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 Raël & Sidil - « S'il y a un diamant dans la poitrine, il brille sur le visage »

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MessageSujet: Raël & Sidil - « S'il y a un diamant dans la poitrine, il brille sur le visage »   Ven 23 Oct - 14:28



un diamant dans la poitrine brille sur le visage
raël & sidil


L'astre diurne était toujours aux abonnés absents lorsque je sortis de la yourte en cette heure plus que matinale, écartant d'un coup de pied silencieux les épaisses fourrures qui barraient l'entrée. Dehors, le vent sifflait, coupant et glacé, comme à son habitude sur le plateau qu'était Lame de Foi, sans arbres pour protéger le campement. Le bois était plus utile aux forges, aussi les habitants du lieu avaient l'habitude de se terrer dans ces tentes de peaux épaisses et chaleureuses, solidement arrimées à la terre. J'eus un soupir, matérialisé par une légère fumée blanche vite dissipée par la bourrasque glaciale. Lame de Foi n'était pas un endroit facile, pas un de ces campements où il faisait bon vivre. Ce n'était guère étonnant que les orphelins aient préféré rester aux environs de Petit Matin - là bas, le temps était plus clément. Mais moi, j'avais beau cheminer régulièrement de Lame de Foi à Chiera'h en passant par tel campement ou tel autre, je n'étais en paix avec moi-même que sur cette haute plaine quasi désolée, ouverte aux quatre vents, âpre, sauvage, et si belle.

Les plus courageux travailleurs étaient déjà éveillés, en témoignaient le brouhaha un peu flou qui émanait des forges en contrebas. Le soleil n'avait pas entamé son cycle, mais certains ici, s'activaient déjà. Je ne pouvais que les comprendre : la chaleur étouffante des forges pouvait devenir infernale fournaise lorsque le soleil de plomb dardait ses rayons sur la plaine, là encore sans nul arbre pour la protéger. Alors d'aucuns préféraient travailler avant le début du jour. C'était souvent mon cas, loin de la frénésie des autres travailleurs, en tête à tête avec l'acier. Ç’avait été le cas de l'un de mes pères, aussi - désormais en non-vie. Il n'était pas mon père de sang, mais il était mon père. Au même titre que l'autre homme de son foyer, celui de qui j'étais née.
Il m'étais impossible de passer devant les forges sans penser à eux, et à mes mères. A ce qu'ils avaient été pour moi. A ceux que la plupart étaient encore. L'espace d'un instant, j'envisageais la possibilité de retourner à l'intérieur de la yourte, juste pour les réveiller et les prévenir de mon départ, les embrasser, leur promettre de revenir au plus vite. Mais cette envie me passa aussi vite qu'elle était venue : ils étaient plus habitués à me voir paraître et disparaître dans le silence des ombres, qu'à des effusions de chaleur de ma part. Avec un haussement d'épaules, je pris le chemin des forges sans me retourner.

Depuis une petite dizaine de cycles, je cheminais de Lame de Foi à Glorieux Crépuscule, en quête éternelle de ces gemmes cultivées par les éleveurs, ces gemmes-là qui donnaient leur force à mes créations. Cette fois, j'avais résolu de m'y rendre plus tôt que prévu : avec un grincement de dents, je songeais à l'attaque du Temple par les étrangers. Sur la liste des sujets qui avaient un don inouï pour me faire sortir de mes gonds, celui-ci arrivait en tête. Heureusement que bon nombre de ces drôles là étaient des gens normaux, respectueux et ouverts - depuis ce funeste jour où ces créatures sans foi ni loi s'en étaient pris à Chiera'h, je m'efforçais de penser à Ölver, ce gamin des Orphelins, et à tous ceux qui nous avaient témoigné leurs respects par le passé. Ma nature me portant plus facilement à la méfiance qu'à l'accueil, je me connaissais assez pour savoir que mes préjugés allaient parfois plus vite que mon imagination.
' - Tu pars déjà, Sidil ?
- Apparemment,'
lançais-je, me tournant à demi, glissant mon épée dans le fourreau de cuir souple accroché à ma ceinture.
' - La femme de mon foyer est ravie du plat que tu nous a forgé au dernier cycle ; elle est persuadée que la nourriture est meilleure depuis.'

