréfonds de ma mémoire, tous les souvenirs d'Athénaïs que j'avais conservés bien à l'abri à la lisière de ma conscience sont en train de se dérouler et de s'assembler, retraçant pour moi la compagne de jeux de mon enfance. C'est là, à mi-voix en plein milieu de la jungle, assise contre un tronc rugueux, que je me laisse aller pour Sven à des confidences que je n'ai pas verbalisées depuis qu'elle m'a été enlevée – depuis cet accident, il y a plus de vingt ans maintenant.

« Athénaïs, c'était... Ah. Comment t'expliquer ? De nous deux, j'étais le papillon, et elle, c'était la flamme. Elle était... Magnifique. Même dans le coma, sur son lit d'hôpital, elle était belle, ma sœur, tu sais. Radieuse. Elle ressemblait à notre mère, elle avait cette grâce dans tous ces mouvements, des traits bien plus fins que les miens, moi je ressemble beaucoup plus à notre père... » D'un geste vague, j'englobe mon visage – si anguleux, bien plus carré que l'ovale délicat de celui aperçu dans la foule il y a quelques heures à peine. « Elle était toujours là pour moi. Ses sourires éclairaient la pièce, et quand elle me souriait, Sven, j'avais la sensation d'être aimée, au moins par elle. Nos parents nous toléraient – elle, elle m'aimait vraiment, malgré mes défauts et mes manquements. J'étais sa petite sœur, tu comprends ? Elle me protégeait. Elle m'a appris à aimer ma liberté d'esprit, elle m'a enseigné à rechercher l'indépendance, et sans elle – je ne serais jamais devenue la femme que je suis. » Baissant la tête, je contemple distraitement une feuille tombée aux reflets fauves se faufiler entre les cailloux qui parsèment le chemin, poussée par la brise. « Elle prenait les coups pour moi. Elle me défendait devant nos parents – j'étais timide, effacée, mais elle... Elle, elle flamboyait. C'était mon modèle – elle était magnifique, si jeune encore, passionnée par ses convictions, prêtre à s'envoler – s'il n'y avait pas eu la drogue, l'alcool et l'accident, adulte, elle aurait été... Incomparable. Merveilleuse. Je me suis toujours dit, en grandissant, puis une fois arrivée ici, que je voulais... Que j'aimerais être un jour la personne qu'elle n'a jamais pu devenir. »

Je suis parfaitement calme à présent – comme si évoquer Thaïs avait eu le pouvoir de la faire apparaître près de moi pour me consoler. Seule signe de mon désarroi, une larme solitaire glisse le long de ma mâchoire, avant que je ne l'essuie d'un geste rapide, honteuse de me montrer vulnérable aux atteintes du passé, alors même que je lui raconte d'où me vient la force d'âme qui m'a permis de survivre et d'élever Thémis. C'est tout toi, ça Kaligaris...

« Alors, si jamais c'est bien elle, si jamais c'est bien ma grande sœur que j'ai vue dans cette foule... » Un soupir de reddition m'échappe. « Si c'est vraiment elle, je serai heureuse de la revoir. J'espère juste qu'elle ne voudra pas me prendre Thémis. C'est l'enfant d'une autre, c'est vrai, je le sais bien, je lui ai bien assez répété que je n'étais pas sa mère, mais j'y peux rien, dans mon cœur c'est mon enfant. Ma fille. » Il le sait : il nous côtoie depuis quinze ans, et je soupçonne que l'attachement qu'il a développé pour elle soit bien plus celui d'un père que celui d'un simple ami. Après tout, n'est-ce pas à lui qu'elle fait allusion quand elle signe « mon père » à ses amis Chieresques ? J'ignore s'il est au courant – mais l'idée qu'Athénaïs puisse détruire tout cela par sa simple présence me déchire.  

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Il était un petit navire • Sven & Istalia

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