Un sourire barra mon visage, presque malgré moi : 'merci'.
J'observais plus attentivement la femme qui m'avait adressé la parole - et dont j'étais incapable de donner le nom, bien que je ne puisse nier l'avoir croisée souvent. Quant à la femme de son foyer, dont elle parlait si bien, je la connaissais mieux encore : fut un temps, lointain mais bien réel, ç'avait été moi, la femme de son foyer.
Que venait-elle faire ici à une heure aussi matinale ? Sans doute visiter son homme aux forges - en silence, et sans plus m'intéresser ouvertement à elle, je finir d'empaqueter mes affaires. Les caravanes du troc seraient ravies d'accueillir mes nouvelles oeuvres, et j'étais prête à parier que j'en obtiendrais bientôt un excellent parti. J'avais mis tout mon coeur à l'ouvrage, comme à chaque fois. Trop de coeur, sans doute. Ma mère était persuadée que ma passion me coupait du monde, m'absorbait tant que j'en oubliais les relations amicales. Mais elle se refusait à m'écouter lorsque je disais m'être fait des amis à Glorieux Crépuscule. De vrais amis, des liens solides, noués entre les diamants et les saphirs plus étincelants que le millier d'étoiles qui nous narguaient froidement depuis les hauteurs.

Quand j'eus fini d'arnacher mon cheval avec mes affaires, celui-ci eut un petit hennissement impatient. C'était bien une monture de Lame de Foi : assez petit - autant qu'un cheval puisse l'être, trapu, solide, comme façonné pour résister aux vents violents du haut-plateau. C'était mon père qui me l'avait offert lors de mon vingt-et-unième cycle, quand j'avais commencé à commercer avec les autres campements - celui des joailliers en tête. Depuis, il ne m'avait guère quittée, et encore moins fait défaut. Doucement, je caressais son museau du plat de la main : 'patience, murmurais-je, nous serons bientôt en route.'
Il m'observa de ses grands yeux noirs, et je sus qu'il m'avait comprise.
Après les forges, le murmure était mon deuxième art, l'autre art qui modelait ma vie. J'y étais destinée dès la nuit de ma naissance, lorsque ma mère de sang m'avait mise au monde dans le plus total des silences. Ce n'étaient point ces cris, mais bien mon gazouillis de nouvelle-née qui avait réveillé la yourte, en cette sombre nuit. Je devais reconnaître que cela me convenait parfaitement ; rien ne m'apaisait plus que le silence, surtout après les journées de travail. Peut-être était-ce pour cela que je préférais la nuit au jour. Rien d'autre que moi et le monde, sans autre bruit que le sifflement du vent. L'art du murmure ne m'avait pas été enseigné par ma mère de sang, pourtant, mais par mon autre mère - j'en avais trois, et je n'aurais su dire de laquelle j'étais la plus proche. Elles étaient tout ce que je n'étais pas : souriantes, avenantes, bavardes, chaleureuses. Et pourtant, je les adorais, j'admirais leur talent pour toujours voir l'heureux côté des choses, pour vivre en harmonie et en totale adéquation avec les autres du foyer. Un talent dont je n'avais pas hérité, la preuve en était avec ce feu foyer que j'avais allumé quatorze cycles plus tôt, et où j'avais lamentablement échoué. Nul ne m'en tint rigueur, ni chez mes parents ni chez ceux que j'avais quitté moins quelques mois après les avoir rejoints. Tous avaient compris que là n'était pas mon lot.

Morne plaine, porte plaine, voilà ce que m'évoquait Lame de Foi à cette heure. Sans prêter attention à quiconque, je sautais sur le dos de mon cheval et quittais à petit trot le campement, alors que lentement les rayons d'argent de la lune déclinaient à l'horizon, et que la voûte céleste se faisait plus claire. Dommage - j'aimais observer les étoiles. Je me sentais proche d'elles : distante, froide, lointaine. Toujours en silence, je laissais le campement s'évaporer dans les vents brumeux derrière moi. J'avais une route à prendre et un projet à accomplir. Une fois à bonne distance des yourtes, alors que les prémices de la forêt se dessinaient devant moi, je talonnais ma monture et partit au galop.
La route serait moins longue si je la faisais vite, et mon cheval était aussi endurant que je l'étais. J'avais hâte, il me fallait l'avouer, hâte de rejoindre Glorieux Crépuscule et ses habitants. Forte de mon objectif - façonner de nouvelles armes pour les liges protecteurs du Temple de Chiera'h et contribuer ainsi à la défense de nos traditions, mais surtout impatiente. J'aimais Lame de Foi, j'y étais née, j'étais malheureuse si je devais rester trop loin des forges. Mais le privilège de connaître l'amitié, l'amour, ne m'avait été offert que par le berceau des gemmes et de la joaillerie. Un privilège que même une solitaire comme moi ne pouvait que reconnaître, et apprécier. De mes éternels cheminements aux forges, des forges aux gemmes et à ceux qui les taillaient, mes pensées s'égarèrent vers Raël.
Elle pouvait résumer à elle seule les multiples raisons qui me faisaient hâter le pas vers Glorieux Crépuscule. Aussi brune et souriante que j'étais blonde et taciturne, rien n'aurait pu dire que notre relation prendrait cette force-là... Et pourtant, nous n'étions au fond que peu différentes. Écorchées vives, blessées aussi, sans attaches. Elle avait souffert, je le savais, de l'absence de sa soeur. Moi, les souvenirs que je gardais de mon union ne pouvaient être qualifiés de désastreux, mais ils relevaient du goût amer des rêves brisés. Rares étaient les fois où les sourires de Raël atteignaient son regard, et ses silences étaient toujours douloureux. Ni elle ni moi n'étions prêtes à chercher trop loin - à se retenir, à s'attacher plus que de raison, on finit par tout détruire. Nos deux expériences, nos deux personnalités se complétaient. Mais je l'aimais. Une part de moi s'était accrochée à elle, ne voulait plus la laisser partir et souffrait de s'éloigner. Quelle était la force de cette part, je n'aurais su le dire, et je n'étais pas franchement désireuse de le savoir. Mais cette part était bien là, omniprésente, plus bruyante à mesure que je progressais au galop dans ma route. La nature changeante d'Oblivion ne m'effrayait nullement - elle n'effrayait que ceux qui n'étaient pas d'ici. Les Chieresques n'avaient nul besoin de carte ou de boussole pour s'y retrouver. Autour de moi, les paysages variaient, et je me félicitais d'avoir enfilé des vêtements légers sous la traditionnelle cotte de mailles, signe distinctif de mon campement. Le soleil se faisait plus haut, la température plus chaude. A Lame de Foi, ils devaient s'être mis au travail depuis longtemps.

J'étais encore toute à mes pensées lorsque j'aperçus au loin les sables illuminés du désert. Glorieux Crépuscule n'était plus très loin, mais il me faudrait affronter la chaleur torride et l'air brûlant - là où celui du haut-plateau était froid. Mais je connaissais ma route. Ralentissant la cavalcade du cheval, c'est au pas que nous suivîmes le réseau des oasis, croisant régulièrement des mineurs, des commerçants à dos de chameau, que je saluais d'un rapide signe de tête. Ils ne furent guère surpris de me trouver là, habitués à me voir en ces lieux. D'autant qu'entre les campements chieresques, la communication était plus que jamais de mise vu la situation pour le moins inquiétante avec ces étrangers. Tout autour de moi n'était que sable et soleil, jusqu'à ce qu'enfin se dessinent devant mes yeux les tentes de Glorieux Crépuscule. Cette fois-ci, j'eus volontairement un sourire, sincère et heureux, et sautais à bas de ma monture. Dans le sable chaud, mes bottes de cuir souple s'enfonçaient doucement, et j'achevais à pied le reste du trajet. Les ventes et échanges allaient bon train, le commerce ne désemplissait pas, le troc était de sortie. Laissant mes yeux errer à la recherche de la chevelure sombre de Raël, je finis par la localiser, gemmes en main, qui discutait avec une femme de son campement, une joaillière aussi sans nul doute. Mon coeur eut un raté.

Slalomant entre les uns et les autres sans lâcher les rênes de mon cheval, avec une main posée par réflexe sur la garde de mon épée, dans cette foule bruissante, je finis par les rejoindre. Par la rejoindre, surtout. 'Bonjour, lâchais-je d'une voix rauque, guère douée pour les retrouvailles. J'espère que je ne vous dérange pas en plein marchandage. Les affaires ont l'air de toujours correctement, par ici.'
C'était lamentable, comme salutations. Mais je n'étais guère capable de mieux, me complaisant dans le silence. Il était de notoriété publique que je parlais davantage à l'acier qu'aux êtres humains. Un jour, peut-être, j'arriverais à dire avec des mots combien Raël m'était chère, combien j'étais heureuse de la revoir. Pour l'heure, je m'étais contentée d'un coup d'oeil rapide à son interlocutrice - n'ayant pas quitté des yeux celle dont la simple présence suffisait à m'apaiser.

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MessageSujet: Re: Raël & Sidil - « S'il y a un diamant dans la poitrine, il brille sur le visage »   Jeu 5 Nov - 18:47

Spoiler:
 

« Et si tu incises là, dans ce sens-là, ça fera briller la gemme plus fort quand elle captera la lumière, tu comprends ? »

Captivée, je bois les paroles de Calliste en hochant gravement la tête. Elle fait partie des joaillières les plus adroites de Glorieux Crépuscule, et elle est notamment réputée pour l'éclat incomparable de ses créations lorsqu'elles interceptent la lumière, qu'il s'agisse de celle du soleil, ou de l'éclat diffus des torches la nuit. C'est un honneur incomparable de recevoir conseil venant d'elle, et je me sens immensément flattée qu'elle ait pris le temps de me signaler cette astuce. La conversation continue quelques instants – nous parlons d'une pièce que j'ai commencé à dessiner, une parure délicate pour la Gardienne des Traditions du Temple, splendeur légère et subtile pleine de grâce et d'élégance. Dans mon esprit, du moins. J'espère avoir le talent et le doigté requis pour concrétiser mon idée en tout cas ; j'ambitionne la reconnaissance de mes pairs, et voir une femme aussi respectée porter une de mes pièces m'assurerait un renom agréable. Je veux apprendre, m'améliorer : prouver au monde que je peux être plus que la jumelle oubliée par Chiere, plus que la sœur de Maura Salem. Égoïste et prétentieux ? Oui, un peu sûrement. Mais j'ai besoin de ça. D'exister... juste pour moi, et de ne pas être la pâle copie sans saveur dont on n'a pas voulu.

Une voix rauque dans mon oreille fait frissonner mon cœur qui s'emballe. Comme si elle avait entendu mes pensées, Sidil est là – bien plus tôt que je ne l'attendais, et la joie intense que sa présence me procure me coupe le souffle un instant. « Bonjour ! Oh, Sidil – bienvenue ! » Bienvenue, ma douce, oh, bienvenue, ma froide étincelle, mon éclatante lumière, ma brûlante aimée – bienvenue, maîtresse de l'acier, modeleuse de mon cœur, toi qui murmure aussi bien aux lames qu'à mon âme. Tout ces mots résonnent entre nous, vibrant dans l'air tout autour, et même si je ne les dis pas à haute voix, Calliste ne se trompe pas en interprétant la lueur d'allégresse au fond de mes prunelles. Souriante, elle souhaite la bienvenue à mon amie si chère, et prend congé de moi sur une promesse de passer à mon atelier poursuivre la discussion. Ravie, je saisis la main de Sidil, la pressant fébrilement, m'assurant que je ne rêve pas, et qu'elle est bien là, devant moi, fatiguée par la route, mais réelle et tangible. Je la quitte du regard un instant, juste le temps de regarder sa monture dont elle tient le rênes de son autre main. Il faudra sûrement lui procurer à boire – l'entraînant à ma suite avec enthousiasme, je me dirige vers la partie de l'oasis réservée aux animaux, qu'il s'agisse des chevaux des voyageurs, des bêtes que l'on élève, ou de nos propres chameaux. Ma propre tente n'est pas très loin – celle où j'habite, et où j'ai installé mon atelier. Elle est grande, et Sidil pourra s'y installer en tout confort, comme à chacune de ses visites depuis un bon moment maintenant. D'avance, je me réjouis de sa compagnie : après tout ce qui s'est passé au Temple, puis à Petit Matin, puis dans nos propres grottes quand le Chant du Cristal a été profané, sa présence me fera du bien. Rien que là, alors que nous marchons côte à côte, et que j'ai simplement sa main dans la mienne, je me sens déjà bien plus en sécurité qu'avant son arrivée.

« Tu ne me déranges jamais, tu le sais – Calliste m'expliquait une technique de joaillerie – et je suis heureuse, oh, tellement heureuse, que tu sois là ! Je ne t'attendais pas avant plusieurs lunes, c'est une excellente surprise. Qu'est-ce qui t'amène ici aussi tôt ? » A bout de souffle, je m'arrête de parler – qu'elle puisse en placer une, quand même, et me répondre, avant que je ne l'aie complètement étourdie de paroles et de piaillements sans queue ni tête. Je ne suis pas quelqu'un d'expansif en temps normal ; Sidil fait partie des rares personnes à me mettre suffisamment en confiance pour que je lâche la bride à mes pensées et mes émotions. Ah, chère, très chère Sidil – que mon cœur chante de te voir ici !
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